Coeur

MacDo, poésie et Quasimodo

On est le 14 février : j’ai déjà envoyé un super message à ma meilleure amie pour lui souhaiter un joyeux anniversaire, et j’attends gentiment devant le Mcdo le mec qui m’a donné rendez-vous là une semaine auparavant. Je sèche un cours pour le voir, j’ai 17 ans, et je suis encore toute fleur bleue, je crois au prince charmant qui va venir m’enlever sur son cheval blanc et m’offrir des Jimmy Choo pour la saint Valentin (ouais c’est bon, on fait les rêves qu’on peut hein).

MacDo, poésie et QuasimodoIl est à l’heure. Il n’a pas mis de temps pour trouver. Je l’avais rencontré un soir où mon grand frère avait invité des amis à la maison pour regarder des DVD, on avait un peu parlé, je l’avais trouvé mignon, un peu perdu, je l’ai aussi materné, et dieu sait qu’on aime ça quand on a 17 ans. Quand je l’ai revu devant ce Mcdo, je me suis dit qu’il aurait pu faire un effort de présentation.

Il portait un pull jacquard et un jean négligé, s’était coiffé à la va vite,
et pour quelqu’un qui se plaignait de son célibat, je le trouvais bien sûr de lui. Enfin, je n’étais pas en position de me plaindre, je me croyais encore horriblement moche alors qu’à l’époque je sortais de ma période ingrate, j’avais perdu du poids, changé de coupe de cheveux, j’assumais mes toutes nouvelles formes et me maquillais enfin correctement. J’étais jolie, c’est vrai, mais je n’en avais aucune idée et croyais encore que dans mon nouveau lycée on allait finir par m’appeler « le thon », comme ça a été le cas durant toute ma scolarité.

On entre dans le fast-food. Je n’ai pas très faim. On commence à discuter, et ça se voit, il me trouve jolie, et moi j’en joue, souris, baisse les yeux et feinte de rougir, mais quelque chose ne va pas. Il ne va pas. C’était comme si je m’étais apprêtée pour aller en rendez-vous avec Quasimodo. Difforme, sans conversation, sans éducation et surtout, sans aucun humour. Désolé chéri, mais j’suis loin d’être Esmeralda, et moi j’kiffe grave le conte de la Belle et la Bête mais seulement si la bête se transforme en bombasse à la fin.

Le pauvre. Il s’est débattu. Et moi, j’ai passé un des pires rendez-vous de ma vie. D’une, m’inviter au mcdo pour la saint Valentin, c’était pas prévoir le meilleur rendez-vous qu’il soit, et de deux, s’habiller en pouilleux alors que moi j’étais plutôt princesse, franchement, ça le faisait pas du tout. Alors Quasimodo a essayé le coup des cloches façon moderne : il m’a emmenée au château de Versailles dans sa voiture et il a mis de la musique. De la techno. A moi, la fille qui ne jure que par la musique acoustique. Et puis il a essayé les rapprochements dans le parc du château, comme me prendre la main, mais beuuurk, désolé Quasi, mais j’tiens pas la main aux mecs difformes comme toi, sauf quand ils ont des problèmes de santé.

Et là, il a voulu jouer sa dernière carte : la poésie.

Alors, ok, nan vraiment c’était bien joué parce que j’étais une super fleur bleue qui kiffe sa race le romantisme à deux balles, et avec un peu d’imagination il aurait pu me faire tomber dans ses filets… Sauf que tu sors pas des phrases toutes faites à une littéraire qui adore la philosophie et dont le rêve est d’écrire son propre bouquin. Je l’ai vu venir de loin, je m’en souviens comme si c’était hier : je portais une ceinture pleine de grigris juste pour décorer, et lui, avait remarqué qu’il y avait accroché des clés. Je regardais une fontaine, et lui s’est agenouillé (j’vous jure, il voulait vraiment tirer son coup c’est pas possible autrement), a pris une de mes clés accrochée à ma ceinture et a dit : « Est-ce la clé qui ouvre la porte de ton cœur ? ».

Oh mon Dieu tout puissant et tout plein de miséricorde, si vous m’entendez, foudroyez-le.

Dieu ne m’a pas entendue. Mais j’ai fait preuve d’une force surnaturelle pour ne pas éclater de rire. J’ai esquissé un sourire et lui ai dit « je suis désolée, mais je crois que je ne suis toujours pas prête à retomber amoureuse, j’ai été fausse avec toi, et j’en suis désolée, mais ramène moi chez moi » et je pensais plutôt « ramène moi chez moi tout de suite espèce de taré, et essaye pas de me toucher encore une fois sinon j’te jure que je beugle au viol si fort qu’on m’entendra jusqu’à Berlin ».

Il m’a ramenée chez moi, un peu déçu. Et dire que j’avais séché un cours pour ça. Ça m’a vaccinée des rendez-vous avec les « mecs mignons un peu perdus », et m’a aidé à ne pas donner « la clé qui ouvre la porte de mon cœur » à n’importe qui …

(cc) Plindberg

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