Humeurs

Les noms dits de Léopoldine

Léopoldine est une ado qui souffre de porter un prénom que peu de gens connaissent ou reconnaissent. Elle a honte de dire comment elle s’appelle. Elle redoute la question. Elle trouve son prénom trop vieux, bizarre.

Les noms dits de LéopoldineOn lui a dit qu’elle l’aimerait plus tard mais « ça ne vient pas ». Même si elle reconnaît qu’elle n’aurait « pas supporté avoir un prénom que tout le monde a ». Pourtant Léopoldine, c’est joli, c’est féminin. Et le diminutif, Léo, est charmant et mutin pour une ado. Mais Léo porte son prénom comme un fardeau.

Peut-être que si on lui donnait la possibilité d’en changer, elle se mettrait à l’aimer. Peut-être que la première fois qu’elle tombera amoureuse, et que son amoureux n’aura aucun problème à l’appeler par son prénom si doux, si féminin, peut-être que cela ne lui posera plus de problème. Peut-être que ses parents (je ne sais pas pourquoi, mais j’ai plutôt l’impression que c’est sa mère) admiraient Victor Hugo et ont donné à leur enfant le prénom de sa fille aînée, tant aimée.

Il est tout à fait compréhensible de détester son prénom, surtout à 14 ans où l’on déteste se singulariser, où l’on souhaiterait ne pas être la personne sur qui se posent tous les regards avec étonnement et incompréhension, où l’on se pose en contre en quasi permanence. Il est compréhensible de ne pas adhérer à son propre prénom, même s’il a été choisi avec amour et qui est sûrement lourd de sens pour les parents, lorsque l’on n’est pas attaché à l’histoire de son choix, lorsque l’on a négligé de vous en expliquer la démarche.

Il y a des prénoms, par contre, trop lourds, trop chargés, trop symboliques, qui vous accablent, vous encombrent, vous écrasent, vous obstruent le chemin. Des prénoms d’aïeux avec qui on ne se sent que peu d’affinité. Encore une fois, certainement, parce que la démarche a été mal expliquée.  Par chance pour Léopoldine, la tendance est aux prénoms anciens. Le problème c’est que ses parents avaient au moins 10 ans d’avance. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux cherchent à se démarquer d’une mode anglo-saxonne et reviennent à des prénoms anciens, qui sentent le terroir, la tradition, la famille. Autour de moi il y a des Léon, des Philomène, des Théophile…

J’ai, par ailleurs, un ami qui réfute totalement cette théorie et qui m’affirme que c’est l’enfant qui doit faire le prénom. Un prénom qui n’a pas de signification lourde, qui n’a pas d’histoire, qui n’est légué par rien dans le passé et qui n’a été choisi que pour la beauté des sons qui le forment, est une chance pour l’enfant de s’affirmer seul, de s’autodéterminer en quelque sorte. C’est pourquoi cet ami donnera à ses enfants des prénoms d’elfes, aux consonances aériennes, empreintes de mystère. Il adhère au concept du prénom inventé, de prénom “unique”. Un prénom unique pour une personne unique. A eux de percer seuls le mystère de leur prénom ou de lui fonder sa “mythologie”. « Ça m’a toujours choqué que des tonnes de gens aient le même prénom, c’est bizarre. Ça fait comme une “étiquette” sans personnalité. T’es un “Julien” ou un “Richard” ou une “Séverine”. Ça veut dire quoi finalement si 15 000 personnes ont les mêmes noms ? Rien, c’est triste. Alors que si tu t’appelles Lauraliane ou Ormeriel ou Cenariel ou whatever, c’est “toi” et personne d’autre. Je ne suis pas mécontent de mon prénom pour ca, même s’il se démocratise un peu. Jordane pour un garçon c’est rare, surtout avec un E à la fin. » Pourquoi pas ? Tout est possible à condition que cela soit fait avec conviction et amour.

Evidemment, cela n’est que son avis. Pour info, et pour ne vexer personne :

Julien signifie latin, origine latine donc.

Richard signifie puissant, origine germanique.

Séverine signifie sérieuse, origine latine.(source : signification des prénoms)
Du peu que j’en sais, il me semble que dans certaines cultures, on ne prénomme le nouveau-né que quelques jours, quelques semaines, voir quelques années après sa naissance. Le temps de cerner le caractère de l’enfant et de lui attribuer un prénom qui lui convienne. Je crois même me souvenir que dans certaines sociétés, l’enfant se voit affublé d’un prénom intermédiaire et ne “gagnera” son prénom définitif qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte. Chez les Indiens d’Amérique, je crois. Toujours dans ces sociétés traditionnelles, on ne prononce pas le prénom de l’enfant avant sa naissance, de peur que les esprits malfaisants ne portent son choix sur lui. Et selon Wikipédia, il existe des sociétés où dévoiler son prénom peut-être vécu comme une faiblesse, tant il est rattaché à l’intime, tant il est constitutif de la personnalité de celui qui le porte. Toutes ces traditions ne sont pas anodines, et ne cessent de me parler.

