Humeurs

Revue cinématographique et musicale #7 : les moments de grâce musicaux dans les films

Ca doit bien faire un an que je ne suis pas allée au cinéma et ça se ressent. Je limite mes rapports cinématographiques au Fossoyeur de Films, à Karim Debbache et aux rares DVD qui traînent à la maison. Autrement dit, c’est pas folichon tout ça. Malgré tout, j’aimerais parler des moments de grâce dans le cinéma qui implique qu’on y joue de la musique.

Car même au cinéma, il arrive que la rencontre entre deux personnages, la découverte de soi, l’évolution du personnage, l’amour, la mort, passe par la pratique d’un ou plusieurs instruments. Moi l’économe en mots à l’oral ne peut que valider qu’on puisse faire communiquer les personnages autrement qu’avec des paroles. Et quand le message s’intègre parfaitement dans le déroulé du film, je suis en extase.

Voici 4 vrais moments de kif musical dans les films.

1 – Délivrance (John Boorman, 1972)

Pitch Allociné : Quatre Américains de classe moyenne, Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger décident de consacrer leur week-end à la descente en canöe d’une impétueuse rivière située au nord de la Géorgie. Ils envisagent cette expédition comme un dernier hommage à une nature sauvage et condamnée par la construction d’un futur barrage. Mais les dangers qu’ils affronteront ne proviendront pas uniquement des flots tumultueux de la rivière…

Morceau interprété : une réécriture de Feudin Banjos (Arthur Smith & Don Reno, 1955) renommé pour le coup Dueling Banjos.

Il faut savoir que ce morceau a été réécrit par Eric Weissberg et Steve Mandell pour le film sans demander l’autorisation d’Arthur Smith, qui en a donc profité pour amasser pas mal de thunes au passage.

Pourquoi c’est fort : c’est pour moi l’archétype de la belle rencontre entre deux humains qui sont censés ne pas se comprendre. Le personnage de Drew Ballinger (Ronny Cox qui signe là l’un de ses premiers rôles majeurs), businessman de la ville, sent quelque chose se réaliser lorsque le petit Lonny (Billy Redden, qui contrairement à ce que l’on pense, n’est pas plus handicapé que vous et moi, il a juste la gueule de travers) sort de sa réserve et montre son banjo. Je trouve que ça regroupe à la fois l’allégorie de la rencontre amoureuse et de l’apprentissage scolaire tel qu’il devrait se dérouler.


2 – Tous les matins du monde (Alain Corneau, 1991)

Pitch Allociné : A la fin de sa vie, Marin Marais, prestigieux violiste de Louis XIV, se souvient de son apprentissage avec Monsieur de Sainte Colombe, grand maître de la viole de gambe. Professeur austère et intransigeant, ce dernier ne va pas de main morte avec son jeune élève ainsi que ses deux filles. Suite au décès de sa femme, le virtuose a recherché en vain une perfection absolue dans son art, possède son apprenti.

Morceau interprété : Improvisation sur les Folies d’Espagne (Marin Marais, 1701)

A l’origine, la folia ou Folie d’Espagne est une danse apparue vraisemblablement au XVe siècle au Portugal, avant de s’étendre à l’Espagne et à l’Italie. Beaucoup de compositeurs se sont ensuite attelés à en créer des variations. Dans l’extrait diffusé, Marin Marais (joué par Guillaume Depardieu) décide de convaincre le maître de viole Monsieur de Sainte-Colombe (interprété par Jean-Pierre Marielle) en interprétant son improvisation.

Pourquoi c’est classe : Parce que Tous les matins du monde tel que raconté par Pascal Quignard en mots et Alain Corneau en images est une œuvre globale qui met en relation les compositions de Marin Marais avec son état d’esprit à chaque étape de sa vie. On voit ici tout le compositeur dans toute sa jeunesse et toute son insolence, qui préfère improviser sur un air pour prouver son talent face à la force tranquille et désabusée du maître qui en a vu d’autres.


3 – Whiplash (Damien Chazelle, 2014)

Pitch Allociné : Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…

Morceau interprété : Caravan (Juan Tizol/Irving Mills/Duke Ellington, 1936)

Ce standard du jazz fait partie des gammes imposées à n’importe quel musicien du genre, notamment aux pianistes – je renvoie à certaines interprétations par Antoine Hervé ou Michel Petrucciani. Dans certaines versions englobant un orchestre élargi, il est courant d’inclure un solo de batterie assez épique, d’où le choix de Damien Chazelle de conclure son film par ce thème.

Pourquoi c’est puissant : Parce qu’on voit le personnage d’Andrew (Miles Teller, qui a quand même une certaine pratique musicale derrière lui et a interprété 70% des passages à la batterie lui-même) arriver à la condition d’homme et d’artiste dans toute sa dimension émotionnelle. Ce solo final montre toute la souffrance et toute la détermination qui lui a fallu pour en arriver là, quitte à en devenir sourd au monde qui l’entoure. C’est mindfuck, c’est osé, c’est parfait.


4 – Sailor et Lula (David Lynch, 1990)

Pitch Allociné : Sailor et Lula, deux jeunes amoureux, fuient Marietta, la mère de la jeune fille qui s’oppose à leurs amours, ainsi que toute une série de personnages dangereux et mystérieux qui les menacent. L’amour triomphera-t-il de la violence qui les entoure ?

Morceau interprété : Love Me Tender (Elvis Presley, 1956)

Le personnage de Sailor Ripley (Nicholas Cage) étant un passionné d’Elvis, il décrète qu’il ne chanterait cette chanson qu’à sa femme. C’est ce qu’il fait à la fin du film, lorsqu’il retrouve Lula dans un embouteillage après être sorti de prison. Pour la petite info, le titre est réellement interprété par Nicholas Cage pour le film.

Pourquoi c’est beau : parce que c’est mieux qu’High School Musical en termes de passage gnangnan. Normal, c’est du David Lynch.


À bientôt pour de nouvelles aventures cinématographiques et musicales.

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