Coeur

Le jour où il m’a dit “nankurunaisa”

Allez, premier article sur ladiesroom, on se motive! C’était il y a quelques années, peut-être même exactement quatre, en fait. J’étais lycéenne, en première. Ma vie se résumait à : mes amis, les cours, les conneries et…les hommes.

Le jour où il m’a dit « nankurunaisa »Toujours plus vieux que moi, si possible. J’étais peut-être du genre antipathique mais j’aimais bien me la raconter quand on insistait. Pas vraiment superficielle comme fille, je savais juste comment amener un garçon où je voulais et j’aimais bien jouer les cruches. Une relation durait au maximum un mois. Après j’en avais marre, il fallait que je change. Ces mecs taillés en V avec un petit pois dans la tête, ils étaient bien pour sortir ou pour coucher, le reste du temps c’était “oublie moi” ou encore les garçons limites niveau physique mais très gentils. J’avais besoin de plus, de compréhension, de complicité, pas d’amour mais de quelque chose d’approchant.

Oui mais voilà que je fais la connaissance d’un très bon ami d’un garçon que je considérais comme mon frère. Il me connait bien, lui, il sait, même aujourd’hui, de quoi j’ai besoin avant même que j’ouvre la bouche. Et cet homme là, il me l’avait présenté exprès. J’avais rien remarqué moi, trop enchevêtrée dans mon aversion pour mon copain du moment ( qui était sur la corde raide, d’ailleurs). Ce mec, donc, était vraiment beau, métisse japonais-français, il était mannequin. Je me suis mise à le draguer, je le voulais bien dans mon lit, lui. Et je me souviens encore de ce qu’il m’a sorti, un rictus d’étonnement sur le visage :

- Tu dis que parce qu’un homme est beau, tu fais ce qu’il veut ?

- Heu, à peu près, oui.

- Désolé, tu es trop jeune pour moi.

Sur le coup, j’ai pas compris. Je pensais qu’il me parlait d’âge et j’avais tort. Pour lui, j’étais une gamine, dans ma tête. On a continué à se parler, je m’attachais à lui, je le voulais mais comme je savais que je ne l’aurais pas, je suis passée à autre chose.

Quelques mois ont passé, je suis restée avec mon copain, finalement. Il était si gentil avec moi et me réconfortait quand je craquais. Je voyais ma meilleure amie vivre le grand amour, avec des disputes et des doutes mais une belle histoire. J’ai changé, j’ai muri, je ne jouais plus trop à mon jeu de séduction.

C’est le moment qu’a choisi le garçon précédément cité pour vouloir prendre une place importante dans ma vie. Il s’est mis à se rapprocher de moi comme d’une amie. Disant que j’étais intelligente, jolie et que je méritais d’être heureuse, même avec mon sale caractère. Il pouvait parler d’âge, c’était un vrai gamin, lui aussi. Il m’entrainait souvent dans ses délires et m’appelait “mon amour” ou me disait “je t’aime”. Je jouais à ça de bonne grâce, on passait de bons moments ensemble. Je le regardais toujours comme l’homme parfait qu’il était et cela me faisait mal. Et il m’a dit qu’il en avait marre des coups d’un soir, des relations purement physiques et qu’il voulait trouver LA fille. Je ne savais pas s’il avait une fille en tête mais je la détestais d’avance.

Une fois où je le taquinais en lui sortant ironiquement “moi aussi je t’aime, mon amour” tout a basculé avec la réponse “tu aurais pu attendre que je te drague en bonne et due forme avant de dire ça, tu fais tout à l’envers, hein ?” . Je suis restée bête un instant et j’ai remarqué qu’il n’était pas aussi sûr de lui que d’habitude. Après, tout est allé un peu vite. J’ai lâché mon copain et on est sorti ensemble.

Ce fut les plus beaux moments de ma vie. Il était génial. Et moi, j’étais quoi? Une simple lycéenne, normale, qui ne parlait pas cinq langues comme lui, qui n’avait pas d’amis aux U.S.A et au japon, qui avait des notes moyennes alors qu’il avait la mention très bien à son bac S. J’étais rien. Et pourtant, il m’a choisi. Inlassablement, il me redisait pourquoi moi et pas une autre et pour la première fois, j’ai dit “je t’aime” en le sentant dans mon corps, en tremblant presque. On était bien, ensemble.

Je suis devenue plus gentille. Flottant sur mon nuage, je suis allée naturellement vers les gens que j’évitais jusque là, rencontrant des personnes fabuleuses. Avec les “cours particuliers” qu’il me donnait, mes notes ont grimpé et ma motivation aussi, je ne voulais pas le décevoir. Mes amis me regardaient avec un sourire moqueur et mon prof d’S.V.T me charriait en cour pour toutes les fois où il m’a vu courir vers mon copain qui m’attendait sagement devant sa voiture, après les cours.