Or, si on pousse la théorie de Jordane jusqu’au bout, « on devrait choisir son prénom soi-même et à l’âge adulte. » Mais Jordane reconnaît être « un extrêmiste de la “personnalité”, de l’anti-destin, et de la volonté. »

Il ne faut pas négliger la force d’un prénom, ce qu’il signifie et pourquoi ses parents l’ont choisi. Il vaut mieux même chercher à le savoir. Savoir le pourquoi des choses, comprendre d’où l’on vient, de quel désir on est fait, peut aider à savoir où l’on va. Ce n’est qu’une théorie bien sûr, mais si on sait écouter les signes, décoder les paroles qui en cachent d’autres, lire dans les âmes, on peut s’appuyer sur ce legs précieux qu’est un prénom, on peut choisir de l’éradiquer et s’en choisir un autre, sur internet, dans son cercle d’amis. Quelque soit la façon dont on le reçoit et la façon dont on le vit, on peut en faire une base pour y puiser sa force.

Et vous ? Savez-vous pourquoi vous portez votre prénom ? 

(cc) nuagedenuit

10 Responses to “Les noms dits de Léopoldine”

  • J’étais à deux doigts de m’appeler Adelaïde..Mes parents ont finalement choisi un prénom plus commun. Et je ne le regrette pas..;Je ne crois pas que je me serais faite à ce nom, qui est à la fois vieux, et celui d’une ancêtre à qui je ne veux pas qu’on me compare. Bel article en tout cas, original.

  • Intéressant. J’ai eu une discussion similaire avec un ami, qui veut donner des noms “originaux” et très “breizh du buralez” à ses futurs enfants, et ne voyait pas pourquoi, si j’aimais “Balthazar”, je n’appellerais pas un hypothétique fils ainsi.
    Parce que pour moi, porter un nom à rallonge (la moyenne habituelle étant deux syllabes en France) et atypique/ancien, c’est d’une part se traîner un diminutif toute sa vie, souvent indésiré, et d’autre part porter un poids, celui du passif du prénom en question, comme un moule dont on ne peut s’échapper. Pour ma part je m’appelle A***…à cause d’une de mes arrières grand mères maternelles, ma mère adorait sa grand mère,d’où ce prénom. Quand je suis née, c’était un prénom de mamie. Les femmes s’appelant comme moi avoisinaient toutes les 80 printemps. Aujourd’hui les prénoms bretons ou hébreu étant à la mode, un certain nombre de petites filles ont le même.Il se trouve que ce prénom était également celui d’une autre arrière grand-mère, paternelle cette fois.
    Et bien sûr c’est la version bretonnante d’un personnage biblique. Un gros passif pour ce prénom, mais il est simple, et en dehors des petits cons du primaire qui s’amusaient avec, je n’ai jamais eu de problème avec celui-ci, et il est rare parmi ceux de mon âge :-)

  • Très bel article, intéressant et tout.
    J’ai mis un moment à aimer mon prénom, justement parce que mes parents l’avaient choisi un peu au hasard, parce qu’ils ne connaissaient personne qui s’appelait comme ça. Aujourd’hui je l’aime, parce qu’il est beau et qu’il signifie “espérance” en russe. Et qu’en effet, il est relativement rare.
    Mais j’ai des amis qui ont eu beaucoup de mal avec leur prénom, en particulier à l’adolescence : Humphrey qui se faisait appeler Luc et Honorine, Léa. Aujourd’hui ça va mieux pour eux aussi, parce que, je crois, ils se sont rendus compte que leur prénom est ce qu’ils en font. J’ai aussi une amie qui s’appelle Crisalyne, je trouve ça magnifique.

  • Je suis passée un peu par les mêmes tourments que Léopoldine, portant moi aussi un prénom relativement bourgeois et peu donné. Pourtant, mon prénom est un pur produit de l’influence de la télé sur un enfant de 6 ans. C’est mon frère qui a choisi Bénédicte en référence à celle des Chiffres et des lettres:-)

    Etant enfant, c’était difficile, car les autres gamins ne parvenaient pas à le prononcer correctement. Me présenter était toujours une épreuve, car je devais le répéter, souvent l’épeler, et reprendre les gens qui se trompaient et m’appelaient Edith, Véronique, Marguerite, Bernadette (bref, tous les prénoms un peu longs, sauf le mien!).

