Humeurs

Un conseil : évitez d’être vieux, pauvre, et malade.

C’est lorsqu’un problème arrive dans une famille, qu’on prend conscience du fait que rien n’est prévu en France pour venir en aide aux adultes dépendants. On aime se raconter, pour se faire plaisir, que tout est prévu, que des allocations existent…

Un conseil : évitez d’être vieux, pauvre, et malade.En fait, la réactivité et la réaction des services sociaux ou des aides aux adultes handicapés ou personnes âgées sont telles que les familles se retrouvent à se débrouiller seules et à faire face à la série de tracas générés par une maladie invalidante provisoirement ou définitivement, ou à une maladie d’Alzheimer (ou les deux cumulés quand on a vraiment pas de bol).

Les bien-pensants reprochent aux Français de ne pas s’occuper de “leurs vieux”. Comment pourraient-ils le faire ?

Comment on fait pour s’occuper de ses propres parents quand on travaille, qu’on a des enfants, qu’on a un budget serré ? Si quelqu’un a une solution, je suis toute ouïe. Ne me parlez pas des super services sociaux, je suis déjà en contact avec eux. Mais partant du principe que nous avons des enfants de plus en plus tard (en moyenne le 1er enfant arrive vers 30 ans), que nous sommes obligés de travailler, tous, père et mère la plupart du temps.

Comment faire pour libérer du temps pour nos parents âgés ou dépendants ? Rien n’est prévu dans les textes du code du travail pour autoriser une absence, sans solde, pour s’occuper des “parents malades”. Pourquoi ne pas créer des “journées parents malades” comme il existe des “journées enfants malades” ?. Ces journées, même non rémunérées, aideraient les familles à prendre soin des aînés.

Il est bien clair que je ne revendique pas d’être rémunérée si je ne suis pas sur mon lieu de travail, je demande simplement que mes absences soient acceptables, répertoriées et justifiées aux yeux de mon employeur (qui a sûrement des parents en excellente santé et ne comprend pas toujours l’impératif). Que fait-on quand on arrive à épuisement des jours de congés, des jours à récupérer, que fait-on pour essayer de garder un peu de temps avec ses propres enfants ? Comment une vie quotidienne peut-elle s’organiser ?

Alors, me direz-vous, il faut “placer” ses parents. Au delà du fait que ce soit une décision grave, et inenvisageable humainement la plupart du temps, cette décision est le plus souvent impossible à mettre en pratique, car, là encore, il vaut mieux être riche et en bonne santé, que pauvre et malade (et vieux ! en plus !). Les places en services publics sont rares. Bon marché certes, mais elles garent les gens dans des mouroirs. Les places en institutions privées ou semi privées sont rares, et très chères.

Optons donc pour un “maintien à domicile des personnes âgées”, là encore, les belles phrases entendues ici ou là sont vides de contenus réels. Oubliez les belles idées sur la sécu ou les mutuelles, la grande idée qui veut que la France s’occupe de sa populace, la sécu ne vous aidera pas à obtenir une aide ménagère, même s’ il s’agit d’une heure par jour, et votre mutuelle sûrement pas non plus. Votre mutuelle, par contre, jamais à court d’idée, vous proposera peut être de prendre en charge un supplément chambre seule à l’hôpital.

Mais en sortant de l’hôpital, même si on vous a ouvert le ventre, même si vous avez 75 ans, même si votre mari est handicapé, les services concernés réfléchiront un bon mois pour savoir si on vous octroie, ou pas, une aide d’une heure par jour. En attendant une éventuelle décision positive de leur part… débrouillez-vous.

Conclusion : ayez beaucoup d’enfants, si vous avez été un peu gentils avec eux, ils s’occuperont de vous quand vous serez vieux ou sénile, essayez de garder assez de jus pour vous jeter par la fenêtre si vos nombreux enfants vous rangent dans un mouroir, et, à toutes fins utiles, prenez dès maintenant une assurance “adulte dépendant”, ça se pratique de plus en plus, c’est bizarre non ?