Un jour, il devait partir un mois aux états-unis pour son boulot, il était de mauvaise humeur et il avait décidé qu’en rentrant, il abandonnait le mannequinat. Toute triste, j’attendais ses appels, lorsqu’il se levait super tôt pour pouvoir me parler, à cause du décalage horaire. Et un soir pour moi, un matin pour lui, il est parti faire son jogging. Normal. Je suis partie me coucher, des papillons dans la tête.

Le lendemain, aucun appel. Il était surement fatigué à cause du défilé de la veille au soir ( donc dans la nuit en France). Mon téléphone sonne, je le sors de ma poche mais ce n’est pas son numéro qui apparait. Déçue, je décroche. Une voix tremblante à l’accent américain prononcé me demande si je suis bien Christelle XXX, la petite-amie de XXX (je ne donnerais pas son nom ici). Je réponds que oui, c’est bien moi et là, je me souviendrais toujours de ces paroles:

- Je suis son agent. Mademoiselle, je suis vraiment désolé, il a eu un accident de voiture et il…est dans le coma.

Je n’y ai pas cru, sincèrement. Je me suis dit qu’avec tout ce qu’il lui était déjà arrivé, c’était une combine pour rentrer plus tôt. J’ai demandé, comme un automate, si son état était grave et la conversation téléphonique a duré un moment, entre mes larmes et les excuses de mon interlocuteur.

J’ai raccroché et j’ai plus bougé. Je me suis endormie comme ça, sur mon lit, au milieu de la nuit. C’est un autre coup de téléphone qui m’a réveillée et sur l’écran s’était affiché le nom de mon meilleur ami. J’ai décroché, rayonnante, pensant qu’il allait m’annoncer son réveil…Trois mots à peine murmurés, entre des sanglots.

Il. Est. Mort. J’ai raccroché, je ne voulais plus qu’on m’en dise plus. Je n’ai pas dormi et j’ai pleuré à tel point que j’avais mal partout. J’ai crié, ma mère est venue et elle m’a serré dans ses bras. Je pensais à ses parents, son frère et sa sœur qu’il voulait que je rencontre à son retour. A nos projets d’avenir, le nom qu’on voulait pour nos enfants… La bague qu’il avait acheté. Et moins égoïstement, à la vie qui l’attendait et qu’il avait raté. Depuis, j’ai su que c’était un camion qui avait provoqué l’accident et ses parents m’ont appelé, pour me dire qu’il leur avait beaucoup parlé de moi et qu’il serait enterré au japon.

Détruite. j’étais détruite. J’en voulais au ciel d’être bleu, aux gens de rire, à moi d’exister… Depuis, je me suis reprise, je reste quelqu’un d’assez froid en fait, mais je vais mieux même si depuis quatre ans, pas un jour ne passe sans que je ne pense à lui. Vous vous demandez ce que veut dire ‘nankurunaisa’? C’est dans le manga Blood+ qu’on avait regardé ensemble. Il le disait souvent, ce mot qui était synonyme d’espoir… J’espère qu’on sera de nouveau ensemble, dans une autre vie.

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13 Responses to “Le jour où il m’a dit “nankurunaisa””

  • Je n’ai pas grand chose à dire, si ce n’est que je suis très touchée par ce post.

  • Tout comme framboise et chocolat, je ne sais pas quoi ajouter, simplement que ton article m’a vraiment émue…

  • J’en suis encore retournée pour toi, cela me sert le coeur, la vie est injuste.

  • Merci pour ce premier article qui est vraiment très très émouvant et poignant. Nous sommes très touchés que tu aies choisi Ladies Room pour confier ton histoire.

    N’oublie pas que même si la vie peut être vraiment cruelle, la roue tourne ma belle et un jour tu seras pleinement heureuse toi aussi :)

    J’espère avoir le plaisir de lire bientôt Ygdrasil.

  • @ Framboiseetchocolat: je te remercie et je suis contente que cela t’ai touchée, je l’ai écrit pour ça, quelque part.

    @ Spendie: Je te remercie aussi ;)

    @ Dyns : je suis contente que mon article plaise et si j’ai choisi ladies room, c’est grâce à l’ambiance chaleureuse que je trouve à ce site.
    Je ne doute pas d’être un jour heureuse, actuellement ma vie va plutôt bien même si LUI garde une place importante.

    Merci pour l’encouragement ! ^^

  • Le chemin, tu en sais quelque chose, sera encore long, l’onde de choc, même dans les bons moments, se fera toujours ressentir.

