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“Emanuelle” ou un Pinku Eiga ?

Les Japonais sont définitivement meilleurs que les Français en érotisme. C’est dit. Début septembre, se déroulait la 15e édition de l’Étrange Festival  au Forum des Images (Halles / Chatelet). Ce festival a pour but de présenter des auteurs et des œuvres cinématographiques rares, innovants, controversés, révoltants, surprenants, inédits, dérangeants… Bref, du cinéma un peu en marge.

« Emanuelle » ou un Pinku Eiga ?Cette année, une partie du festival était consacré au Pinku Eiga (Roman Porno). Il s’agit  de films japonais des années 70 dont le style s’oriente vers l’érotisme cru et les rapports malsains entre les personnages. Intriguée, curieuse et largement intéressée par le sujet, je me suis rendue à 3 séances du genre. Difficile de faire un choix quand on connait très peu la culture japonaise et encore moins la culture cinématographique du genre. A part “L’Empire des Sens”, j’avais pas vu grand chose dans le domaine de l’érotisme japonais.

Les films sélectionnés étaient :
- “L’Homme-Femme” de Tatsumi Kumashiro (1977)
- “La Chambre Noire” de Kirio Urayama (1983)
- “Osen la Maudite” de Noboru Tanaka (1973)

“L’Homme-Femme” :
Je parle de celui-ci en premier parce que ça a été ma plus grosse surprise. Je partais avec un a priori sur ce film, je pensais voir un drame (ça m’apprendra à lire jusqu’au bout un programme). Pour résumer il s’agit de l’histoire d’un jeune cadre, fils d’un directeur de société, qui lors d’une soirée arrosée se retrouve initié par un yakuza aux plaisirs homosexuels. Il finira par en tomber amoureux, s’installera chez le yakuza et se travestira, bref une nouvelle vie.

Alors raconté comme ça, avouons-le, le sujet a l’air très sérieux. Je pense que vous comme moi, avec un résumé pareil, vous imaginez mal un fils a papa japonais tomber amoureux d’un yakuza et en devenir la maîtresse. En plus dans le synopsis, ils avaient poussé le vice en précisant qu’il s’agissait d’une histoire tirée de faits réels.

Sauf que ce film a tout sauf l’élan mélancolique que l’on retrouve dans les films dramatiques habituels. La surprise aidant sans doute, j’ai ri quasiment du début jusqu’à la fin (et pourtant je suis assez mauvais public au cinéma). Imaginez des quiproquos dignes d’un vaudeville, des putes qui castagnent leur mac, un yakuza au look “Starsky et Hutch” et aux tendances homosexuelles de surcroît… Il y a un peu de tout, de l’érotisme, de l’humour, une approche de la théorie sur le genre dans la sexualité, de la violence, du BDSM… et malgré tout une histoire de fond. Un vrai bonheur pour se vider la tête.

“La Chambre Noire” : Celui-ci est un peu plus sérieux. Il s’agit d’un couple marié dont la femme meurt dans un accident, le mari ne sachant pas s’il s’agit d’un suicide. Hanté par ce doute, il se lance dans une quête sexuelle effrénée. Beaucoup de thèmes sont abordés en surface : le mariage, le refus de la paternité, l’amitié/les inimitiés, l’homosexualité féminine, les jeux de soumission, le BDSM, la sexualité féminine, la culpabilité.

Le film est intéressant mais sans plus.
Par contre, je me suis rendue compte à partir de celui-ci que dans les films japonais, il y a un détail étonnant en ce qui concerne les femmes durant les rapports sexuels. Je ne sais pas si c’est dans les us et coutumes ou seulement dans les films japonais, mais lors du coït, la plupart des japonaises ont le visage comme déchiré de douleur, comme si on les éviscérait. Elles hurlent, bougent dans tous les sens. (Il va falloir que je lise Agnès Giard).

“Osen la Maudite” : Plus traditionnel, l’action se déroule dans les bas-fonds d’un bordel japonais. Osen s’y retrouve prostituée alors qu’elle avait été une grande Geisha. Drôle, dramatique, traditionnel, celui-ci témoigne d’une esthétique que je n’ai pas retrouvée dans les deux autres. De jolies métaphores y sont insérées.

Les Pinku Eiga ne semblent pas tous exceptionnels mais dans l’ensemble je dirais que ça vaut largement mieux que nos vieux films érotiques, les japonais étant beaucoup plus créatifs.

(cc) kalandrakas

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