My Space

Sprechen sie Tokio Hotel ?*

« Ohne dich denkst du kann ich nicht… » Inutile de répondre « A tes souhaits ! », votre interlocuteur n’a pas éternué. Il n’a pas, non plus, un défaut de prononciation, ni une patate chaude dans la bouche. Non, en fait, c’est probablement un adolescent en train de chantonner nonchalamment devant sa télévision. « Comment ? » me direz-vous. « Depuis quand nos chères têtes blondes s’expriment-elles avec autant d’aisance dans la langue de Goethe ? ». Car force est de constater que l’allemand a plus que jamais la cote chez les ados, depuis environ deux ans. La cause de ce phénomène? Une déferlante rock teutonne sans précédent sur nos ondes musicales.
Sprechen sie Tokio Hotel ?*Le séisme Tokio Hotel : A moins d’avoir hiberné pendant les deux dernières années, vous avez forcément déjà entendu parler de ce groupe. Mais si, voyons ! Un chanteur (oui, vous avez bien lu, c’est un chanteur) au look gothique, semblant tout droit sorti d’un manga japonais. Pardon ? Un peu comme Pikachu ? Voilà, c’est ça ! Sauf qu’il n’est pas jaune et que son nom, c’est Bill Kaulitz. Mais, vous n’étiez pas loin. Trois acolytes complètent la formation : Tom Kaulitz , guitariste et jumeau de Bill ( même si ça ne se voit pas, vu que l’un d’entre eux est encore plus maquillé que Paris Hilton !), Gustav et Georg.

Lorsqu’ils se rencontrent, en 2001, ils ont tous entre 12 et 14 ans. Rapidement repérés par des producteurs, ils signent d’abord avec Sony Bmg, puis avec Universal Music, en 2005. Leur premier single « Durch den monson » se hisse en tête des charts et devient disque d’or, suivi de l’album « Schrei », qui connaît le même sort. Très vite, leur succès dépasse les frontières. Le tsunami Tokio Hotel s’abat sur l’Europe, puis sur le monde entier. Jeunes et moins jeunes s’enflamment pour ces quatre adolescents propulsés au rang de superstars. Télés, radios, journaux, Internet, ils sont partout et déchaînent les passions. Vénérés par les un(e)s, abhorrés des autres, les TH (c’est comme ça que les appellent les super-giga-méga-fans ; mettez-vous à la page, très chers !) ne laissent pas indifférent.

A ce stade, une question cruciale se pose : pourquoi, malgré le handicap de la langue (ben quoi, l’allemand c’est quand même plus crédible pour dresser un chien à l’attaque que pour chanter des mots d’amour !), des hordes de groupies hystériques seraient prêtes à se damner pour eux, partout dans le monde ?

Qu’ont-ils de plus que les autres ? Certes, ils ont un look… euh… comment dire ?… particulier, qui plaît à la génération manga. Il est vrai qu’avec son côté androgyne accentué par un maquillage tout le contraire de discret, et sa coiffure à faire pâlir d’envie certaines marques de gel ultra-fixant (et pourtant, il n’est pas sous contrat avec Vivelle-Dop !), Bill le sus-nommé ne se fond pas dans la masse. Et quoi d’autre ? Des mélodies honnêtes mais pas extraordinaires, comme on peut en entendre partout, des textes qu’on ne comprend pas… ça ne peut pas être tout !

Afin d’en avoir le cœur net, la Rouletabille des temps modernes que je suis s’est lancée dans une investigation haletante et palpitante. Armée d’une loupe en écaille de tortue et de ma plus belle bouffarde en bois (non, je plaisante ; en réalité, c’était des lunettes Gucci et une poche de fraises Tagada !), j’ai passé des heures sur Internet, à écumer les forums de discussion, m’abîmant les yeux sur les prénoms à voyelles multiples qui peuplent chaque message : « Biiiiiiiill », « Toooooom », « Dédéééééé » (euh… non, désolée ; celui-là, en fait, on ne le trouve jamais), les demandes en mariage et autres déclarations d’amour, sans parler des insultes qu’échangent les demoiselles jalouses entre elles (oui, la groupie est un animal très susceptible), pour en arriver à une constatation : les fans de Tokio Hotel sont toutes polyglottes. Malheureusement, on ne comprend aucune des langues qu’elles parlent.

