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Ma mère et la dictature

Cet article aussi avait été enlevé… Je les remet tous pour vous les faire partager, mais ils ont tous déjà été commentés… J’ai gardé tous ceux apparus sur celui là, je vous les mets.

Ma mère est une militante.

Ma mère a des idées de révolution dans la tête.

Ma mère aime la liberté d’expression pleine et entière.

Ma mère aime l’idée qu’on se batte pour la liberté.

Ma mère est née en 1952, à Barcelone, et sous quelle présidence ? Aucune. Sous quelle royauté ? Aucune. Sous quel gouvernement démocratique ? Aucun. Sous quelle dictature ? Celle de Franco.

Petit topo de sa jeunesse, ma mère et mes grands-parents, la famille en général, à toujours été très à gauche. Et pourtant… Au cinéma, l’idée aurait été folle de refuser de lever le bras pour faire le signe fasciste, sans quoi, ils se seraient retrouvés sous les barreaux illicos. Et oui, pas si facile de résister à ce monstre qu’on appelle dictature. On vivait en exprimant ses idées anti-dictatoriales à demi-mot, et en famille surtout, pour éviter la délation.

Pourtant, ma mère, une fois grande, à fait sa petite résistance personnelle. Non elle n’a pas fait dérailler de trains, non elle n’a pas collé des affiches prônant la liberté sur tous les murs de Barcelone. Quoique… ça ne m’étonnerait pas d’elle. Mais quand un ami était recherché par la police franquiste, (si on peut vraiment appeller ça police), elle le cachait dans son appartement. Et dans ces moments, le vrai combat c’était de lutter contre la peur. La peur des voisins, la peur de sortir et de trouver la police en bas de l’immeuble, et je ne vous raconte même pas la peur panique à chaque coup de sonnette. Elle ne risquait pas la peine de mort, en cela on peut estimer qu’elle avait de la chance, mais elle risquait deux ans de prison… ce qui est déjà trop. Tout ça pour avoir caché un ami qui n’avait rien fait d’autre que de ne pas obéir aux règles injustes élaborées par Franco et sa bande de lèche-bottes.

Je disais donc, les choses ne se faisaient qu’à demi-mot. Quand Franco est tombé malade, ma mère est partie chercher du champagne. Un vendeur d’ailleurs, a avoué plus tard ne jamais avoir autant vendu de champagne qu’à cette occasion inespérée. Quand elle est rentrée, elle a croisé des gens dans la rue, le sourire aux lèvres, un sac dans chaque main. Des sacs qui tintaient curieusement, dans un petit bling bling de verre. Ils se souriaient, se saluaient, savaient ce que chacun avait dans son sac, l’ambiance était un peu plus guillerette que d’habitude. Oh bien sûr, il n’était pas question de le fêter sur la place publique, mais on attendait de pouvoir les déboucher, à la mort de Franco. Il régnait une espèce de solidarité muette. On s’est tus pourtant.

On s’est tus à nouveau lorsque l’ETA a fait sa première et dernière action charitable en faisant sauter la voiture de Luis Carrero Blanco, le bras droit de Franco. Ils ont fait un joli coup, la voiture a attérit sur le toit d’un immeuble. On ne l’a pas crié partout, mais en France on chantait dans les manif anti-franquistes : Franco, Franco, plus haut que Carrero !

Et puis enfin, Franco est mort en 1975 et Juan Carlos a pris le relais. Quand plus tard des militaires pro-Franco ont pris en otage des membres de l’Assemblée, beaucoup ont cru replonger dans un cauchemar. Juan Carlos n’a pas cédé, à demandé aux espagnols de rester calme et de ne pas céder. Les militaires ont finalement dû se rendre, et les espagnols ont pu commencer à se reconstruire… enfin.

En 1980, ma mère a quitté l’Espagne pour passer six mois en France. Un heureux concert de jazz lui a permis de rencontrer mon père, et finalement, entre autre grâce a lui, elle n’est repartie en Espagne que peu de temps avant de revenir définitivement en France. La suite on la connaît, sinon je ne serais pas là.

En 2002, quand Lepen est passé au premier tour, ma mère a pleuré. Comme des milliers de français. Et puis ça s’est calmé. Jusqu’en 2007…

Alors ma petite maman, je te dédie cette chanson que tu aimes, même si elle n’est pas espagnole, pour tous les peuples opprimés : El pueblo unido jamas sera vencido !

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Derniers commentaires


par N.C | posté il y a 5 jours |

bravo!!!!

tres bel article! respect pour ta mere!

 

par Ninouche | posté il y a 5 jours |

Hum il y avait pas une autre version de l’article qui traînait dans le coin un peu + tôt ? Pour être honnête je préfère celle-là. En tout cas chapeau très bas à ta mère d’avoir trouvé le courage d’avoir su agir selon ses idées et principes face à la dictature ! Je me demande parfois ce que j’aurais fait en 40, et honnêtement je sais pas si j’aurais eu le courage de faire autre chose que rester planquée chez moi à manger des topinambours…

 

par Pepite2choco | posté il y a 5 jours |

Ben en fait, j’avais plus ou moins besoin de ça pour exprimer mon avis sur les règles. Mais j’ai tout mélangé, c’était très confus pour moi, et puis j’ai pensé qu’elle méritait d’avoir son témoignage d’un côté, et son aventure tumultueuse avec les grèves et le président de l’autre. Ca a un lien mais ce n’est pas la même histoire pour elle.

