Coeur

Putaise de phéromones

Y’avait cette chanson qui passait sur le lecteur CD, parce que moi dès que tu me mets dans ta voiture, tu emportes avec toi non seulement une fille géniale, moi, mais aussi toute ma collection de CD préférés que tu vas écouter en boucle dans ta voiture, ça fait partie du package… et si c’est ton jour de chance, je ne chante pas. Nan, mais tu te rends compte, la fille et les CD pour le même prix, après tu pourras toujours dire que je ne suis pas une affaire… tu seras de mauvaise foi si tu tiens de tels propos et l’invasion des crickets s’abattra alors sur toi pendant au moins trente générations.

Putaise de phéromonesM’enfin, on ne va pas digresser trop longtemps sur mes CD rapport à ma mésaventure récente et douloureuse qui ne m’a pas conduite à Ouarzazate mais presque et que je reste méfiante sur les suites de cette histoire.

Bref.

Y’avait donc cette chanson qui passait et même pas je reprenais les paroles à tue-tête alors que c’est mon habitude, et ce pour le plus grand plaisir de mes enfants, rapport que là, j’étais un peu fatiguée suite à la soirée… heu… fatigante que nous venions de passer. Cette chanson elle devait être belle dans sa tête parce qu’il a posé sa main sur ma main, prenant ainsi un risque immense parce que quand même il conduisait en même temps avec son autre main, whaouh, quel homme, et puis aussi il a tourné la tête vers moi, et que là quand même le risque il était à son paroxysme comme tu l’imagines et que c’est sa vie et la mienne qu’il mettait en jeu alors le moment de tendresse je l’ai apprécié à sa juste valeur. Quand même, je lui ai dit “la route bordel, regarde la route bordel” que peut-être ce n’est pas très romantique mais que je tiens à ma peau.

Il a laissé la main, mais il a repris son regard. Y’avait la chanson qui continuait… y’avait sa main posée sur la mienne… y’avait son regard embué sur la route sombre… ça transpirait le romantisme et la tendresse dans tout l’habitacle, limite si on voyait encore la route d’ailleurs avec tout ça qui dégoulinait tout partout… les phéromones, elles dansaient la gigue autour de nous avec des airs de conspiratrices mais que moi j’ai le sixième sens pour ces choses-là et que je ne me fais pas avoir… j’ai bien compris la suite du programme, je ne suis pas une femme pour rien. “T’as envie de tirer un coup ?”, je lui ai dit.

Il n’a pas répondu… les phéromones elles ont eu l’air un peu surprise par mon audace, un instant elles ont arrêté leur danse… et puis elles ont repris de plus belle. Tu penses bien. Les salopes, elles étaient à la fête, elles anticipaient le festin de Pantagruel. Quand on est arrivé, elles étaient tellement scotchées sur nous les sales bêtes qu’on avait du mal à faire un mouvement… peut-être aussi c’est parce qu’on était un peu collé l’un à l’autre et que c’était pas top pour avancer jusqu’à ma porte. Y’avait de la bave qui coulait de nos baisers.Beurk, beurk, beurk, quand je pense à tous ces microbes échangés…

Péniblement j’ai réussi à ouvrir la porte que la clef bizarrement, elle voulait aller partout sauf dans la serrure mais que c’est quand même moi qui commande, nan, mais oh !! On est rentré et on a attaqué le déshabillage en règle, et crois-moi avec les phéromones qui te tournent autour et sans cesser de s’embrasser, c’est franchement compliqué. Vivement la retraite !! Mais quand même on a réussi à atteindre le salon. C’est le maxi qu’on pouvait atteindre d’ailleurs, les phéromones elles faisaient un barrage pour les autres pièces et vu leur air pas sympa, on a préféré ne pas insister. Aussi on n’allait pas non plus faire le tour de la maison à poil et en bavant partout, c’est quand même moi qui me tape le ménage et la maison elle est grande. Déjà que j’allais devoir ramasser toutes les phéromones mortes le lendemain matin…

On était nu comme des vers de terre… ça bisouillait à tout va et tout partout que limite moi je me demandais combien on était à baver… quand il m’a regardée et que j’ai bien senti qu’il y avait une demande dans ses yeux mais qu’il osait pas la formuler… et pourtant dans la famille timide aux sept familles, et bien tu peux toujours demander, il y est pas de toute façon alors tu es sûr de perdre la partie…

“Vas-y, demande” que j’ai dit…

Il a demandé.

Tu veux bien t’asseoir sur la table basse… et moi je passe dessous… et je regarde… tu veux bien ?

Un peu mon n’veu que je veux bien… moi quand je peux faire plaisir, et bien je fais. J’suis pas du genre bégueule… et puis les phéromones elles étaient vachement intéressées par la chose et voire même elles prenaient des notes… Il est passé sous la table. Les phéromones aussi. Moi je me suis assise dessus. La table. Dessus la table. Je me suis assise dessus la table. Il a dit “tu veux bien bouger un peu ?“, et oui je voulais bien. Alors j’ai bougé. Un peu. Et puis un peu plus. Les phéromones, elles sont venues avec moi sur la table et elles ont remué du popotin elles aussi.

La table, elle a pas aimé. Jalouse.

La vitre elle a éclaté en mille morceaux et puis y’avait du bois partout, tu parles d’une aventure… les phéromones elles ont déguerpi sans demander leur reste. Moi j’ai bondi tellement haut que des fois je me dis que je suis pleine de ressources inconnues en moi et qu’il va falloir que je creuse le filon parce que peut-être j’ai de l’avenir là-dedans…

Lui, il bougeait plus. Il bandait plus non plus et ça m’a un peu affolée, j’aime pas les jouets cassés. Je me suis dit que peut-être il était mort… pour être sûre j’ai demandé “t’es mort”, et il a dit que nan, et ça m’a un peu rassurée.

Juste il pouvait pas bouger. Il avait peur. Il était couvert de bouts de verre… y’avait un peu de sang aussi, oh pas grand chose, hein, pas de quoi en faire une maladie non plus, ça va oh, y’a pas eu mort d’homme, bordel ma tableuuuuuuuu…

Le verre, c’est comme pour les cactus. Tu enlèves le plus gros avec les doigts et puis tu prends une pince à épiler pour les petits bouts qui sont enfoncés dans ton jouet. Ensuite, tu pends le balai et tu ramasses.

Et puis tu joues au puzzle aussi. Parce que ma table elle a presque 200 ans et que c’est une antiquité chinoise et qu’il y avait tout plein de chevrons imbriqués les uns dans les autres tout partout et que sans le modèle et bien c’est dur à refaire… m’enfin, on a eu la nuit pour ça, hein…

Et si tu comptes sur les phéromones pour t’aider, tu peux toujours courir.
Plus une seule à l’horizon.
Tu le crois que même pas on a baisé en plus ?
Chienne de vie.

Bon et bien moi, là tout de suite je suis ravie de partir demain sur Paris… parce que quand il va lire ça lundi matin de son bureau… j’voudrais pas être à la place des phéromones…

Photo : (c) bladsurb via Flickr 

2 Responses to “Putaise de phéromones”

  • lol…; ms c’était quoi cette chanson?
    condoléances pour la table basse

  • nan… il était sous la table ? et elle lui a explosé sur le corps ? oh la la… dis-donc, t’es une fille thermonucléaire toi… tu sais ça existe les pièges à mites… c’est une bande adhésive imprégnée de phéromones…

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