Humeurs

Les hommes et le risque de grossesse

Que savent les hommes sur la contraception ? 

Les hommes et le risque de grossesseJ’ai récemment pris conscience qu’il subsistait une lacune particulière dans les relations homme-femme, que je pensais pourtant comblée depuis des lustres. Jugez plutôt.

Certains samedis soir, j’ai abordé avec des amis le sujet du film « Les Bureaux de Dieu ». Il est sorti depuis quelque temps déjà mais je n’avais encore pas eu l’occasion d’en discuter avec des hommes.

La plupart des personnes que je fréquente ont tendance à croire que les femmes ont déjà acquis beaucoup, et me brocardent gentiment sur mes propres revendications – bien que nous soyons d’accord sur les points importants. Je pensais donc qu’on allait encore me traiter de féministe aigrie, tout en trouvant le film caricatural et larmoyant. Hé bien, je me trompais.

Pas de moqueries de la part de ceux qui l’avaient vu – en général avec leur copine -, au contraire :

« Tu te rends compte, comment le risque est élevé de tomber enceinte ? ». (Heu…oui)

« Je pensais pas que c’était aussi fréquent une grossesse non désirée. » (Bienvenue dans le monde réel)

« Et en plus j’avais jamais vu de table de gynéco. » (Je savais que le coup du spéculum, ça allait en refroidir plus d’un).

Ils semblaient terrifiés par les paternités multiples qui leur pendaient au nez, et je voyais dans leurs yeux que la conversion à l’abstinence n’était pas loin. Apparemment mes interlocuteurs avaient pris de plein fouet l’exposé de tous les aléas qui peuvent survenir dans une vie de femme, et la mener à une grossesse non désirée. Ils se sentaient même floués, limite trompés : à les en croire, on les aurait exposé à un risque qu’ils ignoraient complètement…j’ai vu renaître le fameux spectre du « bébé dans le dos ».

J’ai ainsi réalisé qu’on ne discutait pas vraiment de tout ça entre hommes et femmes. De tout ça : de la contraception et du risque de grossesse. Les hommes maîtrisent bien évidemment les bases ; mais les statistiques, les exceptions, les accidents, cela leur est plutôt inconnu. Si aucune des scènes des « Bureaux de Dieu » ne m’a surprise – même pas la femme enceinte sous stérilet -, ce n’est pas le cas de mes hommes-cobayes qui eux ont vu une escalade de situations toutes plus inimaginables les unes que les autres.

J’ai peut-être été privilégiée de ce point de vue ; mais dès mes premières règles, les informations glanées conjointement auprès de ma mère, des cours de bio du collège et des magazines pour adolescentes (qui malgré leur réputation de niaiserie interviennent plutôt judicieusement sur les questions de sexualité et contraception) m’ont permis d’acquérir cette « culture ».

J’ai le sentiment d’avoir, depuis ma puberté, vécu avec ce « risque de grossesse » au-dessus de la tête. Au point de le relativiser bien sûr, tous les chiffres en tête : 99% d’efficacité pour la pilule, en cas d’oubli préservatif pendant 7 jours, sinon il y a la pilule du lendemain à prendre dans les 72 heures…C’est quelque chose que nous avons finalement appris à apprivoiser petit à petit, pour être finalement assez sereines. Nous savons pour la plupart qu’une contraception correctement prise rendra un accident de parcours très peu probable. Nous vivons avec ce risque, et nous restons la plupart du temps vigilantes.

De ceci les hommes que je connais n’ont finalement qu’une connaissance assez superficielle, pourtant je me rappelle que pendant les cours d’éducation sexuelle au collège, les deux sexes étaient réunis. C’est alors qu’ils ne se sentaient pas vraiment concernés ?

Finalement, ce n’est pas tellement d’information qu’on manque, mais peut-être de dialogue entre les deux sexes. Entre les femmes qui savent et s’imaginent que ça n’intéresse pas les hommes, et les hommes qui s’imaginent savoir et qui n’osent pas s’y intéresser de près.

Pour mes « cobayes », aller voir alors « les Bureaux de Dieu » leur a rappelé qu’un enfant non-désiré est aussi fait à deux. Qu’en est-il pour les hommes de votre entourage ?

(cc) Gnarls Monkey

23 Responses to “Les hommes et le risque de grossesse”

  • Je n’ai absolument pas vu ce film, a vrai dire je n’en ai même pas entendu parler, mais je suis assez d’accord avec toi, peu d’hommes ont conscience du risque que nous courrons. Un de mes amis à qui je parlais de ma peur d’être enceinte à cause de mon retard de règles alors que j’étais sous pillule et que nous avions utilisé un préservatif m’a presque pris pour une folle.

