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Patientes à la chaîne

Chouchou et Loulou en vacances en janvier ont profité d’être détendus au soleil pour faire des galipettes. Résultat début février, j’attends le débarquement mensuel habituel. Les jours passent, rien. En revanche des manifestations des ovaires, les seins tendus comme des ballons. Je finis pas me dire que je ferais bien un test, des fois que. C’est bon, la languette est magique! Je confirme avec un examen sanguin, j’annonce la nouvelle à Loulou qui est tout ému. J’en suis à 7 semaines.

Et c’est parti pour le grand trip, tout se passe super bien, je ne suis pas malade, le pied! Ma gynéco vient de prendre se retraite et me confie aux bons soins d’une collègue. Celle-ci me fait prendre rendez-vous pour une échographie de datation. C’est une formalité me dit-on, Loulou a un planning chargé, j’y vais seule entre midi et deux, pas loin du bureau. Je plane à huit mille depuis que je me sais enceinte. Dans le cabinet, je m’installe et tend le visage vers l’écran, pressée de voir apparaître la forme en haricot. Je la vois et souris aux anges. Je demande si c’est bien ça. La réponse fuse : humpff…. non ça c’est la poche…. Silence. Elle ballade l’appareil dans mon anatomie pendant que je suis suspendue à ses lèvres. Finalement elle lâche : bon je vais vous donner des nouvelles qui ne vont pas vous faire plaisir. Là, j’arrête de planer, l’atterrissage est violent. Mais encore, dis-je? Elle m’explique que l’oeuf n’est pas viable, l’évolution s’est arrêtée, il n’y a pas d’activité cardiaque. Je suis sonnée, mais j’ai besoin d’en savoir plus. Que dois-je faire à présent? Oh vous appelez votre gynéco, c’était la première fois, vous en ferez d’autres. Passez par l’accueil pour récupérer les clichés, ça fera 70 euros, au revoir madame.

J’ai failli lui mettre ma main en travers de la figure. La colère est monté d’un coup mais en même temps j’étais tellement ahurie par la nouvelle, par la manière si délicate avec laquelle j’étais traitée, que je ne n’ai rien dit. Pour elle c’est du travail à la chaîne, pour moi c’était juste la cata; mais forza ma fille, on relève la tête et on sort de ce cabinet, après avoir fait le chèque bien entendu…

Dehors je m’effondre en larmes sur le trottoir, je suis perdue. Je me sens merdique et puis surtout révoltée. Pourquoi moi, qu’est ce que j’ai fait de mal? Est-ce parce que j’ai 38 ans? Et puis ce n’est pas humain d’avoir un détachement pareil, elle aurait pu faire un petit effort tout de même. Évidemment la gynéco ne répond pas au téléphone, donc bien obligée de rentrer au bureau et de faire bonne figure… Je vous jure qu’il faut prendre sur soi. Entre larmes et kleenex porte fermée, je finis par rentrer. Loulou est aussi effondré que moi. On a l’impression qu’on nous a volé quelque chose et que c’est  injuste.

Je vois la gynéco le lendemain, je veux que l’on m’enlève cette chose morte que je n’arrive pas à nommer de mon corps. Elle m’explique qu’il ne s’agit pas d’un foetus, juste un amas de cellules. Je dois démystifier…. Ouais facile. Elle insiste pour que la nature fasse son office, il faut compter une quinzaine de jours… En attendant je dois vivre avec. Je dois presque exiger qu’elle m’arrête 3 jours parce que je ne me sens pas de faire du social, l’expérience de la veille au bureau m’est insupportable. Je n’ai envie que de me cacher chez moi.

Commence l’attente, deux semaines, puis trois avant d’aller voir un autre médecin qui me prescrit les 2 cachets qui permettront l’expulsion. Loulou est avec moi, on veut des réponses, c’est indispensable à la compréhension et à l’acceptation. En fait je fais partie des statistiques, quatre femmes sur dix. Il faut le prendre positivement, bien sûr, cela veut dire quand même que la machine fonctionne, bonne nouvelle! On est jeudi, premier cachet ce soir, le second demain et je serai débarrassée pendant le week-end… magique. Ca sera comme des règles un peu plus abondantes. Au revoir madame. Bon si jamais il y a avait quoi que ce soit, voici mon numéro de portable. Mais dîtes-moi docteur, les comprimés causent des dégâts quelconque dans l’organisme? Non, pas du tout. Alors pourquoi m’a t-on fait attendre 3 semaines dans cet état, on n’aurait pas pu agir tout de suite? On aurait pu mais on préfère que les choses se fassent naturellement en général. Ouais super, la nature a été super cool avec moi, ça a bien fonctionné, la preuve.

Dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai l’impression qu’une armée a pris possession de mes entrailles. La douleur est terrible, maintenant je sais ce que sont les contractions. Je passe la journée à me vider de mon sang, littéralement. Je dois me changer tous les 1/4 d’heures. Je me sens de plus en plus faible. Le soir, j’ai des vertiges, je perds l’équilibre et tombe dans la salle de bains. Je n’ai plus de forces, j’appelle Loulou mais je n’ai qu’un filet de voix et il ne m’entend pas. Je rampe jusqu’au couloir, je vois des étoiles bleues danser tout autour de moi. J’appelle de nouveau et là il arrive, flippé de me trouver dans cet état. Il appelle le médecin du jeudi qui lui dit qu’il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre…. Et si j’avais été seule, que se serait-il passé? Je suis hors de moi, j’ai envie de hurler, de frapper quelqu’un (pas Loulou le pauvre il est en pleine panique!). Tout s’arrête le dimanche matin. On souffle et on peut recommencer à vivre en faisant le deuil de cette expérience.

Je suis en colère, très en colère. Je trouve inadmissible ces manques de commisération, d’attention, d’humanité d’un corps médical plus intéressé par ses honoraires que par ses patientes. Je ne généralise pas, il y a des médecins attentifs et compétents. Cependant je ne peux tolérer que l’on laisse des femmes se débattre dans des situations pareilles sans leur expliquer clairement ce qui leur arrive. Même si je me targais d’être relativement informée, la preuve est que j’avais de cruelles lacunes. De plus, nous sommes des femmes, pas des statistiques que diable! Une chose est certaine, j’ai tourné la page et avec Loulou nous avons recommencé à attendre une bonne nouvelle. En revanche, l’échographe ne me reverra jamais et les deux gynécologues non plus, d’ailleurs si vous connaissez quelqu’un de bien, je suis preneuse!

6 Responses to “Patientes à la chaîne”

  • c’est honteux de traiter ses patientes de cette façon…on se demande ce que tous ces beaux médecins ont fait de leur serment d’Hippocrate…sans doute se sont-ils assis dessus.
    je n’en reviens pas que la gynéco t’ai annoncé la nouvelle d’une manière aussi froide et détachée…c’est peut-être une situation médicale banale pour elle mais pour toi, c’était ton bébé…c’est scandaleux…moi à ta place je lui aurais probablement fait bouffer son appareil d’échographie.
    tant mieux que tu aies tourné la page, ma belle, et je te souhaite d’avoir bientôt un beau bébé!

  • Merci on y travaille! Quant aux médecins, il s’agirait pour ceux-là du serment d’hypocrite!

  • excellent le jeu de mots…bien dit!!!

  • Ca s’appelle une faute professionnelle, aucun médecin n’a le droit de te parler comme ça ! Ils mériteraient une plainte à l’ordre des médecins. Cet ordre comporte un organe juridique qui veille “au maintien des principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l’exercice de la médecine”.
    Même si tu ne les contactes pas, tu devrais en toucher deux mots à ta si sympathique échographe…

  • Courage en tout cas. J’ai une amie qui a vécu la même chose, sauf qu’elle a eu la chance d’être prise en charge aux urgences par des gens adorables. Et comme tu dis, la machine fonctionne, en route pour des lendemains plus enchanteurs !

  • Merci de l’info Marie-Georges profonde, je m’en vais réfléchir au fait de les contacter en effet, il n’y a pas de raison et si ça peut permettre d’éviter à d’autres d’être traitées ainsi, cela vaudra le coup. Quant à l’échographe j’ai repris suffisemment mes esprits depuis pour lui mettre réellement une claque dans la tronche si je devais la revoir!

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