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Une connasse de parisienne

Ou “le jour où je suis devenue parisienne”…C’était il y a pas longtemps. A peine une dizaine de jours. Pour la première fois, dans les yeux de la vendeuse du Beauty Success du Leclerc de Granville, j’ai su que j’étais passée du côté obscur de la force.

La veille, ma maman s’était extasiée sur ma pose de vernis aux pieds et je voulais lui faire une petite trousse composée de mes produits favoris. Direction donc, le Beauty Success de Granville. Je ne m’attends pas à une offre gigantesque, j’ai bien conscience qu’on est à Granville, donc pas la ville armée jusqu’aux dents de fashionistas déchaînées. Et je m’en fiche en plus: c’est aussi pour ça que j’adore cet endroit. Bref. J’entre. Je cherche par-ci, par-là mes deux, trois accessoires. Rien. Pas grave, je demande. Rien de bien méchant : un spray sèche vernis. Il n’y en a pas ici mais la vendeuse, à l’amabilité professionnelle (c’est à dire avec un balai dans…), me signale que je vais en trouver dans tel magasin, en ville. Parfait. Je continue mes recherches. Cette fois, le Rouge Noir de Chanel. Je reviens vers elle pour lui demander de m’en sortir un. Cette fois, son regard est moins avenant. Je ne sais pas ce que j’ai dit (ou pas). Bon. Manifestement, elle ne voit pas de quoi je parle. Je reformule: “je voudrais le Rouge noir de Chanel”. Toujours pas compris. Je précise: “le vernis”. Ahhhhhh. Bon, j’aurais dû être plus claire. Mea culpa, pas de souci. Elle farfouille deux minutes. Il n’y en a plus. Ok, je comprends, c’est les vacances, les nouveaux produits ne sont pas arrivés !

Je continue mes recherches (en notant au passage que ça se complique légèrement, niveau cadeau : je voulais offrir une trousse bien remplie à ma mère, je suis sur le point de revenir avec un durcisseur Bourjois. LE cadeau glamour). Un top coat, c’est le truc indispensable. Tellement indispensable qu’apperamment le monde s’est jeté dessus: il n’y en a plus non plus. Mais j’ai peut-être mal vu, je redemande la vendeuse. Cette fois, c’est officiel, elle ne peut plus m’encadrer. Qu’ai-je fait? Aucune idée. Elle se dirige vers le nuancier Chanel et me tend un Base Coat. Je lui dit que non, ce que je cherche, c’est un Top Coat. Comme elle ne réagit pas, je traduit : “un top coat… pour protéger le vernis, ça c’est pour protéger… l’ongle”. Et là, franche hostilité. La vendeuse me toise de toute sa hauteur pour m’expliquer, en gros que je ne suis qu’une sombre gourde et que c’est le nouveau vernis de Chanel qui vient juste de sortir. J’ai envie de rétorquer “Et que si, si, c’est un Top coat, sauf qu’il s’appelle Base coat pour nous faire tromper, parce que c’est bien connu, ils sont très taquins, chez Chanel. Karl, lui-même, est un vrai boute-en-train.”. Cette fois, j’ai compris, ce qu’elle veut, surtout, c’est que je me tire de sa boutique. Ce que je fais prestement, mais sans me départir de mon “au revoir madame, merci” poli et souriant. Auquel elle ne prend même pas la peine de répondre.

Normalement, je me dirais “bof, une vendeuse pas aimable dans une boutique, ça n’a rien d’extraordinaire”. Sauf que l’expérience s’est répétée plusieurs fois, durant ces dix jours de vacances. Une fois, la vendeuse n’a même pas daigné répondre à mon salut. Comme je suis têtue et que je ne me démonte pas devant l’hostilité des vendeurs, j’insiste: en gros, plus ils font la gueule, plus je leur souris. Je demande deux, trois trucs et bon an mal an, la conversation s’engage. Et ça ne manque pas: au bout de 5 minutes, elle a compris que j’étais d’ici. Que j’avais barboté, comme elle, dans l’eau verdâtre du bassin du CRNG quand j’étais petite, pêché des praires à une époque où c’était encore autorisé, vu des hippocampes dans les mares, les jours de grande marée et construit un bon millier de châteaux de sable sur la plage de Saint Martin de Bréhal. Que j’étais, une fille du coin expatriée, quoi. Et en quelques minutes, comme par magie, j’ai récupéré mon capital sympathie.

