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Amélie Nothomb : Ni d’Eve, ni d’Adam

J’ai toujours eu un problème avec Amélie Nothomb, ou plutôt avec ses livres. Le mode de la littérature francophone peut s’enorgueillir d’avoir trouvé une écrivaine des plus prolixe, un auteur de génie que je classerais parmi les dix meilleurs de ce vingt et unième siècle. Or, malgré cela, je ne sais que penser d’elle…

Amélie Nothomb : Ni d’Eve, ni d’AdamJ’ai l’habitude de dire qu’elle écrit de jolies phrases mais de mauvais romans. Mis à part “Biographie de la faim” que j’ai dévoré (mon Dieu, ce que je suis drôle…), à chaque fois que j’ai eu fini un de ses livres, j’ai eu l’impression d’avoir lu du “rien”. J’avais certes passé un bon moment, mais c’est tout. Tout cela me gène, donc… Surtout que j’ai la chance de la rencontrer à maintes reprises et qu’elle a (pratiquement) toujours été très agréable avec moi même si son “personnage” surjoué m’irrite quelques fois.

Bon, tout ça pour dire que “Ni d’Eve, ni d’Adam” m’a réconciliée avec son écriture. C’est frais, drôle, burlesque et pour une fois, il y a une “vraie” histoire et une “vraie” fin. J’ai particulièrement aimé les moments durant lesquels elle essayait d’expliquer de quel pays elle provenait, la Belgique apparaissant comme un pays aux contours flous, voire imaginaire pour ses amis étrangers. Quant à sa description de son ascension du Mont Fudji, tel Zarathoustra (non pas que Zarathoustra ait un jour gravi le Fudji Yama!), elle m’a donnée une force incroyable (le pouvoir des mots! ;)).

“Ni d’Eve, ni d’Adam” est en fait inspiré de la vie d’Amélie Nothomb et a pour cadre le Japon, pays où elle vécut durant son enfance. Le livre narre l’histoire amoureuse qu’a connue l’auteur avec un jeune Japonais de bonne famille. Rencontré initialement dans le cadre de ses cours particuliers de français, Rinri va s’éprendre de la jeune Amélie, alors âgée de 21 ans, qu’avec maladresse il commence par nommer « ma maîtresse ».

De son propre aveu, Amélie Nothomb n’a jamais autant écrit sur le sentiment amoureux.

“Le moyen le plus efficace d’apprendre le japonais me parut d’enseigner le français. Au supermarché, je laissai une petite annonce: « Cours particuliers de français, prix intéressant ». Le téléphone sonna le soir même. Rendez-vous fut pris pour le lendemain, dans un café d’Omote-Sando. Je ne compris rien à son nom, lui non plus au mien. En raccrochant, je me rendis compte que je ne savais pas à quoi je le reconnaîtrais, lui non plus. Et comme je n’avais pas eu la présence d’esprit de lui demander son numéro, cela n’allait pas s’arranger. « Il me rappellera peut-être pour ce motif », pensai-je. Il ne me rappela pas. La voix m’avait semblé jeune. Cela ne m’aiderait pas beaucoup. La jeunesse ne manquait pas à Tokyo, en 1989. A plus forte raison dans ce café d’Omote-Sando, le 26 janvier, vers quinze heures.Je n’étais pas la seule étrangère, loin s’en fallait. Pourtant, il marcha vers moi sans hésiter.”


“Stupeur et tremblements pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employés. Ni d’Ève ni d’Adam révélera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un Tokyoïte très singulier.”

“Ni d’Eve, ni d’Adam” d’Amélie Nothomb – Ed. Albin Michel – 17,90 euros.

Prochaine lecture : “Harry Potter et les reliques de la mort” de J.K. Rowling

6 Responses to “Amélie Nothomb : Ni d’Eve, ni d’Adam”

  • J’ai la même impression que toi concernant Nothomb : j’ai lu plusieurs de ses romans, et je les ai tous beaucoup aimés, mais je n’en ai pas tiré grand chose.
    Ca me donne envie de lire Ni d’Eve ni d’Adam ton petit billet, merci.

  • As-tu essayé Métaphysique des Tubes ? Si tu as aimé Ni d’Eve ni d’Adam, tu devrais l’adorer. Mais en tant que fanatique de Nothomb, je ne suis peut-être pas objective.
    Ce livre m’avait emmenée très loin. Son hymne à la fuite m’avait transportée, et après avoir fini (très voire trop vite) le roman, je me suis précipitée pour écouter la rhapsodie de Liszt dont elle parlait… En le terminant, j’ai eu cette impression qu’on a après avoir quitté une amie qui nous fait des confidences…

  • Je trouve que tu décris très bien ce sentiment à la lecture des romans de Nothomb, ce vide malgré la prouesse de certaines tournures de phrases, malgré l’originalité à la fois formelle et de fond… J’ai arrêté de la lire après la “Métaphysique des tubes” qui m’a paru creux comme jamais (@Lysithea : merci d’avoir décrit en quoi ce livre t’a plu, parce que pour moi, flop intégral…). J’ai entamé ce livre après avoir dévoré “Belle du seigneur” de Cohen, c’est peut-être ça aussi. L’enchapinement qui tue…
    Si je dois conseiller un Nothomb, je dis “Stupeur et tremblements”, pour le sujet abordé (le choc des cultures et le monde du travail).

  • Je les ai tous lus. et je lis chaque nouveau livre qui sors d’elle.
    et c’est vrai qu’on rssent une impression de vide. D’ailleurs je l’ai éprouvé pour presque tous ses livres: pour en parler a qqun, le conseiller, faire un résumé, je ne sais jamais par quoi commencer. Ses histoires sont un peu… “brumeuses”?… nébuleuses?
    Ce que je trouve étrange, c’est que ses livres me font le même effets que des livres sur des sujets grave, d’éthiques, des livres qui font réfléchir. Et pourtant, quand j’ai fini un livre d’elle, je ne réfléchit pas vraiment.
    Il y en a juste un. Celui qui m’a le plus marqué: “les combustibles”
    une petite merveille de cynisme etde pessimisme.
    Même si son style peu sembler répétitif au fil des livres, elle reste pour moi un écrivain de surprise et d’étonnement.

  • Ah le Nothomb annuel :)
    Un mythe :)
    Je suis également de celles qui vont l’acheter tous les ans même si j’estime qu’elle perd un peu de son cynisme et de sa flamme du début.
    J’avais écrit une bafouille sur Ni d’Eve Ni d’Adam a la dernière rentrée litt (http://mamzelleneko.free.fr/dotclear/index.php?2007/10/15/336-ni-d-eve-ni-d-adam-amelie-nothomb), je dois avouer qu’il ne m’avait pas transcendée.
    Mais ton article est intéressant :)

  • Je crois avoir lu tout ses romans et le sentiment général qui s’en dégage, à mon sens, c’est qu’Amélie Nothomb, c’est un peu le fast food de la littérature. Vite lu, vite oublié mais du plaisir à chaque fois qu’on y retourne tout en sachant qu’on aura encore faim peu de temps après.

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