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Mode On ou comment j’ai retourné ma veste (défilés Commuun et Chapurin)

Avant, vous m’auriez dit « Louboutin », j’aurais été capable de vous répondre « Lou ? C’est pas Christine plutôt ? »
Mais cette époque est belle et bien révolue, grâce à Ladies Room. Désormais, je peux rajouter quelques lignes à mon CV : experte en créateurs, décrypteuse de tendances avant-gardiste, modeuse-warrior et VIP. Rien que ça. Et je me la pète si je veux.
Oui, je sais, j’ai retourné ma veste. Mais la doublure en alpaga est tellement plus confortable !
J’envisage maintenant de troquer au quotidien mes All Star de prolo contre la classe vertigineuse d’escarpins Blahnik (dès que j’aurai réussi à choper le n° de Vincent Mc Doom, mon futur coach).
Bref, j’ai changé (comme dirait l’autre).
La raison ?
Je suis devenue, grâce à Ladies Room, invitée officielle de la Fashion week et j’ai assisté en tant que reporter aux défilés de créateurs qui montent tels que Commuun et Chapurin.
Ouais, je sais. Moi aussi ça m’a impressionnée au départ.
C’est pour ça que j’ai été ravie de savoir que cette écrasante responsabilité ne pèserait pas uniquement sur mes frêles épaules mais que j’allais accompagner la pétillante Mamzelle au Carrousel du Louvre pour mener à bien cette mission.
1er jour : Commuun.

Nous voilà avec 40 mn d’avance à poireauter en file indienne, touchantes comme deux oies blanches en avance dans nos jeans, alors qu’autour de nous, une faune d’êtres humains au look invraisemblable déambule et se fait photographier d’un air blasé.
C’est donc ça, le milieu de la mode : Un type en polo Lacoste avec un pendentif ostentatoire en diamants, un autre en pantalon à carreaux multicolores façon Bozo, une femme perchée sur des Richelieu vernis noirs d’au moins 16cm avec le bout de l’orteil laqué rouge sang qui dépasse, une autre en jupe verte à faux cul munie d’une fermeture éclair sur toute la longueur de l’arrière…
Avec Mamzelle, on hallucine un peu. Euh, c’est quoi le dress code ? A priori, il n’y en a pas : c’est un peu tout et n’importe quoi : du baggy au slim slimissime, du style décontracté au gothique en passant par le casual (fièrement représenté par nous et Mademoiselle Agnès) (oui y’avait Mademoiselle Agnès qui était habillée un peu comme nous) (un peu).
Après moult attente, nous pénétrons enfin dans le Saint des Saints, une petite salle tendue de rideaux noirs avec une drôle d’odeur de hareng saur. Nous nous plaçons debout et en hauteur, et là, ça commence.
Des spots crus éclairent le catwalk. Aucun décor. Un bruitage de machines industrielles retentit à plein volume. Le premier mannequin s’avance. Allure de cyborg, maquillage de cire, elle se noie dans sa robe aux coupes asymétriques.

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Je ne peux pas détacher mon regard de ces silhouettes décharnées qui défilent d’une démarche de femme enceinte de 6 mois, hanches en avant aux os anguleux qui se dessinent à travers le tissu, buste en arrière presque creux, longues jambes juchées sur des talons immenses, dos d’où les reliefs des omoplates et de chaque vertèbre transparaissent.
J’ai beaucoup de mal à me concentrer sur les vêtements, pourtant je remarque que les lignes sont pures, coupées pour que la fibre dessine différentes figures géométriques au dessus de la peau. Les couleurs sont sobres : blanc, beige, bleu mais de temps en temps un modèle se détache avec une couleur plus vive, rouge orangé, ocre ou vert émeraude. Toujours cette musique-marteau, violente. Les lumières des spots se mêlent aux flashes des appareils photos qui bruissent comme des ailes de chauve-souris. Les tenues sont plutôt courtes; je remarque une veste dont les poches démesurées sont constituées d’un pli partant du dos. On devine un parti pris de travailler sur les volumes.

