Humeurs

Le grand silence

Hier soir je suis allée au cinéma. Il y avait un film dans un ciné-club qui s’appelait “Le Grand Silence”. Le film, pas le ciné-club. Ne me demandez pas pourquoi, un moment d’égarement sans doute, le titre m’a plu, j’ai foncé.

Le film était annoncé en VO, soit en allemand, mais comme j’ai fait allemand deuxième langue au collège, je me suis dit que ça ne poserait aucun problème. Tu parles. J’ai donc payé ma place l’équivalent de neuf euros cinquante, et oui, quand même, et je suis allée m’installer dans la salle quasiment déserte, mis à part un papy de cent vingt ans qui a eu l’air assez surpris de me voir débarquer. A mon avis ses petits enfants l’avaient abandonné là, histoire de s’en débarrasser, finalement ce n’est pas une mauvaise idée, il fait moins froid dans un cinéma que sur une aire d’autoroute… nan, parce que sinon je ne comprends pas ce qu’il foutait là, le vieux… à moins d’être aussi idiot que moi.

Le film débute en gros plan sur une tête de moine qui semble dormir… à moins qu’il ne soit mort, je vous avoue que parfois les choses m’échappent. Ensuite un moine prie dans le plus grand silence pendant quatre minutes et trente-sept secondes. Et là on entend des cloches qui sonnent. Taing le suspens… autant vous dire que j’étais scotchée à mon siège. Ensuite, vue sur le ciel gris et la neige qui tombe, sans bruit. Au bout de six minutes vingt-deux, les cloches se sont mises à sonner à nouveau, j’ai fait un bond sur mon fauteuil, j’ai eu la peur de ma vie. Punaise, ils pourraient prévenir quand même.

Et puis la neige à nouveau toujours sans un bruit. Moi sur mon siège, c’est bien simple, je n’osais plus respirer de peur de gêner le papy avec le bruit. Au bout de sept minutes et cinq secondes, on entend des bruits de pas… Argh, mais qui est-ceuuuuu, mais qui est-ceuuuuuu ?? Un assassin qui vient tuer le moine qui prie ?? Oh oui, il est vilain ce moineuuuuu, il a fait plein de bêtiseeeeuuuuus. Arghhhhh !!

Nan. Rien. Nada. Même pas un petit voleur de cloche.

Au bout de sept minutes vingt-six secondes, vue sur un moine à travers une porte entrebaillée. Le moine se met à sonner les cloches pendant trois minutes, pendant que d’autres moines arrivent autour de lui. Ohhhhhh, yes !! Une orgie ?? Une bagarre ?? Ils vont au moins se disputer pour avoir le privilège de sonner la cloche, hein ?? Regardeuuuuuu, le vilain moineuuuuu, il ne veut pas prêter sa clocheuuuuuu !! Aller, tous sur lui pour lui péter la gueule, yessss !!

Nan. Rien. Nada. même pas jaloux les moines.

Au bout de neuf minutes et trente secondes, gros plan sur un moine qui tourne les pages d’un bouquin. Moi le bruit des pages qui tournent, ça m’a donné des frissons partout. Ouh le vilain moineuuuuuu. Il a caché des photos cochonnneuuuuus dans son livre, ouhlala, et puis le chef des moineuuuuuus il va arriver et ça va barder, ou, que c’est pas bien, ça môssieur, nan, pas bien !!

Nan. Rien. Nada. Même pas il a déchiré une page, le gars.

Onze minutes et dix-sept secondes, un avion passe dans le ciel bleu. Mon Dieu, faites que l’avion s’écrase sur les moines. Je veux du sang, des gens qui crient, des cloches en miettes. Steplaît, Dieu. Je te jure que si l’avion s’écrase, je met dix cierges à l’église dimanche…

Nan. Rien. Nada. Pour une fois que je demande quelque chose de raisonnable, il aurait pu faire un effort, Dieu.

Quatorze minutes et trente-cinq secondes, un vieux moine découpe depuis deux minutes du tissu blanc, évidemment toujours sans un bruit. Il va se couper, lalalèreuuuuuuu, il va se coupéééééééérrrrrrrrr, oh eh, oh, eh, mateloooooootttttt…. matelot, navigueuuuuuuuu sur les flooooots.

Nan. Rien. Nada. Le gars il a dû être petite main chez Dior.

Quatorze minutes et cinquante-sept secondes, gros plan sur de gros boutons blancs.

C’est à ce moment-là que j’ai fait ma dépression nerveuse. J’ai éclaté de rire, mais à ne plus pouvoir m’en arrêter. Je pleurais de rire sur mon siège.

Le vieux, il s’est mis à gueuler un truc en suédois et à gigoter dans tous les sens. J’avais dû le réveiller. Ou peut-être il engueulait ses petits enfants parce que finalement il aurait préféré être abandonné sur une aire d’autoroute.

Moi je suis sortie en riant. Heureusement que je n’ai entraîné personne dans ma galère. N’empêche, j’ai beau avoir fait allemand deuxième langue au collège, je n’ai rien compris au film.

Bon là, tout de suite, je cherche quelqu’un pour me raconter la fin du film. Nan, mais parce que depuis hier soir, je me mords les doigts de ne pas être restée jusqu’au bout et j’aimerais bien savoir ce qu’il se passe une fois que le vieux moine a fini de découper son bout de tissu. Il fait quoi, hein ?? Il coud les boutons dessus, ou quoi ??

