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Insomnie

Insomnie

insomnie /ɛ̃.sɔm.ni/ féminin

  1. Privation de sommeil causée soit par une indisposition, soit par un chagrin, soit par une inquiétude, soit aussi par un excès de travail.

Mes parents sont anesthésistes. Ils endorment les gens. Plus précisément ils se lèvent la nuit pour aller endormir les gens. Pendant que ma mère pouvait dormir n’importe où, était connue pour piquer un roupillon par terre dans la salle de bloc, mon père lui, réussissait avec mention « très honorable » son doctorat avec un mélange explosif insomnie/café. Mon père trouvait que dormir plus de quatre heures par nuit n’était qu’un signe des gens qui étaient trop fainéants pour se lever et travailler plus, et ma mère dormait pendant qu’il faisait ses remarques.

Mon frère âgé de quatre ans de plus que moi ne dormait que quatre heures par nuit, luttait pour ne pas s’endormir, et ne faisait jamais de sieste. Ma mère ne se levait pas très souvent pour s’occuper de mon frère, puisque mon père toujours frais comme un gardon à cinq heures pétantes n’était déjà plus endormi quand bébé pleurait. Et puis quatre ans plus tard, comme je le disais, il y a eu moi. Depuis toute petite, j’ai toujours eu un sommeil de plomb, et un sommeil très régulier. J’ai toujours fait toutes mes nuits, paraît-il, et ça même dans un logement fourni par l’hôpital à deux pas de la nationale. Et puis, en grandissant, à moi comme à mon frère, nos habitudes nous sont restées: je me réveillait huit heures pile après m’être endormie, je faisais une sieste quand je manquais de sommeil, et n’ai jamais trop dormi. Mon frère, lui, n’a jamais vraiment trop ressenti le besoin de dormir, pouvait passer des nuits blanches et le lendemain ne dormir que quatre heures, et se moquait de moi et de mes siestes réparatrices.

Le sommeil est comme qui dirait une histoire de famille, tout comme le travail, et même l’excellence dans le travail.

Mon père est intimement persuadé qu’il n’aurait jamais pu recommencer ses dix années de médecine (déjà validées au Cambodge mais sans aucune équivalence en France) s’il n’avait pas été insomniaque: il travaillait quand les autres dormaient, et s’octroyait des courtes heures de repos qui lui semblaient interminables. Ma mère, quant à elle, était intimement convaincue que sans un repos bien mérité, elle n’aurait jamais fini deux fois major de sa promotion: rien ne pouvait s’interposer entre elle et son sommeil, ni les bruits des transports en commun, ni l’inconfort des couloirs des hôpitaux.

J’ai moi-même naïvement cru, n’ayant jamais eu de problème de sommeil particulier, et ayant toujours eu le sommeil aussi lourd qu’un matelas tout confort dont Adriana Carembeu fait la pub, que mon travail ne serait jamais affecté par quoi que ce soit, ni par les intempéries, ni par les bruits, ni même par Adriana Carembeu elle même. Et puis comme les problèmes de sommeil ne touchaient que les membres masculins de la famille, je me reposais sur le lit fantasque du déni. J’entretenai cette naïveté jusqu’au jour où ce doux rêve m’a été pris par une maladie: l’insomnie.

Ca a été tout récent: il y a eu un amas de travail considérable, la consommation régulière de café et puis le fameux problème familial de l’aménagement du temps de travail. C’est à ce moment là que j’ai cru que, quand on veut être un bon élève et qu’on n’est pas naturellement über doué pour comprendre quoi que ce soit, il faut travailler, longtemps, sans arrêt même. J’essayais désespérément de me conformer a cette idée familiale du: quand on ne dort pas, on travaille, et quand on ne travaille pas assez, on ne dort pas. J’ai donc moi aussi expérimenté le cocktail insomnie/café, qui, je dois dire, marche assez bien, enfin sauf pour quelqu’un qui est habitué à dormir huit heures par nuit.

C’est fou comme un comportement familial peut affecter sa propre vision des choses: avant de comprendre que si je n’aménage pas correctement mon temps de travail et mon temps de repos, je ne peux pas me reposer et travailler correctement, j’ai cru que j’arriverais, comme mes parents, à gérer de façon anarchique mon temps de repos pour qu’il s’adapte au mieux à mon temps de travail. J’ai, en clair, subi physiquement des dommages pour me conformer à un comportement familial, aussi dévastateur aurait-il pu être pour moi.

Alors vous qui me lisez, ne faites pas comme moi: ne répétez pas les erreurs de vos anciens, et pendant ce temps, dormez bien.

One Response to “Insomnie”

  • Je trouve personnellement que si je dors moins pour travailler plus, a partir d’un certain nombre d’heures de sommeil en moins, je me sens tellement fatiguee que mon cerveau ne fonctionne plus correctement. Et je suis du coup moins efficace dans mon travail…

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