Les mannequins défilent avec une régularité de métronome. On reconnaît celle qui repassent pour la deuxième ou la troisième fois, soit au visage, soit à la démarche. Enfin, c’est le moment du tour final et du salut furtif des deux créateurs.
Fin du défilé, qui aura duré moins de dix minutes. Premières impressions à chaud avec Mamzelle. On est d’accord sur un mot : anxiogène. Je suis en mini-état de choc à cause de cette musique brutale, de la crudité des éclairages et surtout de ces corps réduits à leur plus simple expression : peau et os.
Malgré tout, on reconnaît que les vêtements sont plutôt sympas, quasi mettables même. En me renseignant depuis chez moi, j’apprends que l’objectif d’Iku Furudate et Kaito Hori, couple créateur de Commuun, (un nom choisi pour l’idée de vêtements « communs », du quotidien mais uniques, d’où le deuxième « u ») est de travailler des matières bio uniquement tout en créant un design structuré et épuré. C’est sympa comme concept.
Bon, on va mettre le choc sur le compte de mon statut de petite nouvelle.
2ème jour : Chapurin
Ok. Cette fois, c’est bon, on n’est plus des débutantes. On se donne rendez-vous juste un quart d’heure avant, ça suffira et ça évitera de nous faire passer pour des novices du défilé.
Sans se concerter, avec Mamzelle, on a aussi mis bon ordre à notre tenue ! Fini les jeans, bonjour les collants et les bottes. On fait déjà plus dans le ton.
Malgré notre timing, on va poireauter encore un bon bout de temps en regardant des déguisés nous passer devant et en papotant bouquins.
Enfin nous arrivons dans une salle plus vaste que celle d’hier où immédiatement, quelqu’un nous tend un objet cylindrique. Après examen, nous réalisons qu’il s’agit d’une mini-bouteille de Moët et Chandon !! La classe ! (sauf qu’il est midi trente et que je me remets péniblement d’une nuit de fiesta, mais on ne refuse pas une bouteille de Moët et Chandon, c’est malpoli.)
On se prépare à assister une nouvelle fois au défilé debout mais une jeune femme nous convie gentiment à nous asseoir au troisième rang (presque à côté de Salvatore, vous savez, le chaperon des filles dans « Top Model »). La scène est décorée d’arbustes scintillants, nous sommes dans la pénombre, avec un jolie musique d’ambiance, un journal sur le travail du créateur (dommage qu’il soit en russe), notre bouteille de champ’, et on attend. On attend en papotant avec Mamzelle et en essayant de deviner quel style ça va être cette fois : on opte pour un style vieille époque, valse, crinolines et tout le toutim. On attend encore quand les photographes commencent à se rebeller et à siffler à plusieurs reprises : « Let’s go !!! » Il faut dire qu’il y a presque une heure de retard sur l’horaire prévu.
Soudain, de la neige commence à tomber sur les arbustes, la lumière s’intensifie et le son d’une locomotive à vapeur résonne. Les mannequins défilent alors avec un postiche blond en forme de bol ( !!!)

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Cette fois ci, sans dire que je me suis habituée à la maigreur des filles toujours assez impressionnante pour certaines, j’arrive à mieux prêter attention à ce qu’elles portent. En fait, c’est assez différent de ce que nous avions imaginé : le style est élégant avec beaucoup de tailleurs, jupes ou pantalons, des hauts systématiquement gansés avec des nœuds plats compliqués en galons, des fuseaux, des bas en laine ajourée plissant au milieu de la cuisse (très jolis) mais également, malheureusement, de la fourrure.

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C’était à prévoir dans une collection de créateur russe, mais il faut reconnaître que certains modèles étaient très beaux : des manteaux avec une fourrure aussi légère que de la plume, des gants couvrant un bras entier… et c’était pas du lapin !
La musique est rythmée, je reconnais « Enjoy the silence » de Depeche Mode remixé.
Des couleurs sages là aussi, noir, gris anthracite, blanc, doré, vert… et une magnifique robe de clôture, qui gonfle, légère et ample, autour du mannequin avant de disparaître dans la vapeur et les phares de la locomotive.

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Bref, nous sommes étonnées mais ravies et, pour ma part, plus détendue que la veille (le champagne ?)
Voilà… c’est grâce à cette expérience inoubliable que je suis devenue une pro de la tendance automne-hiver 2008. Appelez-moi « Mademoiselle Antigone ».
Mais ça a surtout été l’occasion de faire de jolies rencontres : la super fraîche et gentille Photofilm, la rigolote et charmante Mamzelle et l’accueillante et adorable équipe de Ladies Room que je remercie cent fois d’avoir fait de moi ce que je suis désormais.

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