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Sopalin

Nous avons déjà parlé de ma belle mère précédemment et aussi de mes difficultés parfois de la comprendre, du fait que je sois française et elle, vraiment cambodgienne. Mais il y a quand même un moment où l’on doit arrêter de mettre nos conflits sur l’incompréhension due à la différence culturelle, et enfin admettre que des fois, dans la vie, même chez les cambodgiens, on peut rencontrer de vrais emmerdeurs.

Nous appellerons cette personne, qui tous les jours me tape sur le système uniquement pour le plaisir de me taper sur le système, Sopalin. Sopalin, réglée comme du papier à musique, douce et absorbante, molletonnée et prête à être déroulée (ouais, je sais, c’était facile mais bon il fallait que ça sorte), est une fan d’hygiène et de santé. Mariée à un médecin, elle se trouve tous les jours de nouvelles maladies: un cancer du colon quand elle a mal au ventre, une tumeur au cerveau après une migraine, j’en passe et des meilleures. Mais surtout, Sopalin essuie (roh oui je sais, promis j’arrete la vanne pourrave), elle essuie tout (hahaha, non j’y arrive pas), elle traque le moindre recoin de poussière, et tous les jours, tous les matins à 8h très exactement, Sopalin passe le balai dans toute sa maison, pour être sûre que ni son fils ni son mari n’attrapent d’allergies. Et aussi un peu parce que c’est une maniaque restée au stade sadico-anal de sa sexualité.

Sopalin, dans ma vie quotidienne, me met dans des situations qu’elle trouve tout à fait normales, et que je commence à trouver franchement, niveau sensations, plus proches de l’empalement que de la dégustation de macarons Ladurée. Par exemple, elle prend deux douches par jour et en donne aussi deux par jour à son fils, mais m’engueule quand je passe trop de temps sous la douche (maintenant je me chronomètre sous la douche, mais même après 15 minutes de douche, Sopalin s’obstine à vouloir encore et toujours me dire que je prends énormément de temps à me laver). Sopalin veut que l’on fasse la vaisselle à la main (rappelez-vous, Sopalin essuie), même si nous avons un lave-vaisselle. Parce que le lave-vaisselle ça coûte trop cher. Sopalin veut que je lui dise tout ce que je prends a manger dans le frigo, parce que sinon après elle le cherche et qu’elle ne le retrouve plus. Sopalin n’attend pas que je finisse mon assiette de biscottes avant de me dire que je dois nettoyer la table…

D’ailleurs en parlant de ça, ce matin, la Société des Papiers Linge (le Sopalin quoi), a vraiment été à deux doigts de me voir me transformer en énorme créature verte et musclée. Alors que Sopalin et moi vivons ensemble depuis maintenant plus d’un an, et qu’elle est au courant de ma légendaire bonne humeur du matin (la preuve est le nombre d’oisillons que j’ai pu égorger le matin parce qu’ils criaient trop fort), elle a eu l’imprudence de me dire, alors que je me levais à peine de ma chaise pour laver ma vaisselle sale à la main, de nettoyer les miettes de biscottes qui étaient sur la table. Et donc à ce moment là, j’ai voulu lui dire:

« J’allais le faire, connasse. Alors maintenant tu te calmes ou attends toi à retrouver des miettes de biscottes dans des endroits de ton anatomie où tu n’aurais jamais soupçonné en trouver »

Mais j’ai dit:

« J’allais le faire. »

(oui, qui fait concis, fais précis)

Et le Sopalin, qui est un Sopalin cambodgien, n’a pas supporté que je réponde a mon aînée, et m’a répondu, avec son français parfait:

« Tôa c’est touzours tôa tôa tôa mais c’est zamais môa hein! »

Ce qui signifie:

«  Je n’arrive plus a supporter vos sautes d’humeur matinales, jeune fille, et il serait temps de prendre en charge la responsabilité de vos actes, et ainsi de faire de vous une adulte à part entière. Prenez sur vous, et assumez vous fautes, que diantre! »

Sopalin n’a pas non plus compris le principe de politesse. D’ailleurs, le Sopalin cambodgien ne doit aucune politesse à ses cadets, donc elle trouve tout à fait normal, même après avoir été expédiée par avion en France, de me parler comme si j’étais un chien boiteux, nu, et atteint de la lèpre (oui, la lèpre canine). Alors, toujours dans son français parfait, quand elle doit absolument me parler, elle parsème ma journée de compliments et mots doux tels que « éteint le volets », « nettoyer la table », « le riz, manzer », « pousse toi », ou encore « ton vêtements dans la massine ». Je garde en moi l’espoir que ces phrases ne se transformeront jamais en « veux-tu bien avoir l’obligeance de fermer les volets? », « serais-tu un amour pour nettoyer la table? », « Veux tu bien servir le riz s’il te plaît? », « oh , pardon, mais voudrais tu bien te pousser? » ou encore « tes vêtements t’attendent sagement dans la machine à laver le linge, serait-il possible que tu ailles la vider afin que je puisse avoir l’opportunité de l’utiliser aussi? ».