Alors j’ai compris: Je suis parisienne. Et ça se voit.

Comment? Pas la moindre idée. Je ne suis pas spécialement une fashionista forcenée mais j’imagine que mon allure poufina (Vuitton/talons/short taille haute) à quelque choses à voir là-dedans, tout de même car je ne vois rien d’autre (je suis polie et on ne risque pas de me reprocher ma conduite hystérique: j’ai même pas le permis). En tout cas, pour la première fois, j’ai compris que j’étais devenue une étrangère aux yeux de ceux de mon pays. Une “connasse de parisienne”, pour être tout à fait claire.

5 Responses to “Une connasse de parisienne”

  • Excellent!!!!!!!!
    Suis pas parisienne mais je me rends souvent à la Kâpitale et c’est vrai que je fais toujours un effort vestimentaire supplémentaire mais pour moi c’est un plaisir.
    Aujourd’hui j’habite dans une ville et de ce fait, dans ma famille, on me traite de citadine (alors que je suis plutôt de la montagne où j’ai passé les 18 premières années de ma vie) et ça m’énerve au plus haut point!!!! C’est pas parce que dans ma vie de tous les jours je ne porte pas du queshua mais plutôt des talons et de jolies jupes que je ne sais pas être simple aussi!!!
    Et puis je continue encore à crier après les “parigots tête de veaux” quand ils envahissent nos pistes de ski… ih ih ih! Si c’est pas mes origines ça!!!

  • Lol moi les “parigots têtes de veaux” je les crie dès que je vois un parisien en voiture lol, petite vengeance de mon dernier séjour à Paris avec ma soeur que les automobilistes du coin nous ont quelque peu gâché par leur intolérance…

    C’est marrant parce qu’on pourrait aussi écrire l’article inverse : on repère souvent les non-parisiens dans la capitale. Je dirais donc que oui, le look parisien existe, enfin je pense ;-)

  • J’ai passé ma petite enfance à la campagne avant de vivre à Paris. Trop jeune pour me faire traîter de bouseuse heureusement mais à chaque retour dans ma terre natale, je sentais comme un grand décalage entre mes copines et moi. L’adolescence a été la pire période, et pourtant, je suis restée la même. J’ai juste perdu mon accent. Impardonnable sans doute…

    Maintenant j’habite dans une autre grande ville et ça passe très bien, d’autant que je suis une des plus mal fagotée de Bordeaux. Les filles sont très branchées ici! d’ailleurs, dans les boutiques un peu “chic”, j’ai le droit à un accueil mesquin, comme si les vendeuses sentaient que je m’étais trompée d’endroit!

  • je crois que tout ça n’a rien à voir avec le fait d’être parisienne…parce que tu peux être du coin, et en savoir plus que la vendeuse, et ça énerve.

    Je me souviens avoir fait les boutiques à Paris et avoir eu un accueil beaucoup plus agréable, et pas ressenti comme ” bonjour Melle la provinciale”…au contraire, je trouve les gens supers sympas!

    Par contre, dans des boutiques chez moi, on va pas me calculer parce que je suis jeune ( j’en ai parlé dans un de mes articles déjà) et que les vendeuses imaginent pas que j’ai les moyens, alors elles s’occupent des jeunes filles avec leurs mamans.
    Et je me souviens que dans un BS, j’ai demandé à voir le fond de teint poudre minérale de chez Dior…elle ne savait pas ce que c’était, et m’a amené vers la marque L’oréal…
    Je l’ai mal pris, vraiment…après tout ça me rassure, je m’y connais plus que ces filles qui prétendent bosser dans l’esthétique!

    Du coup je l’ai mon fond de teint Dior, parce que Mon esthéticienne est au top ;) et qu’elle me l’a fait essayer avant que je l’achète!

    Alors tu vois…je pense que l’a énervée parce que tu l’as confronté à ses manques dans son taf tout simplement.

  • Et j’avais foutu la honte à ma cousine dans un sephora à Bordeaux, où j’ai été trés désagréable avec une petite fille qui devait avoir eu son cap il y a deux mois, et qui tentait de refourguer un truc à 40 euros à ma chère cousine, qui disait oui oui jusqu’à ce que j’arrive pour lui dire que d’une, le produit n’est pas celui là pour son pb, et d’autre part, qu’acheter ça plus le pinceau qui perdrait ses poils dès l’aplication pas top….parce qu’il y des correcteurs avec pinceau intégré….

    ça lui a pas plu à la dame :p

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