Histoires

Première rentrée

Aujourd’hui, c’est la rentrée. Mes bébés – de six ans, d’accord, mais je vous assure que dans le creux de leur cou ça sent ENCORE le bébé – entrent au CP. J’en suis toute retournée et tout à l’heure, au moment de les laisser devant l’école il va falloir que je me comporte en adulte. Cette année, promis, je ne vais pas pleurer. Je le sens bien.

Première rentréeDéjà, l’année dernière, pour la grande section, ça s’est plutôt bien passé, j’ai réussi à me contrôler et à ne m’effondrer qu’à la sortie de l’école. L’année d’avant, c’était un peu plus compliqué, mais j’avais des circonstances atténuantes, on rentrait dans une nouvelle école. On avait plus de copains et on ne connaissait pas la maitresse.

Quand à la première rentrée… C’était il y a trois ans et je commence tout juste à pouvoir en parler. Avant, c’était encore trop frais. Pour vous, aujourd’hui, je veux bien essayer.

On est donc en 2003. A eux deux mes bébés – alors là, à trois ans, je n’en démords pas, ce sont presque des NOUVEAUX-NES – doivent mesurer un mètre et encore. Depuis une semaine j’ai une boule là, au fond du ventre. Ce n’est pas tant l’idée de la séparation, on a déjà franchi avec succès l’épreuve de la crèche. Non, c’est juste que l’école, moi, petite, je n’aimais pas vraiment ça. Et que quelque part, il me semble que ma première année de maternelle, c’était hier. Bon, d’accord, avant-hier.

Le jour J, on entre dans l’enceinte de l’école. La première personne à nous saluer, c’est Nicole, la gardienne. 130 cm de tour de poitrine, bonnet F. Au moins. Je sens que Nicole et moi, on va vivre une grande histoire. Elle regarde mes enfants et c’est une évidence, elle les aime déjà plus que les autres. Elle n’en dira rien, bien sûr, ce ne serait pas sympa pour les autres mamans. Mais bon, on voit bien qu’elle a craqué. Comment lui en vouloir…

Après avoir salué notre chère Nicole, on monte les escaliers. Mes petits serrent très très fort mes mains, à moins que ce ne soit moi qui leur broie les doigts.

Après m’avoir fait jurer de ne pas pleurer et de ne pas m’éterniser dans les lieux, l’homme décide UNILATERALEMENT que c’est lui qui emmènera ma fille dans sa classe. A cause de notre relation soit disant fusionnelle. Quand ils s’éloignent tous les deux, de la voir si minuscule partir vers l’inconnu, c’est simple, c’est comme si on m’arrachait le coeur à mains nues. Un sanglot incontrôlable s’échappe de ma poitrine. Cinq minutes après l’homme ressort, fier comme un pou, la miss n’a pas versé une larme. Je le calme tout de suite en lui rappelant qu’une enfant qui n’extériorise pas sa peine est une enfant qui souffre encore plus.

C’est maintenant à moi de m’acquitter de ma mission, laisser mon fils. La maitresse a l’air gentille. Elle nous fait visiter la classe et nous explique que maintenant, il faut que “la maman parte travailler”. Je la regarde d’un air probablement très niais sans comprendre tout de suite que “la maman” c’est moi. Je suis tentée de la soudoyer pour rester la matinée. Je sors un gros billet de ma poche, l’air de rien. Si je sens qu’elle est réceptive, je tente le coup.

Elle n’est pas réceptive.

J’embrasse alors 67 fois les joues de mon bonhomme et je lui annonce qu’il est temps de nous séparer. Mon chérubin ne l’entend pas de cette oreille. Sa lèvre inférieure se met à trembler dangereusement.

Je suis en train d’abandonner mon nourrisson.

(c) oliBac via flickr

5 Responses to “Première rentrée”

  • ^^ ben oui ils grandissent ! lâche la main ! lâche la main !

  • Hé! Pensée de ronde, tu t’es auto sélectionnée? Trop forte! Mais je suis de tout coeur avec toi parce qu’hier mon bibou a fait sa première journée ENTIERE à la garderie et c’était un peu comme une rentrée des classes pour moi et que je crânais pas!

  • ouïe ouïe ouïe que ça doit être dur dur… d’être une maman (ouf ! ça me soulage d’y avoir échappé… bouuuuhh… ça y est je pleure, bon tes larmes ça va finir par être contagieux tu sais…).

  • Rhalala depuis deux jours je fais que ça mettre des parents à la porte ! Certes j’ai un cœur de pierre, mais pour rassurer les mamans et les pousser à lâcher leurs chérubins plus vite, sachez que ceux qui pleurent le plus sont ceux dont les parents sont partis le plus tard ! Enfin faut pas non plus les balancer sauvagement hein me faites pas dire ce que j’ai pas dit ;)

  • méchante mère c’est moi,non seulement je n’ai jamais pleuré quand j’ai laissé mes enfants à l’école mais ça ne m’est même jamais venu à l’idée. Et j’approuve netzah totalement. Les mères arrêtez un peu vos pleurnicheries, c’est carrément plus agaçant qu’autre chose….

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