    Ayant vécu des évènements similaires à peu près dans le même créneau -à la différence près que ce n’était pas qu’une seule perte, et surtout à quelques semaines d’intervalle; va faire ton travail de deuil après ça-, je ne comprends que trop bien.

    Tant que la culpabilité (on est celui -ou celle- “qui reste” après tout), la mélancolie exacerbée, ce refus “à jamais” d’être pleinement heureux/se n’ont plus leur place, c’est déjà un grand bond en avant.
    Même si pas un jour ne se passera sans que tu y pense d’une manière ou d’une autre, et même si ça n’est pas le cas, ce genre d’évènements t’aura façonné de telle sorte qu’oublier totalement sera impossible. Mais pour le meilleur, d’un sens.

    Quoi qu’il en soit, félicitations pour le travail accompli jusque-là. Et bon courage pour la suite.
    Merci également pour la gorge serrée et le flux lacrymal qui ont accompagné la lecture de cet article, cela fait toujours du bien, régulièrement…

  • Tu as tellement raison…

    Je n’ai pas vécu plusieurs décès à la suite mais j’arrive tout à fait à comprendre. Le deuil n’est jamais vraiment fini, c’est bien ce que je ressent dans tes paroles, et c’est ce que je pense aussi.

    La culpabilité d’être encore là, cette envie que la personne revienne et qu’on part à la place. Ces petits rien qui rappellent des souvenirs. Tous les sentiments dont tu parles, ils sont incontournables, je crois. La haine aussi ( il me fallait bien un coupable, en plus de moi-même) ainsi que les “et si” qui pourrissent l’esprit, comme si on pouvait y changer quelque chose.

    Je crois que je ne souhaiterais ça à personne, même si on en sort plus fort. On m’affecte difficilement, depuis. Je réagis d’une façon différente face à une personne en deuil, aussi. je ne sais que trop bien ( et toi aussi, j’en suis sûr) combien les regards apitoyés et les silences des autres peuvent faire mal…

    En tout cas, merci d’avoir partagé ce que tu as toi même ressentit. Et oui, les larmes font du bien, des fois.

  • Ouah. ça me fait remonter des sucs digestifs. et je suis partie loin loin loin avec toi dans ton histoire. Je pense qu’un deuil quel qu’il soit ; j’entends par là : une mort soudaine, une rupture (sachant que plus rien ne sera comme avant), un avortement…ce sont des morts que l’on garde enfouis dans sa conscience, bien profondément dans les tréfonds de notre mémoire. Le fait est que vous aviez un avenir et ce qui fait que ça me touche beaucoup ; d’ailleurs, je pense que ça toucherai n’importe qui.
    J’ai une amie qui m’avait écrit un jour que “tu ne peux nier qu’il ait fait partie de ta vie et l’aie à jamais marquée. Il ferait toujours partie de la trame de nos songes comme nous de la leur.”
    Bon courage…

  • C’est triste. Je n’ai jamais perdu quelqu’un de proche, donc je ne peux pas vraiment dire que je sais ce que tu ressens, mais j’imagine, et c’est vraiment injuste. J’espère que tu revivras un jour une belle histoire comme ça, essaie de ne pas perdre espoir!

  • Wow. Enfin non, mais je ne sais pas quoi dire, juste que ton article m’a donné la chair de poule. J’ai été émue donc.
    C’est beau et si triste en même temps …

  • Je suis désolée. Je n’ai jamais eu de décès proche, sauf ma grand mère mais je dirais que c’est “naturel”… Donc je n’ai aucune idée de ce que tu ressens, ni de “ce qu’il faut dire”. Je crois qu’il n’y a pas grand chose à dire dans ces cas là… Malgré tout je peux te dire, c’est que cet article est un des plus poignants que j’ai lu, pourtant il est sobre et absolument pas mélo, c’est ce qui fait sa force je crois… Tu as l’air d’avoir accompli un long chemin. Je te souhaite d’être heureuse.

  • A vrai dire, pour moi, tu as raison, il ne faut pas dire grand chose. La compassion c’est bien joli mais ça enfonce encore plus…

    merci à toutes, même si je ne cherche pas à être plainte ni glorifiée, je voulais pas faire quelque chose qui se résume à “bouhouuu je suis triste, plainez moi!” parce que ça aurait été un manque de respect pour lui, pour vous. Je vis une vie normal, cela m’a juste forgé un peu plus et c’est du passé.

  • Touchant et très émouvant, beaucoup de pudeur dans ton écrit, cela donne une dimension supplémentaire. Mes pensées vont vers toi, je connais la perte d’un être cher.

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