Histoires

Comme une coquille vide

Le vent soufflait comme à son habitude sur le port où nous avions l’habitude de se retrouver. Malgré les nombreuses personnes présentes ce jour-là, je t’avais tout de suite repéré. Tu eus un petit sourire, ce fut comme si tu n’étais jamais parti, comme si la souffrance n’avait jamais remplacé le bonheur.

Toi, mon phare, qui m’as laissée seule, avec un énorme trou en moi, tu as l’air d’avoir tellement changé. Le sourire inébranlable sur tes lèvres, qui faisait battre mon coeur, n’est plus. Le regard pétillant dans tes yeux, qui remplissait mon âme d’allégresse, a disparu. Tu me scrutes tel un homme voyant un fantôme. Je le sais, j’ai senti le sang de mon visage refluer.

En pensant à ce gâchis, les larmes me montèrent aux yeux, une douleur familière me traversa la poitrine de part en part. Comme toujours, tu devinas ce qu’il se passait en moi. Tu te précipitas vers moi, tu me pris dans tes bras réconfortants.

Toi, ma lumière, que j’ai dû quitter à contrecœur, l’innocence sur ton visage semble avoir disparu. Une dureté dans ton regard a remplacé la douceur qui me rendait si heureux. Ta joie de vivre invétérée parait avoir déserté, comme si tu étais entourée d’un brouillard épais. Je le comprends, je me sens comme une coquille vide, sans toi. 

Nous restâmes longtemps ainsi. Les passants nous jetaient des regards surpris, certains inquiets. Compréhensible. Deux personnes, un homme, une femme, les larmes coulant sur leurs joues, s’agrippant l’un à l’autre comme à une bouée de sauvetage. Deux personnes âgés d’une soixantaine d’années…

Voilà ce qu’il se passe lorsque deux personnes s’aimant ne communiquent pas. Nous nous sommes quittés pour vivre la vie que nous devions avoir. Notre rencontre était un accident. Le jour où nous nous sommes rencontrés, nous devions être tous deux ailleurs, dans des villes différentes, dans des pays différents. L’un en Italie, l’autre en France. Par une coïncidence, nous avions fait connaissance. Dès cet instant, nous avions senti le lien qui nous unissait, une complicité comme jamais ressentie auparavant.

Toutes ces années, nous n’avions pas pu nous oublier. Nous avions vécu une vie remplie. Chacun de notre côté, nous avions eu des enfants, des petits-enfants. Nous nous sommes mariés à une personne différente de l’autre. Nous ne regrettons rien, rien du tout. Mais nous avons attendu depuis tellement d’années ce moment que nous ne voulions pas qu’il se termine. Au contraire, nous étions déterminés à ce que jamais nous ne soyons à nouveau séparés. Dorénavant, nous vivrons ensemble, entre l’Italie et la France, les années qu’il nous reste à vivre. Rien ne peut nous en empêcher, nos conjoints ne sont plus de ce monde, nos enfants nous ont donné leur bénédiction.

À présent, nous nous dirigeons vers l’église, afin de nous unir pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare…

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