Et j’aurai pu m’étendre sur ce qu’elle me fait endurer tous les jours, parce que ce que je vous ai conté plus haut n’était qu’un aperçu, je ne vous ai pas parlé des soi-disant « bruits » qu’elle entend dans ma chambre alors que je regarde un film, du fait qu’elle veuille que je ferme les portes et descende un escalier qui grincent doucement, alors que mon père insomniaque et sourd ne se prend jamais aucune réflexion dans la gueule quand il se réveille a 3h du matin et met la télé à fond. Mais non. Parce que je ne veux pas rentrer dans son jeu. Mais ces derniers temps, je me suis aussi rendue compte qu’il ne servait plus à rien de vouloir lui faire plaisir, puisqu’elle trouve toujours quelque chose à reprocher. Alors j’ai de plus en plus envie de lui balancer tout ce que j’ai en tête en pleine gueule, pour me soulager, pour arrêter de me ronger de l’intérieur en me disant que tout ce qu’elle mériterait, Sopalin, c’est qu’on la plonge dans un seau d’eau. Ou qu’on la mette à la poubelle. Ou qu’on s’en serve comme papier toilette.

Donc on peut mettre beaucoup de choses sur le compte de l’incompréhension inter-culturelle, et le fait que Sopalin se comporte avec moi comme si j’étais du poisson pourri (ah non, pardon, elle adore le prahok), j’aurais pu naïvement le mettre sur le compte de sa nationalité. Mais non. Parce qu’il y a des cambodgiens gentils et compréhensifs, et qui ne font pas vivre ce genre de choses à leurs enfants. Alors, méfiez-vous, parce que des cons, y’en a partout.

13 Responses to “Sopalin”

  • Je confirme, des cons, il y en a partout… Même moi, je ne peux pas mettre ça sur le compte de la nationalité…

  • j’espère qu’elle va se calmer sopalin là, sinon je vais finir par aller l’échanger au magasin moi.

  • C’est sur des cons y’en a partout et c’est dommage de tomber dessus surtout quand tu as rien demandé. Qu’elle soit cambodgienne c’est une chose mais elle n’as pas à te parler de lasorte. Bien que tu sois un enfant(par rapport à elle), tu es une adulte donc rien que pour ça elle devrait te repndre d’égal à égal. Après elle n’a peut etre pas été éduwuée comme ça mais quand même là elle va trop loin à croire qu’elle le fait exprès rien que pour te faire chier…

  • jess, je le sais qu’elle le fait rien que pour me faire chier, et moi ce qui la fait vraiment chier, c’est que je fais semblant d’en avoir rien à fouttre. Ca la fout dans de ces états ^^ c’est jouissif

  • Dommage que vous n’ avyez pas de bonnes relations ce serait tellement MIeux pour toi et pour elle aussi. De toute façon tu vas beintot partir de chez ton père non? Faudrait lui trouver des activités qui la fatiquent comme ça elle arreterait de te fatiguer.

  • AH jess bonne idée, fatiguons-la, comme les enfants quand ils sont trop turbulents.

  • Tu sais tevouille est accident est si vite arrivée… des escaliers ça peut être dangereux…
    Elle communique jamais en khmer avec toi?

  • en plus le lave vaisselle ça consomme beaucoup moins que la vaisselle à la main!ah les joies de la belle-mère…marâtre j’aime dire….dis toi que la jalousie et en prime, l’envie d’être mieux que toi, plus propre, plus mieux, plus efficace etc…ce sont des choses qui ne s’arrêtent jamais chez ce genre d’individu(e)s…et oui, souvent ça se conjugue au féminin^^

  • C’est un plaisir de te lire. J’ai mal au joues.

  • “auX joues”,aïe aïe, et à l’orthographe.

  • Vous êtes fous. J’adore ça ^^

  • Comme elle est obsédée par l’hygiène, vous pourriez peut-être expérimenter ceci, tevouille ! Vous passez près de votre belle-mère, disons par l’arrière. Puis vous faites entendre un léger reniflement, à peine perceptible, mais un peu dégouté…
    - qu’est-c-qu’y a
    - rien, rien. Juste : tu as bien pris ta douche aujourd’hui ?
    - .. [vociférations] ..
    - non non, je n’ai pas dit que tu puais, juste qu’il me semble qu’il flotte une petite odeur …pas nette.

    Multipliez graduellement les variantes : vous remarquez semblant d’auréole sous les bras; vous vous écartez ostensiblement, vous remarquez une petite odeur dont vous vous demandez la provenance, vous lui trouvez un petit quelque chose : ne serait-ce pas une tâche sombre sur la peau, là ?
    Etc. etc. Bien entendu, vous n’affirmez jamais rine, vous vous interrogez, vous vous demandez si, etc. etc.

    Si je ne me trompe pas, au bout de trois semaines de ce traitement, elle devrait se réfugier dans la salle de bain à votre approche, et vous foutre une paix royale… ;-)

  • Mmmh… J’y repenserai, tiens. Pour l’instant j’expérimente la méthode “déménagement très très loin” qui me permettra de ne pas faire la vaisselle et qu’elle me foutte la paix. Non mais sans blague, c’est pas du sopalin qui va venir me pourrir la vie si?

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