 

par Ninouche | posté il y a 5 jours |

Euh… tu veux dire “ton avis sur les grèves” ? petit syndrome pré-menstruel ? ;o)

Je pense que c’est mieux d’avoir séparé les articles, à mon avis c’est juste pas comparable de faire grève en France en 2007 et de résister à la dictature franquiste ! ne serait-ce qu’en termes de risques…

 

par Pepite2choco | posté il y a 5 jours |

Oh mon dieu!! J’avais pas vu! Oui en terme de risques, mais bon, ne faisons pas de débat ici, tout est dans l’article qui suit, le pourquoi elle prends mal beaucoup de choses actuellement!

 

par isadel | posté il y a 5 jours |

en tous cas, encore une femme de tête et de conviction, ta mother : une “combative éclairée” ! Quelle chance tu as…

 

par Pepite2choco | posté il y a 5 jours |

Voui, je suis très très fière de ma maman…

 

par Romana_M | posté il y a 5 jours |

J’ai les larmes aux yeux en lisant ton article !

Ta mére à bcp de courage et c’est un bel hommage que tu lui as fais là! Elle peut être fière de toi, vraiment !

J’espère qu’elle n’aura jamais à revivre ça… Comme nous tous d’ailleurs… ça fait vraiment réfléchir ce que tu viens d’écrire…Surout quand on voit comment les gens, aujourd’hui, se débattent pour arriver à vivre….

 

par lafaby | posté il y a 5 jours |

Magnifique article….

 

par magnificial | posté il y a 5 jours |

Je viens juste rajouter une couche… Vraiment un article qui méritait d’être mis à la une :)

Et respect.

 

par plum | posté il y a 4 jours |

Oui bravo ma mère est très à guche aussi (les chats font pas des chiens). Petit anecdote au sujet de Franco, la meilleure amie de ma fille (4 ans ) est à moitié espagnole, un dimanche que ma fille était au square avec sa grand-mère elles rencontrent Chloé (la copine de ma fille) et ses grands parents espagnols. Je vois revenir ma mère livide…. les vieux espagnols lui avaient fait l’apologie de Sarko…. et de Franco.

 

par Pepite2choco | posté il y a 4 jours |

@Plum : L’horreur! Moi ce qui me fait flipper ce sont les sondages a propos de Franco. Si la majorité le déteste, beaucoup le regrettent et trop sont indifférents. On ne peut pas rester indifférent a ça… Prends bien soin de te pitite loute.

 

par Jennyale | posté il y a 4 jours |

Ah la la… ça semble si loin et pourtant… ton article me rappelle comme l’horreur est proche de nous.

 

C’est un bel hommage à ta maman en tout cas…

 

par Dark Passenger | posté il y a 4 jours |

bel article en effet ! Qui me rappelle un vieux monsieur, mort depuis longtemps hélas, qui s’appelait Ramon… Et avait combattu les franquistes.

Il n’y a pas de petite résistance. Et les fascistes ne sont jamais de pacotille. Ta mère est une femme courageuse.

 

par lulusita | posté il y a 2 jours |

Coucou Pépite,

c’est vraiment un bel hommage à ta maman, et à travers elle, un hommage à tous les résistants, d’hier et d’aujourd’hui, connus ou anonymes, qui coninuent la lutte!

El pueblo unido…ça vient de chez moi ça, tu le savais?

C’est important de rappeler ce que les autres ont fait, pour qu’on n’oublie pas, qu’on ne se dise jamais que le résistance est inutile!

je t’embrasse de loin, et embrasse cette grande femme qui a fait une si jolie pépite.

venceremos!

 

par Pepite2choco | posté il y a 2 jours |

Bien sur ma Lulu que je savais que c’était de chez toi!! Ton message m’a beaucoup touché… Moi aussi je te fais pleins de bisous de loin, et viva Chile ^^

 

par fée clochiante | posté il y a 2 jours |

Les filles, c’est chouette de vous lire…J’aimerais bien qu’on se souvienne, que, aux côtés de Guy Môquet et des autres, il y a eu une pléthore de résistants étrangers dans ce pays, fusillés de 20 ans, venus de Pologne, d’Italie, d’Espagne, de Roumanie…qui avaient choisi le combat pour la liberté et contre la barbarie, à l’heure où certains vendaient du beurre aux Allemands et fondaient
la Milice, et qui se sont écroulés en criant “Vive
la France!”. Alors, faudrait le dire à Nicolas, qu’il faut faire lire les lettres de Spartaco Fontano, Rino Della Negra, Joseph Wasjbrot, Léon Goldberg, Olga Bancic…et de leurs compagnons…Eux scintillent pour toujours au firmament des justes.

One Response to “Ma mère et la dictature”

  • Hey Soeurette… trop trop chouette… J’suis vraiment impressionée de ce que tu as écrit, continue comme ça, t’iras loin ! Quelle famille… Persiste et accroche-toi !!! ;-)

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