Humeurs

Tévy Thon

Il y en a beaucoup qui regrettent les années collège-lycée, où ils avaient une bande de potes, étaient très populaires, se sont faits des amis pour la vie, etc. Pour eux, c’était la gloire, tous les mecs ou toutes les filles leurs couraient après, c’était la glande, juste des devoirs à faire et tout était réglé pour la semaine, c’était la belle vie.

Tévy ThonEt bien j’suis désolée de casser le rêve, mais pour moi, non. Au collège, j’avais déjà sauté deux classes, on m’a fait redoubler ma 6e parce que j’étais trop jeune, j’étais la plus petite, la plus ronde, la moins bien habillée, une sorte de paria du collège et du lycée, d’autant plus que mon grand frère, lui était considéré comme un sur-Dieu en puissance.

Tévy Thon, c’est comme ça qu’on m’appelait. Myope comme une taupe, j’ai dû subir les blagues et autres vols de lunettes alors qu’elles étaient tranquillement posées sur mon nez. Et quand j’ai enfin eu droit à des lentilles, la puberté a frappé d’un coup : les grosses fesses de maman, les goûts vestimentaires des parents. Rappelez-vous : dans les années 90, les petites filles de 13 ans ont été victimes d’une vague modesque affreuse, la vague Décathlon. J’ai été habillée de la tête aux pieds en vêtements sportifs, alors qu’asthmatique et allergique au sport au plus haut point.

Y’avait pas qu’au sport que j’étais allergique d’ailleurs : à la puberté, les allergiques ont droit à cette magnifique manifestation corporelle qui s’appelle eczéma, inflammation cutanée rouge et suintante qui gratte affreusement. C’est moche, et ça déclare la guerre à ta peau à tous les endroits où c’est le plus désagréable : les mains, les plis des bras et des jambes, le visage. Et quand c’est fini, ça laisse une peu sèche qui pèle, comme si t’avais passé trois mois dans le désert de Gobi sans boire. Miam.

Génial. Alors que toutes mes copines emballaient à mort, moi j’étais la moche. Et puis la moche intelligente en plus. Et ce qu’il faut savoir, quand on est au collège, c’est que non seulement les enfants sont cruels entre eux, mais qu’ils forment des clans : y’a les grognasses populaires connes comme leurs pieds, les filles intelligentes prudes et attardées socialement, les mecs que toute les filles veulent se taper, et les mecs moches du fond de la classe. Moi j’étais dans aucun clan. J’étais pas attardée socialement, j’étais pas belle, et j’étais pas un mec (les mecs et les filles ça se mélange pas à cet âge-là).

Mes années collège étaient les pires années de ma vie, vraiment. Ce qui est marrant, c’est qu’aujourd’hui quand je dis qu’on m’appelait Tévy Thon au collège, personne ne me croit. C’est fou hein ? C’est la revanche du thon sur la vie, la vilaine chenille qui se transforme en papillon, la vilaine pluie qui donne naissance à un magnifique arc-en-ciel, tout ça quoi.

Donc quand des années plus tard, j’ai revu des gens de ma classe à cette époque-là, j’ai été tiraillée par des sentiments étranges : voir enfin ces gens venir vers moi pour discuter, refaire connaissance, voir ce que je suis devenue, c’était tout simplement surréaliste.

Alors je les ai envoyés bouler. Et pas qu’un peu. Parce que thon, ça rime avec con, et que la vengeance est un plat qui se mange froid, un peu comme le thon en boîte d’ailleurs. Tout d’abord, j’ai revu la fille qui habitait dans la même ville que moi, et qui m’a traitée comme une merde pendant deux ans. Je l’ai revue à Carrefour, elle était caissière, et moi en première année de chinois. Ça fait mal hein ?

Et puis j’ai revu le mec qui était amoureux d’elle, à la fac justement. Il a voulu me parler, et quand il s’est approché de moi, je l’ai pointé du doigt et j’ai dit bien fort à l’ami qui m’accompagnait: « Lui, le connard là-bas avec le t-shirt ridicule, c’est un mec qui m’a appelée Tévy Thon pendant 4 ans ». Et puis à cette autre fille qui a pris le même train que moi et qui ne daignait pas me parler à l’époque, je lui ai fait comprendre que 4 ans à se taper une réputation de binoclarde trop intelligente, pas marrante et surtout vraiment trop moche, ça faisait beaucoup. Même 5 ans plus tard, désolée mais pour moi y’a pas prescription.

Alors oui, j’suis rancunière. Mais putain, c’que ça fait du bien !

