Coeur

La ou les fidélités ?

Certaines choses sont considérées comme allant de soi jusqu’au jour où l’on affirme le contraire. Par exemple, pour bon nombre de personnes, un inconnu est considéré comme hétéro jusqu’à preuve du contraire, d’où la question de la sortie du placard ou outing. Quand on est en couple, il existe un phénomène semblable : la question de la fidélité. Alors, quand faire son coming-out de non-exclusivité ?

La question d’être fidèle ou non revient à se demander si on supporte mieux la frustration ou la jalousie. Il serait intéressant de voir si la jalousie qu’on éprouve à cause de notre moitié serait moins forte si la société avait sur elle un autre jugement. Combien de personnes considèrent la jalousie comme une preuve d’amour ? Et qui ne s’est pas surpris à être jaloux parce qu’un ami passait plus de temps avec quelqu’un d’autre qu’avec nous-même ? Peut-être certaines personnes ont la chance de pas éprouver de jalousie ou de ne pouvoir avoir qu’un seul objet d’amour (car je suis persuadée qu’on peut aimer deux personnes en même temps) ou de désir à la fois et pour elles, le choix est fait facilement, quoique le regard extérieur doit être difficile à porter. Pour les autres, la tâche est plus difficile.

Plusieurs excuses existent concernant la volonté d’aller voir ailleurs : chercher ce que l’autre ne peut apporter (la nouveauté, mais aussi des choses plus précises comme un corps de l’autre sexe pour les bisexuels, la réalisation de certains fantasmes/certaines pratiques), la preuve que l’on peut toujours séduire, la volonté de sortir du modèle mariage-chien-deux-enfants-pavillon-barrière-blanche…Toutes ces excuses sont méprisantes pour l’amant(e) choisi(e).

N’est-il donc pas possible d’assumer qu’on a simplement envie d’un(e) autre, pour ce que cet autre est, indépendemment du fait que cet autre puisse fortement ressembler à ce qu’on a déja ? On ne cherche pas d’excuse pour dire qu’on a envie de fraise comme dessert alors que d’habitude on mange des yaourts natures après tout.

Quand on a envie d’une escapade hors du couple, que faire ? Il y a à mon avis schématiquement 4 solutions.

La première est de mettre son envie derrière son oreille, de prendre une bonne douche froide et d’attendre que ça passe. Pas mal pour une envie passagère, mais peut être difficile à vivre si l’attirance se prolonge (particulièrement si la cible est sous votre nez régulièrement) et si vous éprouvez de la culpabilité qui finira forcément par se faire sentir sur votre couple.

La deuxième consiste à passer à l’acte sans le dire au conjoint. Ca marche si vous n’éprouvez pas de culpabilité et surtout si vous êtes d’une immense discrétion. Maintenant, j’ai tendance à croire que tout finit par se savoir et que c’est le meilleur moyen de perdre sa moitié car elle se sentira trahie et à raison.

Reste donc la possibilité de le faire en lui disant, simple sur le papier, beaucoup plus difficile dans la réalité car l’autre aura forcément peur de vous perdre voir opposera son refus. Le fait d’assumer cette double relation en public ou pas est une autre question.

Enfin, il y a encore une dernière méthode : dire son attirance sans passer à l’acte. Ça a le mérite de retirer un poids sur la conscience mais c’est parce que votre conjoint(e) portera le “fardeau” avec vous. Ne pas s’étonner de l’augmentation de sa méfiance ou de sa peur de vous perdre ! Pour éviter le sentiment de trahison, il peut être bon de dire, si on sait qu’on a tendance à avoir des coups de coeur assez vite, dès le début de la relation qu’on ne sera peut-être pas fidèle toute le temps, tout du moins en pensées.

A se demander si tout ne serait pas plus facile si la norme, en amour/sexe comme en amitié, était la multiplicité !

24 Responses to “La ou les fidélités ?”

  • En ce qui me concerne, j’ai la “chance” de ne pas éprouver de jalousie. J’éprouve la peur que mon compagnon ne soit pas sincère dans son engagement ( celui qu’il dit avoir et celui qu’il agit) avec moi, mais dès que je suis rassurée la-dessus, plus rien…
    Jusqu’à présent, j’avais pour politique ( avec des compagnons qui ne me ressemblaient pas) de faire sans rien dire. Et je dois être d’une discretion exemplaire. Je n’ai pas trompé à chaque relation, et je me suis mise des règles drastiques à chaque fois que je le faisais, et je n’ai jamais été “prise”.
    Aujourd’hui, je ne suis plus aussi catégorique. Pour l’instant, je suis fidèle, un peu parce que je n’ai plus envie de “cacher” ça et beaucoup parce que mes règles pour le faire ont bien changé! Ma sélection étant bien plus drastique, les envies et occasions sont bien moins légions. J’attends, entre autre chose, que ma relation avec mon homme soit… je ne sais pas comment le dire. Je ne suis pas prête; c’est tout. Et lui, il attend que je le sois avant de se poser la question de l’extra-conjugalité. Il faut dire qu’il n’a pas rencontré non plus de demoiselle qui mette le feu à ses sens :) S’il la rencontrait maintenant… Je laisserais faire, à condition que le terrain soit bien balisé.