Bon, la première, on s’en doute, c’est l’allemand. Notez, il a bien fallu qu’elles s’y mettent pour comprendre ce que Billou chéri leur susurrait dans le creux de l’iPod ! En revanche, pour ce qui est de la seconde… eh bien, je dois avouer que c’est un idiome encore inconnu à mes yeux : « Bill jtm, jte kif tro. Tom oci jtm, t tro bo. Gustav, c tro domage kta po vu ma pankarte pdt le consser, yaV marké « Gustav ich liebe dich » dessu. Chui tro dèg… ». Alors… il me semble reconnaître quelques sonorités. Un dialecte dérivé de l’allemand ?… non… du vieux prussien peut-être ? Ah ! Attendez ! On me dit dans l’oreillette que je m’égare totalement. En réalité, il s’agirait tout bêtement de français. Même si, visiblement, on n’a pas dû apprendre le même. Admettons ! Nous en arrivons donc à une autre constatation : les fans de Tokio Hotel parlent beaucoup mieux l’allemand que le français ! Pour tout le reste, le mystère demeure…

Les répliques : A présent que les petits français sprechen deutsche et que notre oreille s’est habituée (vite dit) aux « Irgendwann laufen wir zusamm durch den monson… », s’engouffrer dans la brèche est devenu un jeu d’enfant pour quantité de groupes tudesques. Résultat : sur les chaînes musicales destinées aux ados, la langue anglaise, qui a toujours tenu haut le pavé, cède peu à peu sous les assauts de sa cousine germaine (la blague !) et lui laisse chaque jour gagner plus de terrain. LaFee, Killerpilze, Silbermond, j’en passe et des meilleurs, tous surfent sur la vague germanophile actuelle.

Avec de nombreux points communs. Ils sont beaux, écrivent eux-mêmes leurs chansons, font de la musique depuis tout petits, et, surtout, ils sont jeunes. En effet, exception faite des musiciens de LaFee, qui frôlent la trentaine pour certains, la moyenne d’âge de tous ces groupes dépasse rarement 18 ans. Futurs Jackson Five en puissance ou effet de mode qui s’éteindra comme un feu de paille ? Rendez-vous dans quelques années pour la réponse. D’ici là, on sera peut-être tous billingues. C’est pépé qui doit se retourner dans sa tombe ! Allez, Auf Wiedersehen und guter Tag allen!

* Parlez-vous Tokio Hotel ?

8 Responses to “Sprechen sie Tokio Hotel ?*”

  • Trop drôle. C’est vrai que je n’ai toujours pas compris l’engouement. Pourtant mieux vaut ne pas en rire, en cherchant bien dans mon passé d’ado, je devrais bien trouver des choses peu avouables en matière de goûts musicaux.

  • ha ha ha “même si ça ne se voit pas, vu que l’un d’entre eux est encore plus maquillé que Paris Hilton !”.

    chouette article electricalstorm !

  • Super article bravo, peut-être que si j’avais écouté les Tokio Hôtel a 14 ans, les cours d’allemand obligatoires du collège auraient été plus agréables!! :D

  • A 12 ans j’écoutais bien les Worlds Appart…. (Même pas honte)

    Alors cela ne m’étonne pas plus que ça. Enfin, ils étaient quand même un chouya plus virils les WA….

  • Rooo arretez d’être méchants avec nos pauvres ados… certaines chansons de Tokio Hotel sont acceptables, du moment qu’on ne considère pas ça comme du rock. Le problème c’est que c’est un poil commercial, un phénomène de mode, un chanteur très …bizarre.

    Mais bon si on m’avait fait écouté Durch den monsun sans que je connaisse Tokio Hotel j’aurais trouvé ça pas si mal. (même si la voix de Bill Kaulitz me fait de la peine)

    En tout cas très bon article, il y a des vrais talents sur LR ! ;)

  • Article super bien écrit!!:-)
    Je vais d’ailleurs le faire lire à ma fille-ado qui en est dinnnnnguueuuuuhhh!!!
    Alors, ne critiquez pas les TH et surtout pas Biiillllll !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Harmony.

  • Ah, comme il y a des modes qui reviennent…
    Quand j’étais djeunz, c’était la Neue Deutsche Welle. Bon, d’accord, ça n’était pas la même déferlante, mais j’ai bien dansé sur das Kommissar ou 99 Luftballons…

  • A Patteblanche: Je critique pas Tokio Hotel. J’avais beaucoup aimé la version en anglais de “Durch den monson”. C’est juste que le phénomène me fait rire.

    A MariondeLyon: Ben moi, à l’époque, c’était Alliage… la honte!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>