(cc) CarbonNYC

25 Responses to “Tévy Thon”

  • Putain ! …quel sale caractère !!!
    .
    …dans mes bras ! :-)

  • ça te soulage, et c’est l’essentiel. :-)

    Allez, une anecdote pour te faire rire. La repartie d’une copine à un crétin. Il lui avait dit d’un air entendu après une discussion prise de tête où il avait été désagréable :

    ” – Sans rancune, hein ?!!! ” et elle, pan dans les dents :

    - Si si. AVEC rancune !!!” (Sous-entendu : va mourir !). J’avais bien ri…

  • Hahah! Oui, bon, j’aurai jamais dû leur en tenir compte et au final devenir amie avec eux, peut être… M’enfin au final, j’ai appris par une amie, qui elle les a recontactés, que ce sont tous des êtres amorphes sans aucune conversation.
    Donc j’perds rien. Et en plus j’me fais du bien (mouahahah)

  • Cet article me fait tellement penser à moi.. Mes années collègues étaient terribles aussi… J’étais habillée de même en tenue de sport abominables, mes cheveux étaient hirsutes et gonflaient à la moindre goutte d’humidité et j’étais toute rondelette… C’est assez dingue et seule une amie que je connais depuis ma 1ere année de maternelle peut en témoigner car personne ne me croit :)
    Mais je comprends, et je compatis Ô combien. Mais comme toi ej suis bien contente de pouvoir me “venger” sur cette époque, aujourd’hui.

  • ouh la, lol, moi j’avais de l’acné( beaucoup), un appareil dentaire, je mesurais déjà 1m78….le collège époque difficile. Et associable au possible!
    en terminale, j’étais la pute du lycée, parce que j’étais sortie avec un mec de foyer, black de surcroit…la seule en minijupe…bonne en cours, en sport, avec que des potes mecs, aimée des profs et cpe…ça fout les boules….
    Maintenant, je les croise ces gens, je les snobe d’une manière trés affirmée, et eux, sont trés gênés, trouvent des moyens d’essayer de me parler, me font des sourires auxquels je ne réponds pas et je vois leur mal à l’aise à dix bornes…et je jubile quand moi même je les reconnais pas et qu’eux oui! je suis trés heureuse de pas être comme les filles trop belles du collège: des vaches à lait qui ont un goût vestimentaire douteux….oui, ça fait bizarre, et vachement de bien de se la péter quand on peut mettre un jean de deux tailles en moins qu’il y a dix ans, quant à celle qui a affiché des trucs salaces sur moi, elle a toujours la même gueule^^inutile de préciser laquelle…quand je vous dis que le roue tourne( merde je suis le mage d’omar et fred^^)

  • YESS trop contente de ne pas me sentir seule dans ce moment de pouffiasserie intense!!! Nan mais sérieux, a part ma meilleure amie, qui elle aussi était une rejetée considérée comme triso/intello/moche (oui bon hein, moi j’étais pas mieux), j’ai gardé presque aucun contact de mes années collège/lycée…
    Quoi? Vive la fac!!! Niahaha

  • c’est à la fac que j’ai rencontré mes moitiés^^!!!! je crois que c’est la meilleure et la plus folle partie de ma vie!elle n’est pas terminée

  • Wow, mais c’est presque ma vie au collège,ça!

    Les survêtements en tissu froissé, appelés aussi “joggings habillés” dans mon secteur, les sweats en polaire quand toutes avaient la chemise à carreaux ouverte sur un T-shirt, les fuseaux quand c’était la mode des pattes d’eph. Allemand première langue, latin, lunettes, appareil dentaire…Et quelle jubilation de revoir celle qui arborait ses gros seins à 13 ans, orgueilleuse, bête et méchante, au rayon fromage d’un intermarché dans ville pourrie!!
    La roue finit toujours par tourner, il suffit d’être patiente pour s’en délecter, gnarf gnarf

  • Ah le collège!! personellement, j’étais l’amie de la fille populaire: en gros les garçons qui me plaisaient venaient me voir… pour savoir si ma copine était célibataire et intéressée par eux. La loose quoi !!

  • Oh la belle revanche! J’ai vachement aimé ton article, pour moi non plus c’était pas tous les jours faciles, les années collège… Mais en fait c’est mieux: parce qu’à la fin du collège, pour nous, le meilleur restait à venir (c’est pas le cas pour tout le monde).

  • Bah, le casque orthodonthique, ça casse pas mal, au collège, aussi. Avec les lunettes et les semelles orthopédiques. C’était une époque de merde, mais pour des raisons familiales et je dois dire que je m’en foutais pas mal, qu’on se foute de ma gueule et qu’on me mette de côté… Je voulais justement avoir la paix et je les méprisais bien assez, ces petits cons en fringues à la mode.