  • Tu entends quoi par “terrain bien balisé” ?

  • En ce qui me concerne, le terrain balisé est le suivant :
    - ne pas chercher dans l’infidélité une réponse à un problème qui regarde le couple
    - le temps de l’infidélité ne doit pas être volé au couple
    - la maitresse n’a droit à rien de plus que la conjointe officielle
    - si il y a des sentiments qui mettent le couple en danger, ne pas consommer avec la maitresse.

    Déjà, si on commence par là, le terrain est pas mal balisé…

  • Rationnellement – émotionnellement c’est une autre affaire – l’exclusivité sexuelle et amoureuse ne se justifie pas.
    Vous vous voyez dire à vos amis “tu ne fréquentes que moi et c’est tout !”

    Je crois que la fidélité sexuelle et amoureuse – même si je la pratique – n’a aucun fondement logique (même si en la matièr il est difficile de parler de logique !)

  • alors pourquoi la pratiques-tu?

  • C’est trés intéressant ce que vous dites…

    Moi, ce qui me fait peur le plus peur, c’est le mensonge. Tant que c’est une histoire de fesses, je crois, mais qu’en sais-je variment, la situation ne s’est pas présentée, que je suis d’accord. mais qu’il m’en parle. Ce serait trop bête un seul et unique partenaire sexuel dans une vie. Et si je lui interdisais, c’est là qu’il se cacherais pour le faire… et c’est idem pour moi bien sûr ! Mais sincèrement, je crois que ça me ferait un peu peur aussi… et s’il tombait amoureux ?? Miss lili, il me semble que tes balises pourraient être une bonne base… Merci de les partager !

  • Tomber amoureux est la crainte d’un max de gens fidèle… mais avec ou sans sexe, il y a un risque que notre compagnon/e tombe amoureux/se d’une autre personne.
    Je crois que permettre, consommer, une envie permet de ne pas tout confondre. Je n’ai pas envie que mon compagnon confonde son zizi et son cœur, me quitte en pensant être amoureux d’une autre jeune femme et puis se rende compte, un mois plus tard, que c’était du désir brulant et juste ça… Même si je retournerais avec lui sans hésiter, que de souffrance pour une petite histoire de fesses…

    Attention ce sont mes balises (enfin quelques unes) qui me permettent de dormir en paix. Il est bien évident qu’il faut les adapter à ta névrose personnelle :)

  • Il y a quelques temps, j’ai écouté un monsieur à la radio, qui devait déjà avoir un certain âge, faire l’éloge de la fidélité comme choix de vie. Et ce qu’il dit au sujet de la tentation rejoint ton option #4, mais de façon positive. Si je retrouve le podcast…

    Je m’explique.

    Ce qu’il disait, c’est que les tentations étaient inévitables – il était à 30 ans de couple, par là – mais qu’il les voyait comme signe qu’on n’est moins bien dans son couple à ce moment-là et qu’il était tout bénèf’ de parler à son conjoint de cette tentation, pour deux raisons. D’abord, quand on est en couple et qu’on n’a “pas le droit”, un simple béguin peut devenir obsessionnel et en parler permet souvent de passer par dessus. Et ensuite, c’est de dire: “en ce moment, je me sens plus faible, cette femme/cette homme me tente, j’ai besoin de sentir notre couple fort, j’ai besoin de toi plus proche de moi ces temps, j’ai besoin de toi”.

    J’ai trouvé ça plein de bon sens.

    Sinon, pendant longtemps, je n’ai pas “cru” à la fidélité, je pensais que c’était une contrainte. Aujourd’hui, je la vois comme un choix qui m’apporte quelque chose. Je vois – enfin – la fidélité comme positive et non comme une obligation “de bien faire”, décider que tu ne veux partager ton intimité qu’avec un seul homme et de s’y tenir, et non plus comme une contrainte.

