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La carapace du monstre.

Des fois je me dis que je suis un monstre. Le malheur des autres me touche très rarement.  Mon propre malheur  ne me fait rien. D’ailleurs le malheur je le ressens de moins en moins. Je l’emmagasine derrière ma carapace de Tortue Ninja.

Mes sentiments je ne les montre pas. Jamais. A personne. Ni ma joie, ni ma peine. Les autres ne voient jamais mes failles.  Connaitre les joies de quelqu’un permet de blesser.  Ma propre mère s’est longtemps étonnée de ce manque d’émotions apparent.

Mais moi je sais, que les émotions sont des failles, les mots des armes. Les cacher c’est être fort. Faire semblant de compatir ou de se réjouir fait parti du jeu. Ne pas montrer que cela fait bien des années que je me moque bien souvent de ce que l’on me dit.

Une vraie carapace de tortue ninja ca prend du temps à construire. Moi j’ai vingt ans et je construis la mienne depuis quinze ans. Elle est imparfaite ma carapace imperméable aux émotions aussi bien entrantes que sortantes.

Ma carapace des fois elle se fends. De temps en temps. Quand elle n’est plus assez solide. Ca peut aller très loin dans ces moments là mais ca ne dure jamais bien longtemps. Je me ressaisi et je rajoute une couche à ma carapace de tortue ninja.

La vie m’y aide souvent. Il faut bien se protéger quand l’attention que vous portent les autres vous étouffe, quand leur pitié vous dégoute.

Je ne sais pas quand cela à commencé. Quand je me suis dis que cacher ses émotions, c’est se protéger soi-même.  Je ne me rappelle pas de l’élément déclencheur. Peut-être qu’il n’y en a pas, que c’est une accumulation de petites choses qui m’a amené à cette conclusion.

Mais bientôt elle sera parfaite ma carapace. Je maîtrise déjà la majorité de mes émotions. Je peux cacher ma peine des heures à l’annonce d’un décès, jusqu’à que plus personne ne m’entoure et que je puisse me laisser aller.

Cacher ma douleur physique m’est aussi facile. Ca je l’ai appris à huit ans, quand je me suis fracturé la cheville. J’ai réussi à le cacher pendant plusieurs heures, jusqu’à ce que ma cheville enflée me trahisse. Ca je n’ai pas pu le maitriser. Ce que j’ai pu le détester mon corps ce jour-là, pour m’avoir trahie.

Cacher ma douleur mentale aussi m’est simple. Ne pas montrer le dégout que m’inspirait ce pervers lorsqu’il me touchait alors que je n’avais jamais embrassé un garçon. Ne pas pleurer et ne pas parler, pour protéger ce secret de famille.

J’ai avec le temps même appris à mépriser les Hommes. Seul le malheur d’un enfant ou d’un animal me touche. Les adultes sont libres de leur choix, et à mon sens responsables de leur propre malheur.

Une seule personne sur terre peut la percer cette carapace, en quelques mots. Me percer le cœur de cents couteaux, en quelques secondes. La seule personne aussi, devant qui j’ai pleuré depuis mes cinq ans. La seule qui connait réellement les tréfonds de mon âme et de mes pensées. De mes douleurs et de mes joies. Ca me fait peur, ca m’effraie. C’est un risque que je prends. Je sais que je ne devrais pas. Mais après tout c’est cela aimer, c’est être faible et vulnérable.

11 Responses to “La carapace du monstre.”

  • Ton histoire me touche incroyablement. Car il me semble la connaître…car si bien protégée, comme un secret, je ne devrais pas la connaître non plus. Est-ce que je me sens coupable de ne pas avoir essayer de faire parler cette personne qui semble avoir vécu ce trauma? Oui, je me suis sentie coupable pendant de longues années mais il a fallu aussi que je vive ma vie et que j’accepte que cette personne se mure dans cette carapace. Peut-être suis-je dans le faux complet à son sujet, comme les secrets sont bien gardés, mais comment le savoir si la communication ne passe pas entre nous 2? Je ne peux ni veux la brusquer donc le décision lui appartient de m’en parler.
    Bref, il y a sûrement des gens autour de toi qui t’aiment profondément et voudraient t’aider, même si tu t’es convaincue que tu étais forte et n’en avais pas besoin. N’aies pas peur d’ouvrir ton coeur, de divulguer ces failles, ils feront de même avec toi. Courage!.

  • Un jour tu trouves quelqu’un a qui faire vraiment confiance, ou quelqu’un qui ne te laisse pas le choix. Mon compagnon est les deux à la fois pour moi, et quand une crise de “tortue ninja” me prend, il me remet dans le “bon chemin”, celui de la confiance et du ressenti. La vie n’est rien sans échange avec les autres…et peu à peu tu pourras peut être quitter ta carapace…courage :-)