    Avec le lycée, tout s’est gentiment arrangé… tout en restant l’intello de service, mais ça m’a jamais franchement déplu, j’ai toujours eu un petit côté supérieur ;) La sequelle, c’est qu’il m’a fallu encore presque 10 ans pour croire que si un gars bien s’intéressait à moi, c’était pas pour se foutre de moi…

  • Si quelqu’un te fais du mal, ne cherche pas à te venger,assieds toi au bord de la rivière et tu verras son cadavres passé…

  • @bake: arrête de faire du projet de gestion toi^^

  • hey ! on fait un club des filles qui ont eu des ennuis au collège ? perso j’avais des copines mais j’ai sauté le CM2 donc forcément… et puis l’acné et quelques kilos en trop aussi. mais maintenant ça va beaauucoup mieux et (merci fb) je peux vérifier la réussite (ou pas) de tous ceux et celles qui avaient décidé que je n’étais pas “cool”. niark.

  • yeah tevouille bien jouée!! mais pour réequilbrer le truc il faudrait maintenant le temoignage de la pute du college!! celle qui est devenue caissiere maintenant…
    je suis sure qu’elle meme a mal vecu ses années là!(on se sent toujours victime de toute facon)

    pour moi, le pire c’etait les petits bourges qui te juge sur la marque de tes fringues ou le metier de tes parents ou parfois ton “goyisme”…des camarades de classes qui ont helas une belle vie et une bonne situation aujourdhui…Et qui sont je pense toujours aussi cons et bien de droite comme papa et maman (c’est totalement gratuit et hors de propos mais j’assume!)

    et ca vous arrive jamais de rencontrer quelqu’un et intuitivement vous savez que c’etait un connard ou une pouffe au college?(meme si il vous dit qu’il a souffert pendant ces années là)

  • À vrai dire, je te comprendre un peu. J’étais exactement comme toi. Et j’en suis aujourd’hui exactement au même point ^^

  • Merci pour tous ces commentaires, les filles (et bakeneko ^^. D’ailleurs, je suis une parente de Confucius, alors arrête de citer mon papy, sinon tu vas finir dans un nem, c’est moi qui te le dis!)

  • tevouille>> pas ma faute si les expressions de ton papy (et des autres aussi) ont la classe :D.
    Là avec ton histoire de nem je flippe pour du vraie (ya pas moyen de finir en bouillon, fondu ou sauce?)

  • Nope, désolé bakeneko, mais finir en curry, c’est le sort des animaux, seulement. Un bon curry de chien du voisin par exemple, quand il vient faire trop d’excursions dans notre jardin, ça fait beaucoup de bien. Par contre les non-asiatiques qui citent papy confucius avec des pseudos japonisants, ça mérite la mort par nemisation.
    Désole. T’avais l’air sympa pourtant…

  • tevouille>>non mais oh, quand je cite confucius je ne fais pas l’amalgame avec du japonisants, on mélange pas les torchons avec les serviettes. Il y a un minimum de respect à apporter entre les deux cultures.
    Et puis non non non, fait moi un minimum honneur avec un curry vert ou un curry façon khmer, même s’il faut que je me rabaisse au niveau du chat du voisin :D.
    Tous sauf le nem!

  • bakeneko, tu ne fais pas l’amalgame avec les japonisants, tu as un pseudo de japonisant. Nuance. Et ça mérite la mort par nemisation quand meme.

  • Bon oui le pseudo est fait exprès et est recherché, totalement japonisant je te l’accorde, je ne peux cacher non plus mon attrait pour la culture japonaise c’est indéniable.
    Mais ne surtout pas me mettre dans le même sac de ceux qui considèrent tous ce qui vient du japon comme “mega hype et ultra cool”, à vraie dire je les hais et je trouve qu’ils méritent tous la mort :o.
    J’aime aussi la culture chinoise, et les différentes culture d’asie du sud est (grosses lacunes sur les différentes ethnies) un large penchant pour la culture khmer (surtout la bouffe en fait).
    Mais tous, tous sauf la nemisation, laisse moi crever avec un minimum d’honneur, dans une sauce au poisson ou noyer dans une sauce au saté, steuplé, steuplé, steuplé :o.

  • Tevouille, on ne se connait pas, par hasard? Oh comme je te comprends trop bien ! mes années collèges ont été fleuries de lunettes spéciales myopes, d’acnées étoilées, de “formes” mal placées… trop bien la jeunesse!

  • Smile, des Tévy, y’en a pas 100. Si tu me connais tu devrais le savoir lol.

  • oh mon dieu oui, ce que c’était l’horreur le collège (et le lycée) j’avais moi aussi deux ans d’avance, j’étais bonne élève qu’est ce que j’ai souffert
    j’ai passé la moitié du collège à me bastonner avec des petits caids qui me cherchait des noises et j’ai bien sur été très amoureuse de types qui n’en avaient rien à cirer de ma pomme

    et c’est vrai que la suite à un vague air de revanche, qu’est ce que j’ai pu savourer la phrase “rhaaa la la qu’est ce que c’est sexy une fille intelligente” la première fois que je l’ai entendue (les autres aussi d’ailleurs ;-) )

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