Fête de la musique

De la musique avant toute chose …

J’ai ce rapport privilégié avec la musique que connaissent tous ceux qui la pratiquent depuis de longues années.

Je vais entamer ma 11ème année. J’ai 20 ans, le calcul est vite fait.

La musique, pour moi, c’est plein de choses.

Mes profs d’abord, sans qui je ne saurais rien. Benoît, mon mentor, mon contraire et mon adoré. Enormément de disputes, je suis pas une élève facile, et pourtant, malgré ces engueulades, ces portes qui claquent et ces cours passés sans aucune parole parfois, c’était à moi qu’il faisait confiance pour le remplacer auprès des plus jeunes.

“Faisait”, parce que je suis partie de mon plein gré après le bac à l’étranger pour mes études, en pensant que la musique ne me manquerait pas, que je saurais me débrouiller toute seule.

Seulement, j’avais oublié de prendre en compte qu’entre la 4ème et la Terminale, tout mon temps libre était consacré (volontairement) à la musique. Et ce fut d’autant plus flagrant à l’époque “lycée”.

Tous mes mercredis après midis, mes vendredis soirs et mes samedis entiers y étaient consacrés. Sans parler des concerts, des répétitions supplémentaires, des examens. Je passais autant de temps au lycée qu’à l’Ecole de Musique (heureusement, filière Littéraire, moins d’exigences que la filière Scientifique …), et je voyais ma directrice d’orchestre plus souvent que ma propre mère.

Quant à mon père, je pouvais rester une semaine entière sans le voir, à cause de nos horaires croisés et décalés.

3 harmonies municipales, deux orchestres, et des cours interminables. Des heures à flâner avec les différents profs, les élèves.

Des profs qui deviennent des amis, des musiciens qui deviennent presque ta famille.

D’autres qui deviennent tes amoureux … Parfois plus “officiellement” que d’autres, parfois des histoires cachées, secrères, interdites. Parfois des histoires simples, mais qui débouchent sur davantage de complications quand tout est fini.

Et puis après une liaison adultérine qui m’a totalement cassée moralement, à cause des suites données à cette histoire, j’ai tout arrêté un mois avant le bac.

Et après, je suis partie à l’étranger. Totalement sûre de moi, sans aucun doute sur ma capacité à rebondir.

Ca fait deux ans, et j’ai repris mes répéts dans une seule de mes “anciennes” harmonies il y a 6 ou 7 mois de ça. Parce qu’ici, c’était pas pareil. Parce que là bas, en France, je joue avec les gens qui m’ont vu débarquer quand j’étais une petite fille.
Ils m’ont vue devenir adolescente, ils me voient devenir une jeune femme.
Je les vois grandir, évoluer. Se marier, devenir parents, grands-parents.

Parfois, y’a des moments difficiles.
La perte d’un être cher, la perte d’un musicien, la perte d’un bébé.

Mais on est toujours là, unis.

Ya des coups de gueule, des engueulades, des gens qui ne se parlent plus.
Et puis, ça passe.

Y’a des nouveaux qui arrivent, qui repartent aussi, souvent.

Y’a des anciens qui partent. Très rarement.

Y’a des grands éclats de rire pendant les répét’, y’a des feuilles qui circulent avec des blagues, comme ces “Règles d’Or du Musicien d’Harmonie”, où est stipulé tout ce qu’un musicien d’harmonie doit faire (enfin, si vous écoutez le chef d’orchestre, il s’agit plutôt de tout ce qu’on ne doit PAS faire, mais chacun son point de vue …).

Y’a ce lien avec les musiciens, y’a ces sensations de plénitude absolue mêlée d’excitation extrême après un concert, après un solo.
Y’a cette sorte de “nuage” où se trouvent les musiciens après un concert, presqu’incapables de communiquer avec les non-musiciens ; pas par snobisme non, mais y’a tant de pression qui retombe, y’a tant à décortiquer, y’a des personnes à féliciter, y’a des accrochages à raconter à un autre, pour en rire ensemble. Y’a cette connexion qui reste, tout le temps.

Mes musicos, c’est ma famille.

Mon bien-être.

Parce que quand je ne vais pas bien, il suffit que je croise le regard du chef, rempli de confiance, pour que ça aille mieux. Il suffit que je sente les touches de ma flûte sous mes doigts pour me sentir revigorée.

Il suffit que je les voie, et ça me fait sourire …

Et derrière le chef d’orchestre, quand on répéte, on voit ça :

“La musique est une loi morale; elle donne une âme à l’univers, des ailes à la pensée, un essor à l’imagination, un charme à la tristesse, de la gaieté et de la vie à toute chose. Elle est l’essence de l’harmonie, qu’elle rétablit et élève vers tout ce qui est bon, juste et beau dont elle est, bien qu’invisible, la forme éblouissante, passionante, éternelle”
Platon - La République

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