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La vie d’un produit cosmétique

Avant d’arriver dans votre boutique préférée, un cosmétique a franchi plusieurs étapes.

La conception d’abord puis la mise au point, la fabrication et enfin la mise sur le marché. De sa conception à sa commercialisation, 1 voire 3 années peuvent être nécessaires.

Mais toutes ces phases sont loin d’être simples et nécessitent à chaque étape des études, des tests, l’élaboration de dossiers et le suivi de dispositifs réglementaires…
Pour illustrer le propos concrètement, nous retrouverons en fin de billet, Claire de la marque de cosmétique bio Officinea qui a très gentiment répondu à quelques questions.

Avant d’aller plus loin rappelons la définition d’un produit cosmétique par le Code de la Santé Publique article L,5131-1 :
« tout produit destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres, organes génitaux externes, dents), en vue de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles » Il existe une liste officielle qui repertorie tous les produits concernés

Etape 1 – La conception

En concevant un produit, une marque essaie de répondre à une demande du consommateur.
Etude du marché, des nouvelles tendances, des chiffres clés sont souvent à l’origine du lancement d’un nouveau produit.
Chez les grands groupes qui disposent d’un département R&D (recherche et développement), c’est là que seront décidés les nouvelles formules de produits, les nouvelles textures, les nouveaux ingrédients à utiliser ou encore les nouveaux emballages.

Etape 2 – Mise au point du produit

Une fois les formules, ingrédients et emballages choisis, le produit sera conçu et étudié pendant plusieurs mois. Divers tests serviront à établir sa sécurité, sa stabilité, son efficacité, …

Même si un cosmétique ne requiert pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM), il doit tout de même répondre à certaines exigences réglementaires notamment celle d’absence de nocivité pour la santé du consommateur (article L. 5131-4 du code de la santé publique). Ainsi le fabricant devra s’assurer tout au long de ces 2 premières étapes que son produit est sans risque pour la santé et qu’il est conforme à la règlementation en vigueur. Ce n’est qu’après avoir répondu à ces exigences qu’il pourra passer à l’étape suivante

Sur le plan réglementaire, les cosmétiques sont encadrés par la Directive Européenne, la directive « Cosmétiques » (adoptée en 1976 et ayant été depuis de nombreuses fois révisée, un nouveau règlement devrait voir le jour en 2009).

Cette directive fixe les bases pour la fabrication et la mise sur le marché des produits cosmétiques notamment

- la liste des substances interdites, les substances autorisées à certaines concentrations, les mentions devant figurer sur l’emballage (l’étiquetage), les BPF (bonnes pratiques de fabrication), les tests sur les animaux, et l’obligation de tenir un dossier technique sur le produit cosmétique à la disposition des autorités compétentes…

Ce dossier est très important et devra comporter des informations telles que : composition exacte du produit (la formulation), les matières premières utilisées, les informations sur l’innocuité des ingrédients et du produit fini, son efficacité, ses éventuels effets indésirables…. Tous les intervenants doivent être parfaitement identifiés (en particulier les fournisseurs de matières premières, les sous traitants, les conditionneurs et les établissements de contrôle).
Ce dossier devra être mis à disposition de l’Afssaps et de la DGCCRF.

En france, 3 structures sont compétentes en matière de suivi des produits cosmétiques :
● La Direction Générale de la Santé (DGS) en charge de la réglementation,
● La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) compétente en matière de fraude,
● L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps) en matière de sécurité sanitaire.

L’Afssaps est l’organisme qui se charge donc de garantir la sécurité des produits mis sur le marché.
Cet organisme a remplacé en 1999 l’Agence du médicament. Son champ d’action et ses missions ont à cette occasion étaient étendus.

Son champ d’action
Il s’applique à tous les produits de santé destinés à l’homme : médicaments et matières premières, dispositifs médicaux, produits biologiques d’origine humaine (produits sanguins, organes, tissus, cellules, produits de thérapie génique et de thérapie cellulaire), produits cosmétiques …

Son rôle
Evaluer : la sécurité d’emploi, l’efficacité et la qualité ainsi que le bon usage des produits de santé.
Inspecter et surveiller: les sites de fabrication, de distribution et d’essais. Elle assure également la surveillance des évènements indésirables ou inattendus liés à leur utilisation.
Contrôler : la qualité
Informer : pour promouvoir le bon usage. Elle mène des actions d’information auprès des professionnels de santé et du public pour améliorer le bon usage des produits de santé.

Concernant les cosmétiques, l’afssaps évalue la sécurité d’emploi des produits finis, des ingrédients, les essais cliniques effectués sur le produit, les effets indésirables notifiés dans le cadre de la cosmétovigilance.