    Après, chacun fait ce qu’il veut, mais il faut que les règles soient claires dans le couple. Tromper, ne pas dire alors qu’on s’est promis d’être fidèle est autrement plus discutable que tromper et ne pas dire parce que le couple a décidé à un certain point que la tromperie occasionnelle était acceptable.

    Je pense aussi que pour être fidèle et content de l’être, il faut être honnête avec soi et donner au sexe la place qu’il mérite dans le couple dès le début de la relation. Ce que je veux dire, c’est que si le courant ne passe que moyennement ou “juste” bien (libido, pratiques, etc), au début de la relation, je pense qu’il ne sert à rien de s’acharner en se disant que c’est pas si grave, le reste va tellement bien, qu’un jour ça s’arrangera, avec le temps et la connaissance de l’autre. J’en suis convaincue, ce sera tromperie ou frustration à un certain moment.

    Les pensées pèle-mêle du soir.

  • Miss Lili, je trouve que des balises sont d’une lucidité épatante..très utiles en tout cas, elles paraissent peut être évidentes, mais ça va toujours mieux en le disant. J’imagine que se mettre des “balises”, un peu comme les gouttières au bowling, n’empêche pas les erreurs, et les débordements, mais en tout cas ça me semble un bon canevas.

  • Miss Lili, tes balises sont orientées “couple + amant/maitresse”. Existe-il des balises pour les relations multiples et “égales” ?

  • M’dameJo> La fin de ton commentaire implique que le sexe est central dans toute relation et que si l’étincelle ne vient pas de façon presque magique entre deux corps au départ d’une relation, cette relation ne tiendra pas.
    Ca se tient, mais c’est précisément à ça que je ne crois pas.
    Mettre le sexe au centre de la relation, oui, si on part du postulat que le sexe et l’amour ont des points communs. C’est pas le postulat de tout le monde. Et non seulement, ce sexe aurait quelque chose à voir avec l’amour, mais en plus l’activité sexuelle serait fondatrice du couple. Ca se tient. Mais tout le monde ne fait pas ce choix-là. En tout cas, pas dans ces termes-là.

    Moi, je crois que le sexe, comme l’amour, ca s’entretient, s’améliore, se bonnifie, se chouchoute et que donc, même après un départ “peu glorieux” physiquement parlant, une satisfaction sexuelle peut s’installer. Et ce, indépendamment de la santé sentimentale du couple.
    On a tous entendu parler de couples qui tiennent alors que leur vie sexuelle est inexistante, ou d’amants terribles, accrochés par leur corps mais très malheureux.
    Sont-ce des couples? Oui. Pas ceux dont on veut, mais des couples quand-même.

    Ceci dit, je suis d’accord avec toi sur le fait que la fidélité, ca se décide. Et ca se décide tous les jours, à chaque tentation.

    Exquise> En tout cas, ça m’a permis de vivre mes infidélités en en tirant le meilleur, càd en en profitant à fond et en les laissant là où elles devaient être ( cad hors de mon couple).

    LenaR> Oui, ce sont des balises que j’ai établies pour Couple+ amant/maitresse. Enfin, une partie d’entre elles.
    Je suppose qu’il existe des balises différentes pour une double relation, on peut les imaginer, mais je ne les ai pas mises en pratiques. Je crois qu’alors, elles seront plus basées sur l’indépendance de chaque couple et sur la répartition des échanges. Tu vois?

  • Je ne dis pas que la relation ne tiendra pas, je dis que la fidélité ne sera pas possible ou alors très contraignante.

    Mais je pinaille.

    Je suis totalement d’accord qu’il y a des couples qui tiennent sans sexe et tant mieux si ça leur convient. Sexe sans amour, amour sans ou peu de sexe, j’ai testé les deux.

    Mais c’est clair que tout dépend de ce que l’on attend d’un couple. Donc, bien que je fasse la différence entre sexe et amour, je souhaite pouvoir partager les deux. Et /pour moi/, le sexe est, non pas central, mais un des piliers essentiels d’une relation comme je la souhaite.