  • J’ai un peu mal en te lisant. Ca réveille de vieux (et mauvais) souvenirs en moi. Tu as effectivement une carapace mais tu n’es pas pour autant un monstre. Il faut parfois savoir l’ôter, déposer les armes, mais je suis d’accord, il faut savoir choisir ses alliés, rencontrer les “bonnes” personnes…
    Mais tant que tu en auras besoin de cette protection, tu sauras t’en servir, la renforcer, te mettre à l’abri. Juste une chose : le risque, c’est qu’une faille parvienne à briser toutes tes défenses, et une fois qu’elle s’est immiscée, là où c’est le plus tendre et vulnérable à l’intérieur, ça fera de très gros dégâts…
    Regarde, les animaux à carapace (escargots, tortues, insectes ou que sais-je) sont protégés tant que tient leur protection en surface. Et regarde-toi maintenant, regarde-nous : nous avons de la chair autour des os. Les os, c’est ce qui tient en dernier, tant qu’on se blesse en surface, on en guérit assez vite.
    Je vais aller de ma niaiserie, mais comme on l’a si bien dit à cette chère Amélie Poulain : « Vous, vous n’avez pas les os en verre, vous pouvez vous cogner à la vie. » Pense à te cogner au réel de temps en temps, ça vaut le “coup”.

  • Avatar of N.C
    N.C

    tu es peut etre tres au point sur ta carapace mais tu ne vis pas ,desolée d’etre brutale mais tu fais tout sauf vivre
    vivre ce ne sont que des emotions , donc s’en defendre c’est nier le sens meme de l’existence
    oui ca fait mal
    mais oui ca fait aussi du bien!
    tu as 20 ans , profites , bordel! c’est comme ca qu’on apprend! qu’on avance!

  • Dis donc mademoiselles!! Moi non plus je ne fait rien paraître de mes émotions mais quand cela va pas je me lache souvent seule chez moi pour que personne ne me vois. Bon moi si mon père venait à mourir je me lacherais même devant n’importe qui … Avoir une carapace ça veut pas dire être insensible ça veut juste dire qu’on a peur de montrer ses émotions. Pourquoi? Peut-être la peur de montrer à la face du monde qu’on est comme tout le monde, ou bien peut-être parce-que tout simplement on a pas envie de montrer notre vrai nous à qui que ce soit même aux personnes qu’on aime. Alors moi je dis ma cocotte que ta carapace risque de bientôt lacher quand tu rencontreras les bonnes personnes qui t’aideront à montrer tes émotions (bon en fait je parle surtout de l’homme de ta vie mais finalement ca peut être n’importe qui). Je ne pense pas que tu sois forte (cela dit je ne prétend pas tout savoir de toi mais j’au vécu la même chose) juste apprendre à maitriser ses émotions mais dans le bon sens. Se trouver soi même, se ressentir.

    Jamais, mais jamais je n’ai dit je t’aime ni à mon père ni à mère face à face. C’est un long processus, le mieux c’est de se regarder dans un mirroir et de tout se dire à notre moi (ouioui ça marche et ça soulage) car pouvoir se l’avouer à soi même c’est pouvoir l’avouer aux autres.

    Prend soin de toi bichette

  • J’ai longtemps gardé ma carapace et caché ce qui me hantait.
    Ce qui me hante toujours d’ailleurs, mais d’en avoir parlé un jour, d’avoir vidé mon sac m’a libéré. Mon entourage a qui j’ai parlé a aussi mieux compris certains traits de ma personnalité

    Il est parfois difficile de divulguer certaines choses, parce que ces choses nous culpabilisent alors qu’il ne faudrait pas.

    Mais à vouloir se proteger en cachant ce qui nous a blessé au plus profond de nous, des blessures que l’on peut panser mais jamais totalement guérir, on se fragilise encore plus et on rentre dans un cercle d’incompréhension.

  • Je pense m’être mal exprimée. Je me rends bien compte que ce contruire une carapace ce n’est pas vivable sur le long terme, que ce n’est pas bien et que je rate plein de choses.
    Mais c’est le seul moyen que j’ai pour l’instant trouvé, et malgré ce que j’ai écrit, une carapace, on ne choisi pas vraiment de s’en construire une en fait. Ca arrive mais on ne le choisi pas forcément, on peut simplement en faire le constat.

  • Je n’ai rien vécu de semblable, je ne peux donc évidemment pas me mettre à ta place.

    Ton histoire est très touchante, bien triste bien sûr et je comprends parfaitement que tu aies créée cette carapace pour te protéger… ça me semble même vital… mais j’espère, comme tu le laisses entendre, que cette carapace va un jour tomber pour laisser place au émotions car j’imagine que plus on les garde en soi, et plus elles éclateront un jour et ça risque de faire mal…

    Comme le dis NC, il faut que tu vives ta vie, tes joies, tes peines, le bonheur est aussi pour toi.

  • peut-être que le dire, c’est aussi signifier qu’elle est un peu lourde… et que tu échangerais bien ton armure de chevalière, lourde et rigide, contre une cotte de maille plus souple et plus légère… Ou contre un bouclier, plus maniable.
    Quand on commence à faire le constat de quelque chose de difficile, c’est souvent qu’il est temps de changer… En tout cas, d’y réfléchir.

    Miss Lili, tortue devenue porteuse de parapluie.

  • Je t’envie un peu moi c’est l’inverse, je n’ai aucune protection, je me prends toujours tout en pleine poire.

  • avec carapace ou sans, le problème reste le même plum; on prend tout en pleine gueule… La carapace permet de donner l’illusion aux autres de ne pas sentir, c’est tout.

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