Humeurs

Névrosée

Article sélectionné par La poupée russe lors de sa semaine de rédaction en chef

Freud dirait qu’on est, tous autant que nous sommes, postant des articles sur Ladies Room, de gros névrosés incapables d’exprimer nos émotions comme des personnes normalement constituées qui parlent au lieu d’écrire, de photographier, de blogguer. Je suis une névrosée.

Névrosée

Une grosse névrosée. Quand mon dernier petit ami a pris mon cœur et l’a brisé en mille morceaux en disant qu’il n’avait tellement pas envie de s’engager avec moi qu’il préférait mettre entre nous deux un continent et un océan pour être sûr que ça ne se produirait pas, au lieu de lui crier dessus en lui disant que c’était un connard fini qui méritait d’être empalé par l’urètre, j’ai préféré lui envoyer un mail pour être sûr qu’il comprenne ce que je pensais à son sujet.

L’ex avant lui avait bien compris comment je fonctionnais. D’ailleurs ça lui a fait beaucoup plus de peine d’apprendre que c’était fini entre nous deux semaines plus tard sur MSN quand il est venu confirmer les faits, plutôt que quand je lui ai dit en face.

J’exprime mes sentiments de manière beaucoup plus claire à l’écrit qu’à l’oral. Sur une lettre, j’écris de façon juste, les mots sont bien organisés, rangés les uns à côté des autres dans leur petite phrase, et leurs sens reflètent parfaitement bien ma pensée. A l’oral, je bafouille, me cache derrière un humour douteux pour qu’on ne voie pas mes états d’âme, trop timide pour se montrer en public.

C’est aussi comme si à l’écrit je voulais faire passer un message à ceux que j’aime et qui n’ont jamais pu s’exprimer comme je le fais (voir mon article Toujours regarder vers le haut).

Et puis j’ai, un jour dans le car en rentrant chez moi, écouté les chroniques Martin Winckler, téléchargées sur le site de arteradio.com, et tout particulièrement une chronique où il parle de la façon dont les enfants réagissent à la souffrance de leurs parents. Il conclut en disant que peut-être, très inconsciemment parlant, l’enfant qui se sent extrêmement impuissant face à la douleur des autres, cherche a acquérir plus tard dans sa vie des outils qui lui servent à aider les gens qu’il a vu souffrir.

Dans cette même chronique, Martin Winckler prend pour exemple Marie Nimier,
qui explique dans son livre La reine du silence que son frère était devenu réanimateur, et qu’inconsciemment il voulait réanimer son père, mort d’une crise cardiaque, à chaque urgence qui arrivait à l’hôpital.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon père à ce moment-là. Mon père, qui un jour où nous étions en train de faire les courses en famille, fut le premier à aller voir une femme évanouie parce qu’elle était enceinte et qu’elle n’avait pas mangé de petit déjeuner. Mon père est anesthésiste, et il ne supporte pas de voir les gens souffrir, et j’ai l’impression que, à chaque fois que mon père administre une piqûre de calmant à quelqu’un, c’était comme si il administrait un anti-douleur à tout son peuple, qui souffre de beaucoup trop de choses à son goût.

Alors peut-on vraiment dire que certains actes que nous accomplissons dans la vie, qui sont peut-être des piliers majeurs de notre existence, résultent finalement d’une névrose, d’une souffrance, et sont des genres de réponses inconscientes aux souffrances des autres ?

9 Responses to “Névrosée”

  • Tevouille> je t’aime, bienvenu au club des névrosées! j’espère que nous pourrons nous rencontrer mardi prochain à la réception des ambassadrices ;)
    Sinon, toi, comment cherches-tu à aider les autres ? je suis certaine que ce père, dont tu nous as déjà parlé, qui est plein de pudeur avec le monde, a su te transmettre ce don d’aider les autres et de donner ; seulement c’est vrai que c’est parfois un don difficile, que cette empathie aux autres nous fait plus souffrir qu’elle ne nous récompense… on ne peut pas aider tout le monde et tout le monde ne le veut pas (j’ai tj l’impression que je peux “sauver ” mes petits amis aussi, surtout ceux qui m’échappent)… mais nous trouvons petit à petit notre voie. C’est déjà une grande avancée que de pouvoir mettre des mots sur tes sentiments et tes émotions, bcq plus que d’autres ne pourront jamais.

  • C’est assez vrai ce que tu dis Tévy, on choisit souvent des orientations qui sont souvent le reflet de notre moi profond.
    Bien vu et joliment écris

  • Sans vouloir faire de la psychologie de bistrot, je crois que je n’aide pas vraiment les autres, mais que je m’aide moi-même sur ce coup là: je parle 5 langues couramment et je sais que j’ai toujours souffert de ne pas comprendre le khmer pendant les diners… C’est comme si j’avais toujours voulu comprendre tout le monde depuis mon enfance juste a cause de ça.

    @Druuna75, je serai là mardi ^^ donc on se prendra une coupette de champ’ pour fêter nos névroses!

  • Je trouve passionnant ton questionnement sur la névrose qu’il y a à bloguer, sur le lien à l’écriture, sur le besoin de réparer nos blessures passées, sur la double culture et l’interculturalité (suis allée sur ton blog). Tu es si jeune, 20 ans, pourtant ta réflexion est celle d’une personne déjà mûre… Sans vouloir être indiscrète, tu fais des études de quoi ?

  • Le problème aujourd’hui par rapport à autrefois c’est que finalement on est beaucoup moins sociabilisé, même si on croit l’être, je trouve qu’on vit dans une société individualiste ou les rapports son peu profonds en général et sont superficiels (je ne parle pas des proches) , les gens se sentent seuls et c’est pour ça aussi que la communication on line explose , parce que dans la vraie vie est-ce que les gens savent réellement communiquer?
    quant à la névrose moi je le suis complètement (dixit les psy, mes proches …) , partout ou je passe on met du que j’ai une personnalité limite (borderline) , que je n’ai aucune limite. Même si je regrette certaines chose dans ma vie, j’aime vivre intensément et je me complais dans ma névrose (bon sauf par moments on est d’accord). Pour finir, je crois qu’on a tous des névroses.

  • oulala j’ai fait une faute “on me dit” ….

  • Si les névrosé(e)s n’existaient pas, peut-être que les plus grand artistes n’auraient pas existés, eux non plus…Alors vive les névroses !

  • Non je ne partage pas cet avis, la névrose n’a rien à y voir. Là il s’agit d’un désir inconscient de combler une souffrance passée oui… mais la névrose c’est autre chose. J’ai écris un article à ce sujet. Merci de le lire.

  • La Poupée Russe ressort des articles du grenier :) yay o/

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