  • moi si, je m’y intéresse de très près….en particulier l’état de la recherche sur une contraception masculine

  • Je n’ai pas vu ce film mais je pense que les hommes se sentent très peu concernés par la contraception. Pour eux, c’est une affaire de femme. Je crois que beaucoup oublient qu’un enfant se fait à deux et qu’ils ont donc leur part de responsabilité dans la contraception.

  • j’ai l’impression qu’on a longtemps pensé que c’était l’affaire de la femme, et peut-être que les jeunes femmes n’osent pas trop en parler avec leur partenaire non plus.
    quand on voit comme certains rechignent à utiliser une capote…

  • deecurl: tu accepte facilement le préservatif féminin ?

  • @Le Mâle: non, car il est beaucoup plus cher (3 fois!!!) et beaucoup moins agréable que le préservatif masculin.

    je serai hyper favorable à une pilule masculine mais néanmoins cela ne m’empêcherait pas de me protéger de mon côté. même si tu n’es pas d’accord avec ça, je le sais: si il y a un problème c’est moi qui suis la plus emmerdée.

    et il reste les MST.

  • @deecurl: le préservatif masculin est agréable pour toi pas pour nous, si tu étais un mec tu refuserais peut-être catégoriquement d’en porter.

    Enfin le préservatif féminin c’est le même prix qu’un bon préservatif masculin (c’est la même matière).
    La capote de base ça ressemble plus à une chambre à air de pneu de camion qu’autre chose et en général tu ressens plus grand chose.

    Mais comme tu dis on est bien obligé de se protéger des MST

  • le prix a dû changer, il faut dire que je n’ai plus trop cherché à m’en procurer.

    et non, la capote de base je ne sais pas ce que c’est…c’est celle des année 30 lol ?

  • Bah moi, j’ai entendu pire… certe les hommes ne sont pas forcément au courant de “comment on peut faire un bébé”… mais dans ma jeunesse (oui, je fais partie des vieilles: j’ai passé les 30!) j’ai un jour demandait par curiosité à mon petit copain de l’époque si la pilule protégeait du sida…

    Il m’a répondu par l’affirmative!

    Je suis restée bouche béée devant tant d’ignorances, nous qui faisons partie intégrante de ce qu’on a nommé la génération sida!

  • demandé pas demandait

  • S’il y a bien une chose que je déteste c’est quand certains hommes disent : ” Cette fille là elle m’a fait une enfant dans le dos”
    Non mais je rêve là, pour faire un gosse faudrait pas oublier qu’on est deux et pour coucher avec nous ce soir là et ben t’étais bien partant alors maintenant faudrait voir à assumer !

  • @lydie: quand une femme arrête en cachette volontairement sa pilule sans le dire à son mec => le mec doit assumer ?

  • Non ça c’est deguelasse en effet.
    Mais à notre époque, il y a toujours moyen de se protéger si on ne veut ps d’enfants.
    Tu mets un preservatif par exemple.

  • @lydie : Donc je ne dois pas faire confiance à une femme qui me dit prendre la pilule ?

    Je doit être con alors de penser que la base d’un couple c’est la confiance.
    Comment je lui annonce tout ca ? “désolé j’ai pas confiance en toi je met une capote” ?

  • bonsoir!

    ça fait plaisir d’avoir suscité le débat.
    moi aussi j’ai souvent été confrontée à l’ignorance des garçons en matière de contraception, surtout à l’ignorance vis-à-vis des “ratés”.

    pour ce qui est du “bébé dans le dos”, le sujet est bien sûr compliqué. LeMâle et Deecurl, vous parliez de pilule masculine, j’avoue que comme Deecurl, je prendrai quand même la pilule même si mon mec le faisait. alors non, ça ne me choque pas que le garçon se protège de son côté.

    cela dit, chacun fait ce qui lui convient dans son couple, c’est pour ça qu’à mon avis l’essentiel est de dialoguer, et d’être informé.

  • Les médias ont tendance à nous montrer des caricatures : des jeunes femmes paumées qui espèrent garder leur mec en leur faisant un gosse, des sidéens gays et/ou drogués, etc.

    Comment un ado ou un jeune homme “bien sous tout rapports” peut-il alors se sentir concerné par les risques de grossesse et de MST ?

