Histoires

Guillaume Depardieu (1971-2008)

Alors que les cours de la bourse font une remontée fulgurante en Asie, que Sarkozy 1er continue dans son rôle d’hyper président, Guillaume Depardieu vient de mourir. De mourir jeune d’une maladie dont on ne pensait plus pouvoir mourir en 2008.

Guillaume Depardieu (1971-2008)C’est qu’il y avait quelque chose de James Dean en Guillaume Depardieu, cette façon d’enfreindre les codes et de vivre à 100 à l’heure. Il aurait pu faire sienne cette phrase que l’interprète de « la fureur de vivre » aimait à répéter : “vivre à fond, mourir jeune, faire un beau cadavre”.

Il y avait sans doute aussi en lui du Dewaere. Dewaere qui nous a quittés quasiment au même âge, l’alter ego de son père, lequel d’ailleurs ne s’est probablement jamais complètement remis de cette disparition. Les points communs entre celui qui aurait pu être son parrain et Guillaume sont légion : même gueule incroyable qui défie la caméra, même regard abattu, même penchant pour les paradis artificiels.

En apprenant sa disparition ce matin, j’ai re-déroulé dans ma tête les quelques bribes que je savais de lui : sa grande silhouette dans les bars des abbesses, des photos dans un VSD avec Béatrice dalle, son amputation de la jambe, des accidents de moto, des yeux défoncés, des coups de gueule chez Fogiel, des règlements de compte chez Ardisson et des déclarations de haine et d’amour à son père à coup de livres et de réconciliation en plein festival de Cannes. Lorsque l’on s’aime ou se déteste dans une famille d’acteurs on ne peut pas simplement se le dire par SMS ou de vive voix. Il faut y mettre de la théâtralité, utiliser les médias, leur donner ce qu’il vous demande : une tragédie des temps modernes.

Cela est d’autant plus vrai lorsque l’on est issu d’un clan de saltimbanques comme l’est la famille Depardieu. Entre la mère qu’on imagine tellement aimante, le père à la grande gueule, la fille fantasque, on pressent qu’il ne fut sûrement pas facile de trouver sa place.

Pourtant, de l’immature Fred des “Apprentis” à l’apprenti tueur à gages de “Cible émouvante“, Depardieu est lié pour le meilleur aux films de Salvadori, comme l’était également Marie Trintignant.

Et puis il y a un mois environ, au moment du raz de marée Batman, sortait un petit film français incroyable : “Versailles“. Un moment de cinéma intense, de ceux qui vous empêchent une fois sorti de faire comme si de rien n’était, comme si votre vision du monde ne s’en trouvait pas quelque peu modifiée. Versailles ou comment un homme reclus dans sa forêt, en marge de la civilisation des hommes, rejoue malgré lui la longue marche de l’homme qui mène du statut de chasseur à celui de père. Splendeur et misère de la paternité par la grâce de sa rencontre avec un petit garçon.

A la relecture, pourtant, ce film sonne comme un mauvais présage, quand on se souvient du personnage crachant ses poumons au milieu de la forêt. Cette maladie sera l’élément déclencheur qui lui fera retrouver pour un temps le chemin de la norme, du travail, de la vie de famille.

Aujourd’hui cette maladie l’a foudroyé.

Tags : ,

9 Responses to “Guillaume Depardieu (1971-2008)”

  • Avatar of
    La Chieuse

    j’en suis restée bouche bée quand j’ai sue pour sa mort au debut je croyais que c’était son pere t bim le fiston y’a des gens comme çà quand ils partent comme pour grégory çà jette un froid

    merci pour l’article :~)

  • Bel article, moi qui aimait beaucoup le personnage…

  • bleudiris

    je n’ai pas du tout aimé apprendre ça le jour de mon anniversaire alors qu’il avait exactement le même âge que moi, comme quoi la vie est à consommer tous les jours sans réserves avec joie..

  • tres bel article.
    Je voudrais simplement mettre de cote tout ce que l’on connait de lui et me concentrer sur la tragedie humaine. Comme plusieurs autres lectrices de LR j’ai eu a enterrer un de mes enfants et quel que soit l’age de l’enfant ca n’est tout simplement pas “normal”.
    On ne devrait avoir a endurer la disparition du fruit de sa chair.
    J’imagine aussi a quel point ce doit etre tragique pour sa compagne et sa petite fille.
    R.I.P.

  • je suis d’accord avec frenchy, je reverrai jusqu’à la fin de ma vie le regard vide et désespéré du père de mon ex beau frère quand il a du mettre son fils en terre. Mes pensées vont à sa famille. Je ne dirai rien de plus car ce serait indécent et hors de propos.

  • Car il est des monstres qui deviennent invisibles à force de talent et de borderline…

  • Il est encore à l’affiche dans De la guerre, de Bonello, dans lequel il est plutôt bon.

    Je retiendrai pour ma part son rôle dans Ne touchez pas la hache de Rivette : je crois personnellement qu’il était, ou du moins qu’il avait le potentiel d’un très grand acteur.

  • On le connaissait finalement très peu. Tu décris très bien les images “figées” qu’il a laissé de son personnage. Je ids bien personnage, car c’était sûrement à mille lieues de ce qu’il était en réalité. C’est un très bel hommage qui va au-delà du simple “et pourtant il était si formidable”.
    MERCI.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>