10 Responses to “Le grand silence”

  • Ah mais ça a l’air vraiment très sympa ce film… je pense que je vais aller y faire un tour!!! En même temps le titre du film était plutôt évocateur tu aurais dû te méfier!

  • Mouahahaha!!! Mais c’est quoi ce film purée???

  • Ce film est un documentaire sur la vie des moines Chartreux. Il est aussi une incitation à la prière…
    Bref, c’est bien normal qu’il ne se passe pas grand chose !

    NB: les Chartreux, c’est bien ceux qui font la Chartreuse, l’alcool, pas le massif, si si!

  • @Milou : je viens d’apprendre que la seule phrase du film est prononcée à deux minutes de la fin par un moine… quand je pense que j’ai loupé ça, ça me rend malade… bon ok, il dure quand même 2h40. Je pense que si j’étais restée jusqu’au bout, je sortais sur un brancard.
    @Pepite2choco : Et bien voilà, il paraît justement que ce n’est pas un documentaire, c’est ce qu’en dit le réalisateur, mais un film de reflexion sur la vie monacale et le sens du silence et son importance… si, si… je suis allée me renseigner sur le net cet aprem…
    @Spinne : je ne sais pas à quoi il incite, je t’avoue, mais le réalisateur dit que ce n’est en aucun cas un documentaire. En tout cas, mon fou rire était dû au ridicule de la situation et à mon imagination débordante… j’ai tellement espéré qu’il allait se passer quelque chose…

  • Voici ce que j’ai trouvé sur Télérama, dont je me souviens qu’ils avaient adoré le film allemand de Philip Gröning

    RÉSUMÉ
    Une plongée dans le monde silencieux et intemporel de la vie monacale des Chartreux. Un film sur la conscience, sur la présence absolue. .

    A la manière du requiem de Mozart version karl bohm Ce documentaire ne vous laissera pas indifférent

    Les prises de vues impressionnistes, ainsi que l’absence de commentaires confère aux images un halo céleste.

    Troublant envoutant merveilleux et soulageant nos petits maux je n’en suis pas ressortit autrement que transfiguré.

    j.c.peintre – le 11/02/2007 à 15h48
    Une bande de fous rarement joyeux, mais complètement interessants.
    bdk – le 27/01/2007 à 22h04
    Lent, très lent, presque sans paroles… J’étais très mal à l’aise, jusqu’à ce que je m’endorme !

    Puis je suis rentré dans ce temps qui s’étire, dans la magie du regard porté sur le présent, sur chaque instant et sur chaque beauté. Beaucoup détesteront, si cette magie ne s’opère pas chez eux. Mais quelle chance pour ceux qui en profitent !

    marog – le 27/01/2007 à 09h53
    Echanges pratiquement inexistants.Plans insistants sur des visages empreints de gravité. Quelques-uns esquissent un sourire. Dans ce film, il ne se passe rien d’autre que le temps qui passe. On ne sait si du temps est consacré à l’étude et rien ne semble filtrer des nouvelles du monde. Un environnemet magnifique, sauvage, glacé et glaçant. On peut aimer…

    christianFRANCOIS – le 30/12/2006 à 22h39
    Un beau film sur l’engagement monastique chrétien, à ne pas mettre sous tous les yeux…Des portraits splendides et des silences éloquents. Peut-être trop d’effets spéciaux, (accéléré, grains, gros plans) comme si la vérité était trop simple, Dommage pour ces surcharges

    Et en plus en prime… le lien pour l’article du Monde :

    http://www.lemonde.fr/cinema/article/2006/12/19/le-grand-silence-six-mois-d-immersion-dans-un-monde-de-meditation_847313_3476.html

    Bon, tu m’as donné très envie de le voir ce documentaire!!!

  • L’avantage c’est que tu n’étais pas trop pénalisée par le côté “allemand sous-titré en suédois”. Moi (attention je vais me faire lyncher) ça m’évoque un peu “In the mood for love”, fumée et raviolis, jamais réussi à aller jusqu’au bout (+ une sacrée envie de raviolis, merci !).

  • ça me rappelle que je suis allée voir voici de nombreuses années de cela un film de Tarkovski (ne me demandez pas lequel) et que, pour la seule fois de ma vie, je me suis endormie au cinéma !

  • @Luciamel : Merci pour les infos. Moi je dis que si j’ai réussi à donner envie ne serait-ce qu’à une personne d’aller voir ce film, et bien je suis vachement fière… parce que vu le post que j’ai fait dessus, ce n’était pas gagné !!

    @ Ninouche : Ahhhh ?? Ca c’est un film que je ne connais pas du tout mais que je vais m’empresser d’aller voir… de toute façon je ne risque rien, hein, on trouve des raviolis en Suède… ;-)

    @Zinzolina : Ouf !! Voilà qui me rassure. Moi je ne me suis pas endormie, c’est déjà ça, mais j’avais peur d’être la seule à réagir bizarrement face à certains films…

  • in the mood for love!!! la musique!!! la B.O… l’histoire, c’est un BOOOOO film.

  • Bon, il fait absolument que je trouve ce film !!!

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