Humeurs

Le sourire du Bouddha

Article sélectionné par La poupée russe lors de sa semaine de rédaction en chef

Je parle souvent de mon papa comme le grand méchant loup, la peur au ventre, et le ressentiment coincé entre les dents. Il est vrai que quand on a été élevé à la française, voire à la Dolto, qu’on nous a toujours tout expliqué dans les moindres détails, qu’on a toujours répondu à toutes nos questions, même les plus stupides, on a du mal à avaler le concept de respect de l’adulte sans respect retour, du « ta gueule ou tais toi », et du « tu le fais sinon honte à toi sur trois générations » .

Le sourire du BouddhaChez les khmers, on nous inculque ça dès l’enfance par principe, par culture, pour que les enfants sachent que c’est par l’expérience et la connaissance qu’on gagne le respect. C’est aussi à cause de la culture que l’on apprend dès tout petit le respect des ancêtres, qui nous ont enfantés, qui ont vécu des choses horribles comme la guerre des khmers rouges tout comme des choses géniales dont je reparlerai dans de prochains articles.

Et puis, apprendre à encaisser les ordres sans rien dire et les reproches de nos ancêtres, ça nous apprend aussi à relativiser beaucoup de choses sans en penser moins. Mon père en a fait une technique très élaborée que j’aimerais un jour savoir reproduire : le sourire du Bouddha.

Je pense que c’est une technique que mon père a dû travailler des années et des années.

Quand on voit mon père pour la première fois, on se dit que c’est un homme qui ne parle pas beaucoup, et ne montre pas beaucoup ses sentiments non plus. Pendant les fêtes de famille, il s’assoit dans un siège bien confortable, dit deux trois phrases dans la soirée, et sourit de temps en temps. C’est la technique du sourire du Bouddha : quand mon père entend une énormité, et qu’il sait que s’il répond pour rétablir la vérité, il finira par faire perdre la face à son interlocuteur, il sourit un peu mais pas trop, comme un Bouddha. Cela pour à la fois soulager son trop plein d’émotion en entendant les informations erronées, et aussi pour montrer qu’il ne perd pas le fil de la conversation, même s’il ne parle pas des masses.

Je ne sais pas exactement si cette technique provoque des répercutions sur la santé de mon papa, mais il a l’air de relativement bien se porter, comme si les années d’entraînement dans son enfance avec ses propres parents avaient porté leurs fruits.

Mon père a peut être des méthodes d’éducation très discutables pour les occidentaux. Il a peut être été un peu rude avec moi, des fois, beaucoup de fois, ou même beaucoup trop de fois. Mais il se retient de faire perdre la face ou de vexer un nombre démesuré de personnes, en employant une technique qui a été créée grâce à la rudesse de ses parents, et les remarques de ses ancêtres. Qui suis-je donc pour dénigrer cette éducation ? Je subis, avec le sourire du Bouddha, pour peut être moi aussi, un jour, épargner un grand nombre de personnes de la rudesse et du manque de tact typiquement occidentaux.

8 Responses to “Le sourire du Bouddha”

  • J’aime beaucoup tes articles à propos de la culture khmer, merci de nous faire partager ça ^^

  • Mais de rien mais de rien! C’est un plaisir surtout pour moi de faire partager mon vécu, et de permettre aux gens de voir les asiatiques d’un autre œil. C’est aussi un de mes projets personnels: si mes articles plaisent a un grand nombre, peut être qu’un livre suivra :).
    Et si ça t’intéresse vraiment, je poste régulièrement d’autres articles sur mon blog ;).
    Et merci pour les encouragements, ça fait chaunaucoeur!

  • Je ne savais pas que tu as un blog, j’irai y faire un tour :p si je poste des commentaires, je garderai le même pseudo que sur lr..Je ne sais pas tjr quoi dire, mais sache que je lis ^^
    Je n’aurai pas fait une faute à “culture khmer” par hasard ? Ce n’est pas plutôt culture khmère ^^ ?

  • “khmer” veut dire “cambodgien” en cambodgien, donc je suppose qu’il ne s’accorde pas, mais comme le Cambodge a été une colonie française, je suppose aussi que “khmer” est un mot qui a été francisé, et donc qui peu se conjuguer, comme le mot “newsletter” que l’on ne se prive pas d’accorder au pluriel.

    Donc en gros tu fais comme tu veux, moi j’en sais rien xD.

  • Ok x) Je demandais ça, parce que je déteste faire des fautes d’orthographe :p

  • Oh et, j’oubliais, pour les prochains commentaires: la photo, ce n’est pas une statue de Bouddha, mais de Jayavarman VII, un roi khmer qui a hissé le bouddhisme au Cambodge au rang de religion d’État, avec des Bouddhas différents de ceux représentés en Chine , puisque ne faisant que sourire et non pas rire à gros éclats. Il est représenté la plupart du temps les yeux fermés, et souriant comme le Bouddha, donc.
    J’aime beaucoup ses représentations, il a un physique très cambodgien, avec leur nez aplati très typique.
    Et en plus il ressemble a mon papa quand il était jeune :)

  • Merci pour la précision ^^ Je croyais que c’était bien une représentation de bouddha :o

  • Ha oui merci vraiment de partager cette culture avec nous !
    ça fait voyager…

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