    Aujourd’hui, je suis plutôt fière de mon prénom, qui signifie bien dite, qui se comprend très bien en anglais et en allemand (même si il est destiné aux hommes) et qui me confère une petite originalité:-)

    Je suis moi-même très attachée aux prénoms anciens et je pense que si j’ai un jour un enfant Léon sera en tête de liste.

  • J’ai des fois l’impression qu’on vit dans un monde ou tout ce qui sort de la marge ou ce qui n’est pas courant n’est pas trés bien vu..

    C’est sur que ce n’est pas un prénom facile à porté, ça a du jaser dans l’enfance, dans l’adolescence : il faudra peut etre un peu de temps pour qu’elle se réconcilie avec son prénom…
    J’ai un prenom composé (c’est plus soft mais bon..) que j’ai longtemps coupé en 2, je trouvais que ça fesait snob, etc.. ringard,et puis j’en voulais à ma mère un peu à l’époque (quel idée , etc.. en plus mes 2e prenoms sont encore pire)
    mais maintenant j’assume, et je me dit que ça me rend un peu plus unique, pas courante quoi, et ça peut etre plaisant aussi de se dire que c’est “rare” ;)
    même si c long ,
    trés bel article j’adore

  • Je m’appelle Adeline à cause des jalna…
    Quésaco ? Une grande série littéraire (16 romans tout de même), écrit par mazo de la Roche, racontant l’épopée d’Adeline Whitheoack, immigrée irlandaise au Canada, et de toute sa petite famille…
    Toutes les femmes de ma famille ont dévoré les Jalna…
    J’ai essayé de les lire… Mais bon sang, qu’elle est tarte cette Adeline, là dedans ! J’ai du mal à me dire que cela ait pu faire rêver ma mère, une femme pareille :)

    Mais sinon, j’aime bien mon prénom, bien que mes amis m’appellent généralement tous Addy.
    Du coup, quand quelqu’un d’autre qu’un membre de la famille le pronnonce, ça lui donne un petit ton sucré et féminin qui me va pas trop mal, et c’est toujours une surprise pour moi ^^

  • Avatar of Lya
    Lya

    Je pense comme ton ami Jordane que c’est à l’individu de façonner la propre mythologie de son prénom. Pourtant c’est possible d’avoir un prénom conventionel et de se construire une personnalité qui lui soit propre sans tenir compte de son prénom. Le prénom est juste une base, ce sui donne de la conscistance à son propre prénom est son propre caractère.

    Quant à moi, j’ai un prénom arabe et mes parents l’ont choisi car ils aimaient beaucoup une dame de leur entourage qui le portait. J’avoue que quand j’étais petite j’avais du mal à m’y faire à mon prénom. C’est assez dur de se singulariser parcequ’on est la seule de sa classe a avoir un prénom arabe. Aujourd’hui je l’aime bien et je le trouve même beau.

  • Tévy, c’est le prénom de la déesse du bonheur au cambodge, je suis née apres mon grand frere Sok’Home qui est le dieu du bonheur. Le truc encore plus classe avec Sok’Home c’est qu’il peut avoir deux significations: vu qu’il n’avait pas de graphie propre en français, ma mère a inventé cette façon d’écrire son prénom pour qu’on prononce bien le “H”, et ainsi ça donne “Sok” le dieu en khmer et “Home” la maison en anglais. Trop la classe.
    Et puis les prénoms cambodgiens, je trouve que c’est quand meme vachement passe partout sans être forcément banal: Sovhanna, Sovatthana, Sovan-dara, Sanne, Kériane, j’en passe et bien d’autres.
    Et je voulais aussi ajouter, qu’en Chine aussi on donne des prénoms intermédiaires aux enfants jusqu’a ce qu’on choisisse un prénom approprié: une prof de chinois avait une nièce de trois jours que l’on appelait “petite crotte” pour le moment ^^. Charmant.
    Mais il faut dire qu’en Chine chaque caractère a une signification propre, a chaque syllabe correspond un millier de caractères, les filles s’appelant Meili ont un prénom qui peut vouloir dire beauté (美丽), jolie petite soeur(妹丽), chaque victoire(每利), m’enfin en général Meili c’est beauté faut pas aller plus loin.

  • Merci Tévouille pour toutes ces précisions. Très intéressant.

  • Je suis dingue du prénom Léopoldine, mais mon doudou ne veut pas en entendre parler :(

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