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Déconfitures d’été

C’est l’été et je le passe à Paris. Adieu sable fin et peau tannée par les embruns. Quant à la chaise longue, ce ne sera ni pour moi, ni pour mes hormones. [ C'est quoi des hormones au fait ? "Les hormones ont une fonction de communication",ah ça, pour communiquer elles communiquent...]. Ces jours-ci les miennes sont hyperactives. J’ai l’impression que chaque pore de ma peau s’amuse à lancer des clins d’oeil aux inconnus. Je fais des clins de pores. Je clignote, en quelque sorte. C’est raté pour la discrétion, alors j’ai décidé d’assumer. Ces derniers temps, je sors le grand jeu en toutes circonstances ; je fais ma grande Zoa dès qu’il s’agit de descendre les poubelles. Jugez plutôt.

Déconfitures d’étéHier, en me pavanant au musée Carnavalet, vêtue d’une combinaison catwoman (ou d’un jean, je ne sais plus bien), je m’installai lascivement sur un gros pouf rouge. Je balançai ma chevelure d’avant en arrière, prétextant une gêne capillaire qui m’empêchait d’observer à ma guise les événements de la Commune. Afin de n’en rien rater, je pivotais régulièrement sur mon pouf, à l’aide d’un jeu de jambes à la Cyd Charisse (ou Charlot, je ne sais plus bien).

Im-pa-rable, le coup des gambettes en folie : un jeune homme vint, taillé comme l’armoire de Paul Léautaud aperçue peu de temps avant (ou était-ce l’armoire elle-même qui s’approchait, le doute me submerge). L’individu meuble exprima le souhait de partager mon pouf et engagea derechef la conversation. Ca mordait sec à l’hameçon, me félicitai-je intérieurement. Une bien belle prise, en plus. De l’écaille luisante, de l’oeil vif, de la chair ferme, du sauvage quoi ; un parler plein d’arètes, un vocabulaire rudimentaire comme les armes de l’âge de bronze exposées plus bas, des fautes de frappes plein la bouche, ah non là ce n’était plus possible. Sa prose grinçait comme les gonds d’une grange abandonnée et les pores de ma peau se verrouillaient les uns après les autres.

Je pris congé poliment en lui souhaitant bonne chance pour les réparations de sa voiture, qui le plantait “juste avant ses vacances au Cap d’âge”. Pour équilibrer ma journée, je décidai d’aller draguer l’octogénaire au square du temple. Bonne pioche : 4 papys aux yeux rieurs et à la brioche turgescente avaient, eux, moult aventures amusantes à conter. Pratique : leur banc jouxtait le mien. Occupée à chercher en quelle langue ils devisaient, je n’eus pas le temps d’aller à l’abordage et les vis partir sans un regard à mon endroit. Mon jeu de jambes passait-il moins bien sur banc vert que sur pouf rouge ? Je ne le saurai jamais.

Une nuit passa et mes hormones n’eurent de cesse de m’envoyer leurs fax désespérés. La combustion opérait toujours. “Il fait froid, j’ai chaud !” continuai-je de gémir, prise dans d’épaisses fumées dont l’origine semblait me suivre partout. Ce fut donc en déshabillé de satin que j’attendis mon agent EDF ce matin (ou en jean, je ne sais plus bien). Lorsqu’il parut, ma joie et mon compteur ne firent qu’un tour. “1040, vous êtes d’accord ?” me lança-t-il en titillant un petit bouton bleu. “Je ne sais pas, je vais réfléchir”, crus-je bon de répondre d’un ton langoureux (ou langoustier, je ne sais plus bien).

Il eut un rire surpris. Il interrompit son activité et me regarda dans les yeux en souriant. Puis il sembla se raviser et me dit au revoir. “C’est tout ?”, rajoutai-je, de la sauce au beurre plein la voix. Ma question le plongea dans un abîme de réflexion. Avouez que le moment était propice pour embrayer avec un “What else ?” prononcé d’un ton grave, en me plaquant au mur ou en me préparant un café. Visiblement dans l’embarras, il paraissait chercher ses mots. Son visage s’illumina au bout d’une interminable poignée de secondes. Il eut un regard appuyé qui remonta lentement de l’intérieur de ma cheville à mes paupières en me chatouillant tout du long. Ses lèvres s’entrouvrirent et il dit : “Non, ce n’est pas tout : vous recevrez votre facture dans dix jours”.

Photo : (c) kirikiri via Flickr

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