Humeurs

Les “toi” parisiens

Cet article a été écrit dans le cadre de la Journée Spéciale “Ça déménage !” du 9 février 2017

“J’ai bouclé mes bagages, car je pars aujourd’hui, j’aime te regarder quand tu dors, je n’ose pas te réveiller pour te dire au revoir.. Souris-moi, embrasse-moi, jure-moi que tu seras toujours là, serre-moi dans tes bras comme pour me retenir…L’avion est prêt à partir, j’sais pas si j’pourrais jamais revenir..”

C’est comme ça, j’ai claqué la porte de cet espace qui a vu naître notre amour, grandir nos vies, ce nid qui a connu la dépression, l’angoisse, la guérison…

Perché sous les toits parisiens, cette banquise l’hiver et ce four l’été, tout ce blanc, toutes ces poutres, ces plafonds trop bas pour toi, c’était comme une malle d’or qui nous contenait ensemble.

Rooftops Eiffel Tower from Montmartre

Dans cet appartement qui a porté mes rêves, mes espoirs, dans lequel j’ai songé mille fois aux destinations d’ailleurs, dans cet appartement plein de nous, de cris, de larmes, de joies, de rires et de folie, sur ce parquet qui a craqué mille fois de nos danses, de nos pas, de la flamme qu’on tenait au bout des doigts, et de notre amour par terre, parfois.

J’ai vidé ces combles dans des cartons par dizaines, d’affaires qui traînent désormais dans un garage de province. J’ai rempli deux valises d’affaires légères, sans pull, sans moufles ni manteaux. J’ai trié, jeté, donné, troqué, tous ces souvenirs que j’avais accumulé de mes vies d’étudiante, d’amoureuse, de célibataire, de voyageuse…

C’est dans deux valises qu’a tenu ma vie, le temps d’un passage éclair dans un nouveau chez toi qui ne sera jamais à nous. Dans deux valises, j’ai déposé mes doutes, mes questions, mes aventures, mon passeport et mes trésors.

Je t’ai laissé le plus précieux dans une boîte, et je me suis envolée. 

À 10 000 kilomètres de là, qui aurait cru que Paris me manquerait à ce point ? Qui aurait cru que ce monde de détails que nous avions créé ne saurait jamais prendre sa place au soleil ? Qui aurait cru qu’il nous faudrait seulement quelques mois pour nous déchirer, nous épuiser dans la tristesse, la rancœur et la peine ? Qui aurait cru qu’il nous faudrait pile cent jours pour que tout claque, pour que tout parte, juste cent jours pour tout mettre sur pause, comme si rien ne comptait plus.

J’ai emménagé à 10 000 kilomètres de toi, et mon cœur étranglé, étouffé arrêta de t’aimer si fort, de t’aimer sans limite, sans raison, sans remords.

Et là, sous les palmiers où j’ai défait mes bagages, le plus grand pas en avant que toute ma vie a porté, là sur le sable où ma vie prend son sens, j’efface ton nom, j’efface le vide immense créé par la distance.

Photo © Jorge Royan via Wikimedia Commons

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