comingout

Elle émoi

Un été. C’était en août. Il y a six, peut-être sept ans. A Budapest. J’ai pris le tram puis j’ai marché jusqu’aux bains. Il faisait doux et j’ai pris le temps d’admirer la courbe des coupoles avant d’entrer. C’était l’un des jours réservés aux femmes, un samedi, je pense.
Nous étions venues visiter la ville et profiter des thermes, avec une amie. Le séjour touchait à sa fin et il lui restait quelques achats à faire, alors elle était partie en ville et devait me rejoindre un peu plus tard, au bain turc de Kiraly.
L’établissement, arrondi par ses dômes et blotti au milieu des arbres, me faisait penser à une odalisque. Sensualité orientale et charme d’une autre époque.
J’ai laissé mes affaires au vestiaire, j’ai pris le drap blanc que l’on me tendait et j’ai pénétré dans la salle, ronde, vaste, tamisée, chaude et embuée.
Je suis entrée nue dans le bassin, dans l’eau tiède et j’ai posé mes bras sur le rebord en renversant la nuque pour admirer les rais de lumière qui transperçaient la voûte.Je me suis lentement laissée bercer par les vagues créées par les baigneuses en nageant. La chaleur, l’humidité, la température idéale me maintenaient dans un état de torpeur, agréable et lancinante.
Une jeune femme, drapée dans une serviette, est apparue sous une arcade. Elle a marché jusqu’à un banc de pierre où elle s’est assise et a abandonné là l’étoffe. Elle a relevé ses cheveux et son corps gracieux s’est cambré un instant.
Je n’ai plus pu la quitter des yeux. Son visage pur et grave, sa peau pâle et veloutée, ses courbes douces m’ont aimantée. J’ai suivi avec attention tous ses gestes, toutes ses attitudes, le mouvement de sa poitrine à chaque inspiration, le reflet de l’eau dans ses yeux noirs, la forme de ses ongles.
Elle n’avait rien des lianes sans relief des unes de magazines, c’était une femme, avec un corps plein et subtil à la fois, une grâce sans artifice, une douceur visible à l’œil nu.
Je la regardais et je me troublais de la fixer sans pouvoir m’arrêter, d’éprouver un tel éblouissement pour elle, une femme. C’était délicieux et tabou à la fois, j’imaginais mes doigts sur ses épaules et la texture soyeuse de sa peau dans son cou et je rougissais en même temps de caresser ma propre nuque en l’épiant du coin du regard.
Quand elle est entrée dans l’eau et a traversé le bassin, les rayons filtrant du toit ont fait briller ses cheveux et ont plongé sous la surface pour éclairer sa peau. Elle était belle, elle était l’image incarnée d’un idéal de femme, d’une femme que j’aurais voulu connaître, toucher,… mais surtout, être.
Le charme de cet instant fugitif n’a pas quitté ma mémoire, même s’il est resté à ce jour le seul émoi que j’aie jamais ressenti pour une fille. J’en garde une sensation troublante et familière comme celle d’avoir désiré un être étranger et si semblable à la fois.

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