Photo : ©cap21photo via Flickr

8 Responses to “Un conseil : évitez d’être vieux, pauvre, et malade.”

  • Il est criant de vérité ton article mais il est beau… il est d’autant plus beau que tu es une belle personne quand il n’en reste pas tant que ça… crois-moi. Ma grand-mère est décédé il y a 5 ans et elle a passé 4 ans dans un hospice. A l’époque, on voulait la prendre à la maison mais on n’a pas eu les moyens car il aurait fallu prendre une infirmière 24/24 quasi. Ma mamie était atteinte d’alzeimer et de parkinson combiné et on a eu la “chance” d’avoir un hospice hors de prix juste à côté de chez nous, mon père a fait jouer toute ses relations et il a fallut vendre sa maison pour couvrir les frais mais elle était bien prise en charge et surtout à proximité donc bien entourée par les siens.Moi j’étais révoltée au début du coup j’allais la voir tout le temps , je me souviens qu’au tout début y’avait une animation à l’hospice l’aprem et qu’elle ne voulait pas y aller elle me dit “y’a que des vieux ici, viens tu m’emmènes dans ta voiture et on s’en va”, j’avais une mamie un peu rebelle aussi elle a toujours été comme ça. A une époque j’allais la voir et la promener 2 fois par jour et je me suis vite rendue compte qu’elle était la seule à avoir sa famille autour d’elle comme ça… alors petit à petit j’ai copiné avec ses amies mamies et j’allais les voir aussi, je leur amenais des gâteaux et du saumon fumé des fois (elles adoraient ça c’est marrant de manger du saumon fumé à 16 h) , on se faisait une petite tisane et on papotait… Je me rappelle que j’avais été très choquée par l’abandon des familles. C’est notre société qui veut ça et ça arrange tout le monde sauf des gens comme toi et moi… Après quelques temps je me suis dis qu’elle était mieux là avec ses copines plutôt que toute seule dans sa maison. Et honnêtement j’ai partagé des moments extraordinaires de complicité en ces lieux avec ma mamie… comme jamais auparavant. Cela nous a permis d’accomplir l’étape de la transmission qui n’aurait pas été possible j’en suis sûre dans d’autres conditions… Alors je t’accorde que c’est pas ce dont je rêve pour mes parents… mais tu sais vérofreud dans chaque situation il y a du bon à tirer même dans les plus dure et il faut se battre parfois pour trouver les bonnes choses… Faire preuve d’imagination au quotidien et aimer toujours aimer… Je te souhaite d’être courageuse et te souhaite tout pleins d’instants de bonheur avec cette personne à qui je fais de gros bisous.
    Je sais pas où t’habites mais y’a peut-être des assoces, contacte directement les hospices qui te plaisent et ne les lâches pas négocie, négocie, négocie, je vais demander à mon père comment il avait fait exactement, il a p’têt un tuyau.

  • @kyboon, merci beaucoup pour ton commentaire :)
    pour l’instant, ne dérange personne, j’espère que la situation n’est que provisoire et que “tout rentrera dans l’ordre” dans quelques semaines ou quelques mois. en tout cas, merci pour ton optimisme.

  • Aoh non, c’est trop vrai…-ment triste, ça!
    y a plus d’village. on ne vit plus ensemble. les générations se tournent le dos comme s’il en allait d’une garantie primordiale de leur bien-être.
    et c’est tout le contraire qui se passe.
    on est tous à l’étroit dans nos cases!!

    vieillir oui, pourir non!
    quand nous avons acheté notre maison de ville (trois étages en six niveaux!), nous savions que nous n’y ferions pas de vieux os. nous mesurons aussi que nous n’y pourrons pas accueillir nos parents quand la vieillesse commencera d’entamer leurs facultés.

    acheter une hacienda ?
    non, mais tu vois le délire ?! pourtant, avec sa cour intérieure encadrée par ses dépendances, se serait l’idéal pour rassembler, tout en préservant leurs spécificités, toutes les composantes d’une famille.

