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Superfreaks

 Comment une histoire banale d’adultère peut devenir une profonde réflexion sur l’intolérance, la beauté et l’acceptation de soi ? C’est assez simple. Placez une communauté raillée, spoliée, sujette aux moqueries et à l’ire populaire dans une société plongée dans un mal-être profond, sans repère, bourrée de préjugés et pour la plupart non-scolarisée. La communauté freak au coeur de l’Amérique profonde après le Krach boursier de 1929, par exemple. Donc le film “Freaks” de Tod Browning.

SuperfreaksHans, lilliputien, quitte Frieda, sa fiancée, elle aussi, lilliputienne, pour Cléopâtre, belle et séduisante trapéziste. Mais tout prend une tournure différente quand on s’aperçoit que Cléopâtre n’en a qu’après la fortune de Hans et qu’elle projette de l’assassiner avec l’aide de son amant, Hercule, l’homme fort. L’histoire est plus que banale, par contre la forme… Il fallait l’oser en 1932. Tourner une histoire d’amour, dans un cirque, entre quelqu’un de “normal” et un freak. Qui plus est un “vrai” freak. Pas un de cinéma, un truqué. Non. Un vrai de vrai. Même plusieurs. Et c’est là qu’est le vrai sujet.

L’acceptation de l’autre et de soi, de sa condition. Car les freaks (mot anglais pour monstres) sont considérés comme bien plus inférieurs aux carnies (forains). Vu comme de pauvres hères bêtes que la nature a fait de trop. Des curiosités tout au plus. Et l’on paie pour s’en moquer. Mais l’on paie surtout pour se consoler de ce que l’on est. De sa condition. Pour se dire qu’on a pas encore touché le fond. Qu’on ne le touchera pas autant qu’eux. Espérer d’êtres désespérés. Et comme toujours dans ces cas-là, la loi du Tallion prévaut. Oeil pour oeil, dent pour dent. Encore plus, chez les freaks. Ceux-ci forment une vraie communauté insoupçonnée. Soudée aux malheurs et aux préjugés. Malheur à qui cause du tort à l’un d’entre eux car vous subissez alors le courroux de tous.

Tod Browning nous livre ici un film plein de ressentis. Un monde qu’il a côtoyé dans sa jeunesse de bonimenteur. Un monde qu’il connaît. Qu’il veut plus humain. Conspué à sa sortie, il est devenu, au fil des décennies, un incontournable du genre. Une fable pleine d’enseignements bien vite oubliés… Tod Browning qui subira le même sort que son “Freaks”. Sujet aux moqueries, il quittera Hollywood et finira ivrogne, mourra dans l’anonymat le plus complet. Enterré comme indigent.

Alors osez “Freaks”. Même si la morale vous passe au-dessus, le film garde une vraie histoire à rebondissements. Un vrai thriller dans un univers irréel traité sans complexes et sans détours. Des freaks mis à nu face à l’objectif. Exhibant fièrement sur la toile ce que tous se refusent à voir. Des êtres humains. Tout aussi tortueux et torturés. Des acteurs exeptionnels. Justes, crédibles, crevant l’écran. Vrais. Un Tod Browning génial. Réalisant un sans faute. Une forme interpellante avec un fond poussant à la réflexion. Une réflexion toujours d’actualité qui confère à ce film un caractère fort et une portée internationale qui ne s’est pas estompée au fil des années. On en sort troublé. Fasciné. Atristé aussi. Mais surtout coupable.

Bref, un chef d’oeuvre.

PS: Dispo dans toutes les bonnes médiathèques.

4 Responses to “Superfreaks”

  • Avatar of Lu.
    Lu.

    je l’ai vu il y a des années. c’est un excellent film.l’histoire, terrible, donne à réfléchir sur la différence, notre rapport à notre propre image, à notre égo, à la vision que nous avons des autres…bref, impossible que ce film laisse quelqu’un indifférent.

  • Merci pour cet article, ce film est un véritable bijou, un chef d’oeuvre. dans la même veine il y a aussi le elephant man de lynch, incroyable film.

  • moi aussi j’aime beaucoup ce film “valeur absolue” de l’humain, de sa définition… Il échappe à la forme, il va jusqu’au fond, vers la différence, contre l’uniformité. Il adopte la monstruosité comme on vit avec ses propres défaut, comme on passe la ligne marginaux :) Des gens normaux et aussi des Dorian Gray.
    Plus fort, plus engagé que Lynch ou Burton malgré tout le respect que je leur porte, … because they “make up”. Browning, c’est cru.

  • Salut des Filles!
    Mon Francais est horrible…Is there anybody able to communicate in english?
    help me, please!!!
    this site is soooo cute!
    so, is it bout to make friends? adding friends?
    thanks for help!

    bisous, nadine

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