    Heureusement, les assos et les plannings familiaux travaillent pour changer ces clichés, via campagnes d’affichage et publication de témoignage.

    Il faut parler de ces risques, parler et diffuser, pour que chacun se sente enfin vraiment concerné.

  • J’ai la chance d’avoir un copain qui considère que la contraception n’est pas que mon affaire -peut-être parce qu’il a une soeur de mon âge, moi-même je m’efforce de faire en sorte que mon jeune frère soit conscient de ces choses-là.
    Mais que nous soyons tous les deux avertis et prudents ne m’a pas empêchée de l’oublier, une fois, ma pilule. Et croyez-moi, j’ai bien compris que j’ai été chanceuse de ne pas être enceinte, et je suis désormais encore plus attentive.Et surtout, j’aimerais bien faire passer le message aux autres filles… Ca peut arriver à tout le monde, pas qu’aux autres.

  • J’ai commencé ma vie sexuelle très tard (pour cause de background catholique et de méconnaissance totale de mon corps. Mais ce n’est pas à maman que je dois en vouloir, juste à moi-même). Pourtant, je sais que ma maman est très ouverte sur le sujet, puisqu’elle a admis dès l’âge de 15 ans que ma soeur puisse prendre la pilule.
    En ce qui me concerne, c’est très différent. J’ai longtemps refusé l’acte sexuel que j’associais à la souffrance. Depuis l’âge de 9 ans, je souffre en effet de cystites. Alors que mes soeurs les femelles du lycée et de la fac parlaient sexualité comme quelque chose de bon, j’avais du mal à les comprendre.
    J’ai dû arrêter de prendre mon sexe comme un organe douloureux pour envisager la sexualité. Depuis, j’en parle à ma soeur tranquillement et j’envisage enfin, à 26 ans, de prendre la pilule. Cela ne veut pas dire que je ne prenne pas mes précautions. Je refuse catégoriquement qu’un homme ne mette pas de préservatif. Dans ce cas, il peut remballer ses affaires…
    Il faut bien comprendre que de parler de sexualité ne va pas de soi. Je sais que j’aime parler de sexualité avec des hommes, étant moi-même d’un tempérament très masculin, mais c’est une bonne manière de choisir mes amants…

  • @Storia: oui, je suis bien consciente que ce n’est pas facile d’aborder des questions de sexualité. mais au sein d’un couple, c’est quand même un tabou à briser! tu parles de “tempérament masculin”, c’est vrai qu’aujourd’hui encore ça choque d’entendre des femmes parler de sexe. alors parler de méthodes de contraception…

    @On High Heels: c’est intéressant ce que tu dis, je ne me suis jamais vraiment posée la question dessus et à y réfléchir, c’est évident. souvent on associe encore la sexualité des ados à un comportement limite déviant, comme si la gentille lycéenne sans problème ne pouvait pas se trouver dans une situation telle…

  • @Gabrielle : Justement, j’ai eu très vite à briser le tabou du gynécologue avec mon ex (qui souhaite me voir réintégrer le logis). En effet, me voyant un peu distante une semaine par mois, il se demandait pourquoi. Je lui ai tout simplement expliqué comment fonctionnait mon corps, les effets néfastes d’une sexualité pendant cette période… Et il m’a parlé librement de contraception, en prenant exemple sur sa soeur… Ah c’est sûr. S’il était coincé sexuellement, mon ex avait au moins l’avantage de prendre soin de moi…

  • un mec bien, au moins qui s’intéresse à “ça”!

  • Très bon article, très juste.
    J’ai toujours été effarée de voir l’ignorance et le manque d’implication masculine par rapport à la contraception. Je jour où hommes et femmes comprendront que non, la contraception n’est pas une affaire seulement féminine, on aura fait un grand pas.

    J’ai toujours essayé de “coacher” mes copains, pour qu’ils comprennent ce que ça représente, au jour le jour, pour nous. Il y en a un à qui j’ai fait payer la moitié de mes frais de pilule, pour qu’il voit, et je la prenais toujours devant lui.
    Mon dernier copain m’a dit, après un petit flip que j’ai eu (bien que sous stérilet), et voyant les ennuis que j’ai avec mes règles et l’acné revenue au galop après arrêt de pilule, qu’il était tout à fait partant pour prendre la pilule pour homme. Merci la chance, je suis tombée sur une perle rare.

  • @ipomee : La pilule pour homme n’existe pas encore.

    Moi ce qui me surprend c’est que peu de femmes connaissent le fonctionnement de leur cycle

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