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La halte.

Il est des lieux où l’on ne s’attarde guère plus de quelques minutes mais qui pourtant restent ancrés dans notre mémoire. L’un de ces endroits qui est depuis cher à mon cœur, est un petit square situé à Londres.

Si un jour vous vous rendez dans la capitale britannique, vous ne manquerez certainement pas de flâner dans la populaire Oxford Street pour y faire quelques achats, admirer les vitrines de Selfridges, ou dénicher un vêtement à la mode chez Topshop. Harassés par la foule, les lumières criardes et les décibels des magasins aux allures de boite de nuit, vous déciderez de prendre les chemins de traverse. Doucement, vous vous écarterez de l’artère bouillonnante en empruntant une multitude de rues étroites bordées de petits immeubles à deux ou trois étages en briques rouges ou de bâtisses plus cossues à l’architecture géorgienne. Ma préférence va à ces maisons blanches immaculées, ceintes d’une fine barrière en fer laqué noir s’harmonisant à la porte d’entrée au heurtoir doré méticuleusement entretenu ; on y accède par un escalier d’une dizaine de marches en haut duquel trônent deux ifs taillés et des jardinières dont le contenu varie au gré des saisons – cyclamens blancs en décembre, jonquilles et narcisses en février mars. Souvent, un bow-window au store bateau rayé noir et blanc ou bouillonnant en schintz jaune ou bleu laisse deviner un coin cosy comme seuls les britanniques savent les faire. Tantôt un lustre à pampilles éclaire des pâtisseries, tantôt un chat derrière une fenêtre feint de s’intéresser d’un oeil aux passants.

La promenade se poursuit. La rue débouche sur une place parfaitement carrée avec, en son centre, l’un de ces ravissants square qu’on ne peut voir qu’à Londres. Par chance, le jardin n’est pas la propriété exclusive des riverains. Point besoin de clef, il est ouvert au public. Nous entrons par un petit portillon et avisons un banc libre – le seul semble-t-il. C’est un banc tout britannique, solide, en bois, qui semble posé là depuis une éternité. Je me plais à y imaginer Virginia Woolf devisant en compagnie de Jane Austen – mon imagination n’est pas à un anachronisme près – l’une cherchant dans tous ces visages un moyen d’échapper à sa “folie”, l’autre croquant malicieusement les petits travers de ses contemporains. Alex et moi, épuisés, nous reposons face à un minuscule cottage à colombages qui fait sans doute office d’abri pour le gradien du square et de réserve à outils des jardiniers, mais qui aurait tout aussi bien pu servir d’atelier à Beatrix Potter. N’est-ce pas d’ailleurs des pinceaux qu’on aperçoit au travers de la vitre ? Certainement que la nuit lapins, souriceaux et taupes se retrouvent à l’intérieur pour boire une tasse de thé fumant. Il ne manque plus que la ravissante statue de Peter Pan pour parfaire le tableau. Hélas, celle ci est à Kensington Gardens. Mais, je me plais à imaginer que James Barrie s’est inspiré d’une des maisons qui bordent le square pour créer celle de Wendy.

Des riverains discutent en petits groupes, un retraité promène son chien, des employés de bureau font une petite pause, aucun enfant (Paris ressemble à une crêche à côté de Londres, sans doute la faute aux loyers trop élevés). Nous restons là à regarder ces habitués. Il fait un froid de canard, il bruine, la nuit commence à tomber, mais ce petit jardin est réconfortant. Les bruits des taxis ne parviennent pas jusqu’à nous. Seul le jappement du chien trouble le silence. Nous nous serrons l’un contre l’autre pour tenter de nous réchauffer et prolonger ainsi cette pause salvatrice pour nos pieds.

Est-ce parce que je suis épuisée que ce carré de vert me plait tant ? Est-ce le savant fouillis de ce jardin à l’anglaise que je préfère à l’ordonnancement carré et froid des jardins à la française ? Est-ce le fait d’être seuls sans enfant sur ce banc qui m’a fait apprécier plus que la normale ce coin de verdure ?

Hélas, le sifflet du gardien retentit, nous ramenant à la réalité : il fait nuit, le parc va fermer, nous allons devoir reprendre notre route. Personne ne semble avoir entendu le sifflement pourtant strident si bien que le gardien est obligé de se déplacer de banc en banc afin de forcer les gens à quitter le square – et moi qui croyais les britanniques toujours obéissants et disciplinés : aucun des anglais présents ne semble disposé à partir. Finalement, sur les injonctions du gardien, nous nous résolvons à quitter les lieux. C’est à regret que nous passons pour la seconde fois le petit portillon.

Nous empruntons alors de nouvelles rues, calmes et sombres tout d’abord, puis de plus en plus animées et éclairées. Soho et ses pubs nous attendent, déjà pleins de jeunes cadres aux dents longues qui noient dans des pintes de Guiness le stress d’une journée de travail à la City.

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