    c’est pourtant nous qui sommes partis à 900 bornes de nos parents, à l’époque nous avions besoin de prendre de la distance… peu après, pour garder nos petites en bas âge, pas de mamies à l’horizon! mon mec a pris un congé parental à l’arrivée de notre deuxième fille. durant trois ans ouf! mais quelles déceptions : 1. aucune reconnaissance valable de cet effort n’existe et, OUI VERO FREUD, les services sociaux ne sont vraiment PAS A LA HAUTEUR. CAF en tête!
    2. mon mec n’en est pas sorti indemne de cette période un peu “asociale”. pas facile pour un mec de ne plus exister par la fonction que lui donne son métier!
    3. la période écoulée, le problème demeure : comment ne pas s’enfermer dans un cocon (la femeuse cellule familiale – brrr, quel nom!), comment faire que les générations qui composent la famille participent réellement de concert à la vie familiale ?

    pas trouvé la réponse… et le temps passe!

    bravo pour cet article et son sens profond.

  • “Comment on fait pour s’occuper de ses propres parents quand on travaille, qu’on a des enfants, qu’on a un budget serré ?”

    Difficile question mais je pense qu’on devrait penser bien plus en amont les problèmes, on y pense jamais à part quand c’est trop tard. Mon exemple avec mes grands parents c’est qu’on aurait jamais dû les laisser se terrer en retraite, physiquement de moins en moins actifs et donc de plus en plus dépendants (et complètement drogués, merci le doc et la pharmacie). On aurait gagné dix ans avant de les prendre en charge. Là en trois ans ils étaient incapables de vivre seuls (et le médecin estimait le contraire bien sur).

    En réduisant le risque de dépendance, le problème de “qui qui s’occupe des vieux” se posera beaucoup moins. Ils s’occuperont tous seuls :)

    Sujet tabou, bravo de le soulever.

  • mon grand-père est décédé il y a six mois et ma grand-mère, qui ne peut presque plus marcher, est restée seule…c’est lui qui faisait tout à la maison, le ménage et les courses…ma famille s’est alors adressée au C.C.A.S et ils lui ont trouvé une gentille aide-ménagère qui en plus lui fait ses courses…et son salaire est pratiquement entièrement pris en charge par l’Etat.

  • adultes dépendants… personnes handicapées… oui, c’est vrai que ce n’est qu’au moment où on est touché soi-même qu’on comprend la difficulté, qu’on comprend la souffrance des autres. Ta maman je crois… Ma soeur, pas vieille pourtant… mais dépendante et allitée depuis 4 ans, adulte handicapée maintenant. Je ne serai, toutefois, pas aussi négative que toi concernant le suivi social qui est fait (en tout cas dans le cas de ma soeur, hospitalisée à domicile, avec auxiliaires de vie, infirmiers, kinés… qui viennent pour l’aider, et pour aider sa famille à lui permettre de rester à la maison). Je crains que ça n’empire, la prise en charge, les moyens actuels… Nous vivons peut-être l’âge d’or d’une certaine protection sociale (tu as vu, j’ai lu ton blog, ce qu’on est en train de faire par rapport au chômage…).

  • En Belgique, il existe un congé pour rester pres d’un parent qui a besoin de toi, comme un congé parental mais qui concernerait tes parents à toi!
    Ca reste mal payé, et les conditions sont difficiles, mais ca aide beaucoup de gens…

    je rejoins l’avis d’Harold : c’est repenser un systeme tout entier, d’éducation, et de prise en charge des tous petits et des tous vieux qu’il faut, en intégrant les nouvelles données dans les expériences qu’on a déjà faites…

  • Je viens de tomber sur l’article. Je connais malheureusement les deux côtés du problème. D’un côté, ma grand-mère paternelle qui ne pouvait plus s’occuper de mon oncle trisomique. Elle a été placée en maison de retraite, et ma mère essayait de la faire sortir tous les dimanches pour qu’elle ne somatise pas. De l’autre côté, mon père était directeur de maison de retraite et ma soeur est assistante sociale. Je vois aussi ma tante, obligée de s’occuper de sa belle-mère suite à un AVC. Et je ne te parle pas de ma mère qui s’est occupée de sa grand-mère et de son père handicapés… Bref.
    Tout cela pour te dire qu’il ne faut pas compter sur les pouvoirs publics pour s’occuper des vieux. C’est malheureusement comme tout, dans notre société : tant que tu ne fais pas fonctionner ton réseau de connaissances, il est difficile de trouver une prise en charge des retraités.

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