Histoires

Mon été chez les tout-nus, suite et fin

Alors alors… J’en étais donc qu’après avoir fait connaissance avec la petite bande et s’être exclamés sur la beauté du lieu et la philosophie complètement à part des vrais naturistes – rien à voir avec les nudistes d’ailleurs je te ferais dire, rapport que le naturisme c’est comme qui dirait une way of life à part entière où tu communies vraiment avec la nature alors que le nudisme ça consiste juste à se mettre nu sur la plage, m’a expliqué hyper sérieusement une fille – quelqu’un a évoqué l’idée saugrenue qu’après un long voyage comme ça on avait sûrement envie d’aller piquer une tête.

Mon été chez les tout-nus, suite et finUn sprint. La seule chose que j’avais envie de piquer c’était un sprint. Mais sachant qu’il était impossible d’alpaguer l’homme qui – malin – restait bien au milieu du groupe pour que je ne puisse pas l’isoler et lui intimer l’ordre d’inventer n’importe quel prétexte pour qu’on s’en aille et qu’à l’époque à part trois mecs en France qui avaient un be-bop on en était toujours à l’ère de la bonne vieille cabine téléphonique ce qui rendait nul tout espoir de pouvoir appeler mon papa au secours, je me suis résolue à l’idée de me trimbaler en tenue d’Eve parmi les pins.

J’ai donc demandé où c’est que je pouvais me déshabiller. Les autres ils ont un peu ricané rapport que dans un camping naturiste c’est un peu où tu veux que tu te mets à poil. Hin hin hin. Peut-être, que j’ai répondu, mais on ne fout pas 26 ans d’éducation en l’air en deux minutes et way of life ou pas, je ne me déshabille pas n’importe où. Les copains de l’homme m’ont regardée un peu étonnés mais ont eu l’air de se dire que niveau communion j’en étais juste au baptême et que bientôt j’allais être en phase avec les arbres et le soleil. L’homme qui commençait à réaliser que ça n’allait pas forcément super bien m’a suggéré tout miel d’aller derrière une tente.

Ce que j’ai fait, après lui avoir jeté le regard qui veut dire « Là je suis bien coincée alors je la ferme mais tu ne perds rien pour attendre ça crois-moi je vais te réduire en charpie dès qu’il n’y aura plus de témoins ». Crois-moi, on avait beau être au printemps de notre histoire d’amour, il a bien décrypté le message et s’est gardé de tout commentaire.

Alors que j’enlevais mon jean, je me suis dit que bon, c’est vrai, l’avantage par rapport au camping textile – ouais c’est comme ça qu’on les appelle les pauvres matérialistes qui mettent des maillots de bain – tu te contorsionnes pas dans une tente de 60 cm de hauteur pour mettre ton bikini. Genre t’es à la cool derrière la tente et ton bikini tu le mets en totale détente. Sauf que tu le mets pas, bien sûr. Ce qui rend la chose encore plus easy.

Toute à mes pensées, je n’avais pas réalisé que ça y’était, j’étais nue. Derrière la tente. Jusque-là, pas de problème. Sauf qu’en fait, si. Impossible de sortir de ma planque. Au bout d’un moment, l’homme est arrivé et m’a dit que tout le monde m’attendait. Là, d’un coup, tout mon mécontentement que j’avais bien refoulé, il est remonté. Je lui ai répondu que s’il tenait à la vie il me ramenait fissa un paréo et que ça saute. Et aussi que si je chopais UN échange visuel ou verbal entre lui et Nadja Audermann je n’hésiterais pas à m’attaquer aux parties molles qui en plus étaient faciles à repérer vu le contexte. A cet instant précis, je crois que l’homme a compris que sa période d’essai à lui était terminée. Et que là, à poil de chez à poil, je ne rigolais plus du tout. Il est parti sans un mot et m’a ramené un paréo dans lequel je me suis enroulée façon nem.

Et nous voilà partis pour la plage. Les fesses à l’air. Sauf moi dans mon paréo. Que j’ai fini par ouvrir un peu histoire que tout le monde constate que je jouais le jeu vu que de culotte y’avait point. Mais que je ne lâcherais pas avant d’être allongée les bras en arrière sur le sable, je m’en étais fait le serment. Et oui, moi j’avais choisi mon camp, j’étais nudiste un point c’est tout.

Je dois le reconnaître, pendant ce chemin de croix, l’ex a été fair play. D’abord, clairement, y’a pas qu’à moi qu’on avait oublié de dire des trucs. Et genre elle était moyennement au courant de ma venue. Voire de mon existence. Et à priori elle n’avait pas très très envie de renouer des liens avec l’homme. Que je lui aurais pourtant bien refilé à ce moment-là. Du coup, quand elle a rigolé à la première pique – première d’une longue série, la vengeance étant un plat qui se mange froid et mon mécontentement n’en finissant pas de remonter – que j’ai balancée à l’amnésique tout zizi dehors, je me suis dit qu’elle était peut-être sympa.