Son organisation
Pour ces différentes missions, l’afssaps dispose d’experts internes et externes, d’équipes d’inspecteurs, de laboratoires d’analyse qui travaillent pour différentes commissions : Pharmacodépendance, Pharmacovigilance, biovigilance, hémovigilance, matériovigilance, réactovigilance et cosmétovigilance

3 – La fabrication

Après avoir été testé sur un panel de consommateurs volontaires au préalable, Le produit peut donc être fabriqué à grande échelle tout en respectant « les bonnes pratiques de fabrication » qui garantissent que les produits sont fabriqués, conditionnés, contrôlés et stockés selon des mesures adaptées à leur utilisation et leur spécificité.

4 – Commercialisation

Le produit peut enfin atterrir dans votre boutique préférée !
Lors de son utilisation en situation réelle, le produit sera suivi et contrôlé par l’afssaps en lien avec la DGCCRF et la commission de cosmétovigilance. Cette commission de l’afssaps est chargée de surveiller les risques d’effets indésirables attribués à l’utilisation d’un produit cosmétique mis sur le marché.
Les professionnels de santé (médecins, pharmaciens, etc.) et les fabricants ont obligation de déclarer les effets indésirables graves constatés (loi du 9 août 2004). Sont considérés comme graves les effets nocifs non recherchés ayant entraîné un décès, une hospitalisation, une menace vitale, une incapacité ou invalidité ou des malformations néonatales. Les consommateurs également sont appelés à signaler tout effet indésirable grave qui surviendrait au moment de l’utilisation d’un produit auprès du fabricant, de leur médecin et même directement auprès de l’afssaps en remplissant le formulaire en ligne !

L’afssaps a autorité pour prendre des mesures de police sanitaire en cas de risque pour la santé publique (retrait d’un produit) ou émettre des recommandations comme ce fut le cas sur les recommandations relatives aux critères de qualité des huiles essentielles en mai 2008, qui visaient à attirer l’attention des acteurs de la filière des HE (producteurs d’HE, fabricants de produits cosmétiques) sur le fait que les HE ne doivent pas être considérées comme des ingrédients courants mais comme des substances particulières non dénuées d’effets secondaires..

Quand à la DGCCRF, elle veille constamment.. Devant le boom de la cosmétique bio et l’arrivée constante de nouveaux acteurs sur ce marché, la DGCCRF a mené une enquête sur les produits qui comportaient dans leur présentation des mentions faisant référence à leur caractère biologique, naturel ou écologique.
Les vérifications ont été opérées auprès de 139 entreprises au stade de la distribution, puis auprès des responsables de la première sur le marché. Même si l’enquête n’a pas mis en évidence d’anomalies graves, parmi les 47 prélèvements réalisés, 6 ont été déclarés non conformes ou à suivre à cause de la présence de produits de synthèse dans des produits qualifiés de « naturel » ou de « bio »…

Tous les produits contrôlés ou surveillés de la liste officielle sont concernés : crèmes, produits capillaires, savons, produits pour le rasage, parfums, produits pour l’hygiène, déodorants, produits solaires,…

++ Des chiffres qui donnent à réfléchir (effets indésirables déclarés en 2006)
++ enquête sur les cosmétiques bio et naturels
++ l’afssaps

Et maintenant je donne la parole à Claire Gagliolo de la marque OFFICINEA

Je réponds, bien volontiers, Evy à ces quelques questions, mais je voudrais dire en préambule que cette façon de fonctionner est tout à fait propre à OFFICINEA. Nous travaillons en dehors de stratégies marketing complexes car, avant tout, nous élaborons des cosmétiques qui nous plaisent et qui nous satisfont en tous points. Au détriment, certes, d’une rentabilité immédiate et évidente ; nous espérons simplement que les consommatrices reconnaîtrons la sincérité de notre engagement et la qualité optimale du résultat qui en découle. Qu’elles auront autant de satisfaction à l’utilisation de nos soins, que nous à les mettre au point.

Quelles sont les étapes de conception d’un produit cosmétique ?

La première étape, qui me paraît presque la plus importante, est celle de la maturation intellectuelle puis de la formalisation de ce qu’on l’on imagine. De quoi ai-je envie sur ma peau, quelle texture, est-ce que je souhaite que la texture se modifie à l’étalement, qu’elle soit fluide ou comme du beurre, est-ce que je souhaite un effet filmant, je préfère un ressenti un brin huileux, est-ce que je souhaite un effet “qui tire” et j’en passe…Mais en général, quand je commence à réfléchir à un soin, j’ai déjà des idées quelque peu arrêtées.
Et puis, à ce stade, il faut penser de façon concommittente au conditionnement. Si on veut un beurre, pas question d’une dispensation en flacon pompe. Et si c’est une huile, pas question de flacon à vis car l’huile, comme l’eau, migre dans le pas de vis, mais là où l’eau se bloque, l’huile lubrifie et tôt ou tard on aura un suintement de l’huile : pas très agréable ni très chic. C’est pour cela que notre huile sèche est conditionnée en flacon serti, ce qui est rarissime pour des questions de coût (on ne peut sertir que sur du verre).