  • je suis peut-être trop romantique mais je ne m’imagine absolument pas tromper mon copain ou être trompée par lui. Je me dirai que si j’en viens à le tromper, c’est qu’il ne me satisfait pas entièrement, et à ce moment là, autant arrêter tout de suite.
    Quand à aimer deux personnes en même temps, je ne suis pas convaincue que ce soit possible, j’ai tendance à penser que l’on aimera forcément un des deux plus que l’autre…Mais ce n’est que mon avis et en plus, les relations humaines sont tellement compliquées que ce genre de choses est surement ressenti différemment par chacun…

  • Je ne crois pas qu’on puisse avoir deux amis, on en aimera forcément l’un plus que l’autre :)

  • Krib : Pareil que toi. J’ai du mal à comprendre les couple libres. Je ne dois pas être encore assez ouverte d’esprit

  • madame pirate : ce n’est pas parce que nous ne sommes pas ouvertes d’esprits que nous sommes fidèles. Nous sommes comme ça, c’est tout, et être fidèle ne nous rend pas malheureuses. Moi, en étant fidèle, je suis très heureuse, et mon copain aussi =)
    je n’envie pas les couples libres, à vrai dire^^

  • Krib : Ben disons que pour moi c’est juste inimaginable lui avec une autre fille, qu’il en désire une autre que moi. Mais être libre ne va pas avec jalousie. Moi je suis très fière de la fidelité de notre couple et très heureuse aussi. On a rien a cacher et ça fait du bien :)

  • Mon but n’est pas de convaincre les gens d’avoir plusieurs partenaires mais d’encourager les gens qui ressentent la fidélité comme une contrainte d’en parler à leur conjoint pour imaginer un autre modèle de couple / de relation que l’exclusivité absolue et aussi d’imaginer une société qui ne mette pas la fidélité avant tout.

  • Oui, j’avais bien compris et je suis d’accord qu’il ne faut pas rester dans une situation qui nous déplait :)

  • Lenar, on va encore me dire que je la joue moralisatrice mais je ne suis pas d’accord avec toi pour l’image que la société a de la fidélité et ce pour deux raisons :
    d’abord, c’est un grand classique des infidèles qui se cherchent des excuses “sociales” pour justifier ce qu’ils font. Pour certains et certaines, avoir une maitresse ou un amant, c’est la révolution ultime, le rebelle suprème etc…
    De plus, de manière hypocrite, la société a très bien intégré l’infidélité. Il suffit de voir le théatre (feydeau notamment) pour comprendre que ce n’est pas un phénomène qui date d’hier. “l’amant dans le placard” ou la maitresse que monsieur va voir quand il va en ville est implicitement acceptée par la société. Je pense donc que tout ça est un mythe. L’infidélité fait partie de la société, est même considérée comme une étape indispensable au couple tout comme le divorce…en niant de manière étonnante la souffrance qui en découle.
    Pour ma part, je suis d’accord avec madame joe pour parler à son conjoint de l’attirance qu’on peut éprouver pour telle et telle personne

  • Je reprends : donc de l’attirance qu’on peut éprouver, nous, on en fait même une plaisanterie. Par contr,e je peux piquer des crises quand mon homme me parle d’une fille pour éveiller ma

  • non seulement j’ai des bugs mais je n’arrive même pas à exprimer correctement ce que je veux dire

  • je termine en espérant y arriver. Je disais que je ne supporte pas ces couples qui s’amusent à piquer la jalousie de l’autre et à provoquer des scènes. C’est une façon de se servir des gens..de plus ces scènes sont souvent des préliminaires. Je connais un couple où les infidélités étaient une façon de régler leurs comptes en se servant de l’autre personne. L’amant ou la maitresse étaient utilisés. Je trouve ces jeux particulièrement malsains.
    Pour ma part, je ne veux pas être infidèle, mon mari non plus, donc, on n’a pas de mal à ne pas l’être. On peut dire “fontaine, je ne boirai de ton eau” quand on n’a pas soif…

  • Il m’apparait important de redire des points que je pensais essentiels : l’honnêté et le respect de l’autre avant tout. Attiser la jalousie pour “garder” ou “tester” son/sa conjointe, je trouve ça aussi très malsain. De même qu’utiliser l’amant(e) pour règler ses comptes.

    Je me dis que si les gens sont tellement infidèles, pourquoi est-ce que si peu de personnes l’assument, et surtout l’assument dans leur relation “officielle” ? Je comprendrais parfaitement une personne qui me dit “je t’aime, mais ça m’arrive d’aimer plusieurs personnes en même temps, voir juste d’en désirer d’autres et la frustration est plus grande souffrance pour moi que la jalousie que je pourrais éprouver en te voyant faire la même chose.” En revanche celle/celui qui sera jaloux, pronant la fidélité mais qui me trompera dans mon dos, celui/celle-là c’est rupture dans les 5 minutes qui suivent la découverte. Pas à cause de la non-exclusivité sexuelle/affective mais à cause du mensonge.

    Tant mieux pour toi Serena si vous êtes heureux dans votre choix de couple :) Je doute juste que ce modèle convienne à tout le monde, même si c’est celui que je vis en ce moment (pour lui, moi je ne sais pas ce qui est le mieux pour moi).

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