Malgré ses jambes. Et ses seins parfaits. Et son ventre plat tout doré. Putain, c’était une bombe. Mais une bombe triste. Et pas pimbêche. Une bombe sympa. Manquait plus que ça. J’allais devoir reporter toute mon aigreur ailleurs. La victime fût vite trouvée tu t’en doutes. Mais même ça c’était trop facile vu qu’en quelques heures l’homme venait de faire son premier véritable apprentissage de la vie amoureuse : quand ta nana pète un plomb tu courbes l’échine et tu attends que ça passe. Surtout si tu n’es pas blanc comme neige. Et même pas en rêve tu tentes une rébellion. Surtout quand tu es tout nu sur un chemin plein d’aiguilles de pin. Je dis ça je dis rien.

Bref, dans cette ambiance de coït spirituel avec la nature, on est arrivés à la guérite de la plage. Là un gardien tout nu mais avec une casquette et un sifflet m’a expliqué que soit j’enlevais le paréo, soit je n’avais pas accès à la mer. J’ai eu beau invoquer la discrimination, le racisme anti-textile, le froid, l’allergie au soleil, le gars m’a répondu que la règle était la même pour tout le monde. Pas question que des gens habillés viennent mater les autres. En un sens ça se tenait. L’homme se tortillait, super gêné, et m’a ENFIN proposé qu’on s’en aille si je n’y arrivais pas. Evidemment, du moment où il avait prononcé ces mots magiques, j’ai pris ça comme un défi. D’où que j’y arrivais pas ? Alors que la nature et moi c’est plus fort qu’entre Peter et Sloane ? Besoin de rien envie de toi, quoi.

Piquée au vif dans mon orgueil et aussi il faut bien l’avouer, touchée que mister zizi à l’air ait fini par prendre mon malaise en considération, j’ai fait valser le paréo et j’ai avancé la tête haute dans les dunes en priant pour que tout de même la petite troupe ne soit pas en plus du style à marcher pour le principe pendant deux kilomètres pour dénicher THE place to be, sachant que rien ne ressemble à un coin de plage qu’un autre coin de plage. Heureusement, pour la première fois de la journée, mes prières ont été entendues.

On a donc étendu les paréos et tout le monde s’est assis avec dans l’idée de faire une belote. Tout le monde sauf moi qui suis passée en quelques secondes – des années d’entrainement qui font la différence – de la position “debout ventre rentré” à “allongée les bras en arrière”. Epuisée comme après un marathon. Et ayant peine à croire que je venais de me trimballer sur 50 mètres dans le plus simple appareil. Et que je n’en étais pas morte. Enfin presque.

L’homme s’est mis à côté de moi et m’a dit que j’étais belle. Et aussi qu’on s’en irait quand je voudrais. Et aussi qu’il était drôlement impressionné que j’ai si vite tombé la culotte rapport que lui la première année il était resté tout le mois dans la tente par peur de se montrer nu. Encore un truc qu’il avait oublié de me dire, Alzheimer. Je lui ai ordonné de se taire et de me laisser faire l’amour avec le soleil et qu’en passant il ferait bien d’en faire autant vu qu’avec moi c’était mort pour une durée indéterminée.

Après, j’ai regardé à droite à gauche et j’ai vu que personne n’avait l’air effrayé par mes bourrelets. J’ai surtout réalisé que les gens ne se regardaient pas. Qu’il s’agisse d’Adriana et son corps parfait ou du vieux monsieur tout frippé plus loin. Ou de la femme obèse qui aurait eu du mal à trouver un maillot à sa taille et qui se dirigeait sans baisser la tête vers l’océan en balançant sa cellulite de droite à gauche dans un mouvement gracieux.

Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie je n’ai pas passé mon temps à tirer sur mon maillot vu que… bref. J’ai même fini par aller dans les vagues et j’ai trouvé ça délicieux.

Voilà. Je ne peux pas dire que j’ai été vraiment convertie. Je ne suis jamais allée faire la vaisselle toute nue ni au supermarché. J’ai gardé mon paréo sauf sur la plage et j’ai pris garde de ne JAMAIS m’allonger aux côtés d’Adrianna parce que quand même. Mais petit à petit, elle et moi on s’est apprivoisées. On n’a jamais parlé de l’homme et à force on est devenues amies avec tout ce que ça a d’irréel et d’incompréhensible.

Au bout d’une semaine on est repartis. On est repassés quelques étés mais sans grande conviction, je crois qu’en fait la nature et nous c’est pas tant l’amour fou. Surtout, tous ces zizis, moi au bout d’un moment, ça finissait par m’écoeurer. Du coup on a loué une maison à côté et on est allés sur la plage textile. Mais je dois bien l’avouer, dans ma perception du corps, quelque chose depuis a changé.

(cc) * Fantômette * offline

Relire Mon été chez les tout-nus (partie 1)

6 Responses to “Mon été chez les tout-nus, suite et fin”

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