bouquin

“La vague” de Todd Strasser

Récemment, la vague a été adaptée au cinéma, pourtant les médias n’en ont pas beaucoup parlé. Néanmoins le sujet est très intéressant : un professeur d’histoire a mis en place un contexte identique à celui de l’Allemagne nazie pour faire comprendre à ses élèves de terminale l’ampleur du mouvement et son impact sur l’esprit. Comment et pourquoi le nazisme a-t- il pu endoctriné autant de personnes mais aussi pourquoi la plupart n’ont-ils pas réagi ?

« La vague » de Todd StrasserCe livre est un moyen de mettre en évidence que tout un chacun peut être séduit par le fascisme tel qu’il soit.   L’expérience” de la vague“ tentée par un professeur d’histoire est effrayante et éloquente à la fois. Ron Jones a voulu prouvé à ces terminale du lycée Palo Alto en Californie que l’histoire pouvait se répéter sans qu’on s’en aperçoive. Après tout, l’histoire ne serait-elle pas qu’un éternel recommencement ? Les hommes tirent-ils des leçons pour que l’irréparable ne soit pas commis une nouvelle fois ? Pas si sûr.

L’expérience se passe en 1969 dans une ville cossue de la Californie. Si pour certains l’année 1969 renvoie à Woodstock ou pour d’autres à l’érotisme, ici on pourrait dire que dans ce lycée il s’est passé quelque chose d’improbable. Après avoir diffusé un documentaire sur l’extermination des juifs dans les camps de concentration, le professeur a lancé un débat. Rien de plus banal me direz-vous. Sauf qu’il n’a pas su expliqué à ses élèves pourquoi ceux qui voyaient ce qui se déroulait près de chez eux n’ont pas réagi.

Les élèves semblaient ne pas comprendre comment de tels évènements avaient pu se produire sans que personne ou presque ne bronche. D’ailleurs le professeur a cherché en vain à expliquer les raisons qui auraient poussé tant de personnes à adhérer au nazisme. Mais les élèves restèrent incrédules et affirmèrent que de telles choses ne pouvaient pas se reproduire. Remarquez, c’est toujours facile de juger avec le recul mais au fond on ne peut pas vraiment savoir ce qu’on aurait fait.

L’expérience  de “la vague” qu’il a mis en place a permis de prouver que le fascisme pouvait séduire et transformer tout un lycée. L’expérience ne devait durer que l’espace d’un cours mais elle durera plusieurs jours et se diffusera à travers l’enceinte de l’établissement. Le professeur prend goût à son rôle de dictateur, quant aux élèves, ils ne se rendent pas compte qu’ils perdent leur libre arbitre. Ils n’ont pas ressenti la Vague comme un danger. Cette Vague a créé de la cohésion et fait naître un sentiment d’appartenance à une communauté qui n’existait pas auparavant.

Le plus frappant c’est que les élèves aient respecté les ordres du  professeur sans rechigner. Pourtant avant la mise en place de “la vague“, ils ne respectaient plus l’autorité du professeur. Puis il leur a imposé une discipline de fer qu’ils ont suivie sans bouger d’un poil. Ils buvaient toutes ses paroles sans jamais les contester, comme s’ils étaient complètement subjugués.

Ils se comportaient comme de petits soldats qui obéissaient sagement aux ordres. Puis la Vague a pris de l’ampleur sans que le professeur puisse la contrôler. Un réel enrôlement et une propagande qui rappelle celle des nazis se sont peu à peu installés sans que cela ne gêne personne. Pire encore : les élèves ont pris ça comme un jeu sans prendre conscience de ce qui était en train de se produire. Ils se sont pris au jeu. Ceux qui n’y adhéraient pas se sont vus mis au ban du lycée comme des parias. Mais la plupart ont joué le jeu sans se poser aucune question, comme s’ils l’avaient fait naturellement.

La Vague  leur a offert la possibilité d’accéder à une microsociété pseudo égalitaire où tout le monde semblait trouver sa place sans être rejeté de tels ou tels groupes. D’ailleurs, l’élève qui s’est le plus transformé a été le cancre de la classe, dont tout le monde se moquait sans aucun scrupules. Comme si le fascisme était la solution pour écarter toutes les ambitions individuelles. Ainsi avant de penser à eux, ils pensaient au groupe. Ils se sont enthousiasmés lorsque le mouvement a déferlé sur tout le lycée. Galvanisés par le succès, ils n’ont pas vu que peu à peu la peur s’était installée et que les libertés individuelles disparaissaient. Quand le professeur a mis fin à l’expérience certains ont pleuré mais tous ont compris ce qu’il venait de se passer.

Tous les éléments  révèlent que tout le monde même les plus intelligents peuvent trouver un mouvement fasciste séduisant et y participer sans faire aucune concession. Les élèves ont été emportés par les slogans, le salut et la discipline. Toute dictature repose sur l’ordre et une discipline hors du commun. Cet ouvrage indique clairement qu’il faut en parler pour que le pire ne se reproduise pas. N’importe quand une dictature peut remplacer une démocratie. En effet tous les fascistes ont mis en avant l’égalité entre les citoyens. Bien sûr le chef reçut un culte et les honneurs de tout un peuple ce qui est le cas ici.

Ce livre est effrayant mais criant de vérité. Tout peut basculer même  quand on n’y croit pas. Ne sommes-nous pas tous des moutons qui se disent libres ? On se dit incapable de (re)commettre de telles atrocités mais les guerres nous offrent toujours un spectacle barbare. Nous sommes tous faillibles mais il faut tout faire pour que de telles expériences ne se reproduisent pas en grandeur nature. Chaque jour il faut combattre la violence même celle qui parait insignifiante car c’est souvent celle qui est la plus insidieuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>