Bien sûr il faut penser aussi à la destination du soin pour pouvoir envisager les principes actifs que l’on va mettre en avant. Un peu comme un médicament. Le préparateur qui doit faire des gélules pour des maux de têtes les remplira probablement avec un antalgique, s’il doit préparer des gélules pour des problèmes de digestion, ballonnements, il les remplira de levures ou de charbon actif…
Et puis dernier point il y a tout ce que l’on ne veut pas. Et là, la liste est souvent assez longue.
Après tout cela il faut commencer à faire des essais pour savoir si le rêve est réalisable. La technique tient alors une place prépondérante. Un infime changement dans la procédure de fabrication peut avoir des répercutions désastreuses ou produire l’effet recherché. Par exemple, l’ajout d’un ingrédient à chaud peut casser l’émulsion alors qu’après refroidissement cela peut se passer très bien. Il faut beaucoup d’expertise, de patience et de persévèrence. Pour notre crème de jour, par exemple, nous avons fait 82 tentatives !

Quelles sont les démarches concrètes qu’officinea effectue avant de pouvoir commercialiser un de ses produits et les organismes auprès desquels officinea doit s’adresser ?

Avant de faire quoi que ce soit d’officiel, il faut être certain de la durabilité et de la stabilité du produit dans le temps.
Concrètement, nous mettons nos échantillons à l’étuve (température autour de 50°) pendant 3 à 6 mois pour simuler un vieillissement sur au moins 3 ans à température normale. C’est ce que l’on appelle du vieillissement accéléré.
Si l’échantillon passe le test, on lance alors les tests règlementaires. Il s’agit de vérifier que l’application du cosmétique ne présente aucun danger ni même un risque d’irritation ou d’allergie. Ce sont les impératifs d’innocuité : essais cliniques de tolérance et essais in vitro de toxicologie réalisés par des équipes de dermatologues, pharmaciens toxicologues et bactériologistes. Là, nous faisons appel à des laboratoires de contrôle indépendants afin de garantir une objectivité et une éthique parfaites.
Nos partenaires sont accrédités COFRAC, nous garantissant ainsi leur maîtrise du risque microbiologique.
Cette étape est longue car il s’agit de faire des tests de tolérance sur des volontaires sains et des tests d’irritation oculaire.
OFFICINEA en pratique d’ailleurs deux différents au lieu d’un seul recommandé par les normes européennes ; nous tenons à ce que nos soins soit vraiment au dessus de tout soupçon. A ce sujet d’ailleurs ces tests sont réalisés, bien sûr, in vitro et non pas sur des animaux, ça va sans dire ! Il faut aussi réaliser des tests de conservation du cosmétique. Les échantillons sont volontairement contaminés par le laboratoire par 4 souches bactériennes et fongiques différentes afin de voir si la contamination est stoppée ou continue à se propager sur au moins 4 semaines.
Là OFFICINEA va au delà de la règlementation et fait pratiquer ces tests sur 5 souches au lieu de 4. En fin d’essai, une “attestation d’évaluation de la sécurité pour la santé humaine d’une préparation cosmétique” est alors délivrée par le laboratoire, positive, ouf ! ou négative, ça peut arriver !
Dans le même temps nous faisons valider nos formules par Ecocert qui juge du label Bio ou Eco à délivrer (Charte Cosmébio) ainsi que nos packaging, nos sérigraphies et nos pages Internet.
D’un autre côté il nous faut déposer le détail de chaque formule auprès de chacun des 3 centres anti poison de France en recommandé accusé de réception.

Un produit cosmétique n’a pas besoin d’Amm, comment intervient donc la mise sur le marché du produit ?

Non, il n’y a pas d’autorisation de mise sur le marché. Par contre le fabricant doit réaliser un dossier technique très complet, dit dossier cosmétique, où figurent le détail de la composition, les fiches techniques de chaque ingrédient et de son fournisseur, le process de fabrication détaillé, le détail et résultat des tests effectués, les contrôles physicochimiques de chaque ingrédient et du produit fini, les accusés de réception des 3 C.A.P., les données concernant le fabricant, le conditionneur et le distributeur ou l’importateur.
Ce dossier d’information très complet doit être conservé à l’adresse indiquée sur le conditionnement. Il doit être en permanence actualisé et tenu à tout instant à la disposition du contrôle des autorités sanitaires : l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSaPS), le Ministère de la Santé, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF). OFFICINEA est propriétaire et dépositaire de ses dossiers cosmétiques. Cela garantit l’exclusivité des formules présentées aux consommateur sous notre marque.
Par contre, il est regrettable que les fabricants ne subissent pas de contrôle systématique de la part des autorités sanitaires, cela laisse sans doute la porte ouverte à beaucoup de choses…

merci Claire !

2 Responses to “La vie d’un produit cosmétique”

  • Instructif. Et j’avoue que le fait de savoir qu’officinea ne teste pas ses produits sur des animaux m’incite à aller découvrir leurs produits..

  • krib : les marques de la boutique ne testent pas leurs produits sur les animaux c’est un des critères de la charte de la boutique
    douces angevines adhère même à one voice

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