Coeur

Par amour pour moi ?

NDLR : Trigger Warning – Cet article traite de violences conjugales.

Tout a commencé par une histoire d’amour passionnelle… Deux mois d’amour, simples, doux. Tout était beau, tout était facile, nos étreintes passionnées, certaines plus violentes que d’autres… Mais il voulait me montrer une façon différente de faire l’amour. Moi, je voulais apprendre.

Il m’avait promis d’être soft, promis que jamais il ne me ferait le moindre mal, j’étais sa princesse…

2344359052_fd3897e1d5_oJ’étais en internat ; nos weekends passés ensemble étaient trop courts, ses larmes chaque dimanche me brisaient le cœur. La semaine, je passais mes nuits (de 17h à 1 heure du matin) au téléphone avec lui. Il voulait que l’on ne soit pas séparés, il voulait m’entendre respirer, même si nous étions fatigués et que nous n’avions plus rien à nous dire… Il ne fallait PAS raccrocher. C’est là que les soucis ont commencé.

Un souci de réseau, la communication qui se coupe ; pour lui, forcément, cela signifiait qu’un homme m’avait rejoint dans ma chambre, que je ne l’aimais plus. Puis il me rassurait, redevenait tendre, aussi mes doutes disparaissaient ; il me prenait dans ses bras, me disait que s’il réagissait comme ça, c’est parce qu’il n’avait jamais connu un amour aussi fort que celui-là.

Quand mon internat est arrivé à sa fin, il m’a proposé de vivre avec lui. J’ai accepté au bout d’un mois, pensant que ça calmerait sa jalousie. Peu à peu, ma vie ne tournait plus qu’autour de lui. Si je sortais, c’était avec lui ; si j’allais au boulot, je devais lui tenir un journal de bord bien précis : j’entre dans la bouche du métro, je prends le train, je descends du train, je suis arrivée….Si par malheur je loupais une étape, un message, je recevais très vite des messages menaçants.

Ma vie était sous son contrôle mais je ne me posais pas de question : il avait toujours de bons arguments, de bonnes réponses à chacune de mes questions. Il savait convaincre les gens. Je l’ai vu réussir à manipuler tellement de personnes… Il avait ce don, ce quelque chose qui fait que l’on avait peur de lui dire non, peur de sa réaction.

Puis le niveau de surveillance a augmenté : il avait libre accès à mon téléphone, envoyait des messages à mes amis, leur demandait de m’oublier, de ne plus m’envoyer de messages. Puis il me parlait d’eux, me disait qu’ils avaient une mauvaise influence sur moi, qu’ils me montaient contre lui.

J’avais peur, j’étais amoureuse ; j’ai fermé les yeux. À chaque étape, je me disais qu’il était stressé par sa situation professionnelle, qu’il n’était pas tout à fait sûr de mes sentiments pour lui, alors, à chaque fois, je me disais : “Tu peux bien faire ça, vu l’amour qu’il te porte, ce n’est pas cher payé.” C’était tellement beau, tellement fort ; nous étions si bien… quand nous étions dans un bon jour.

Notre première grosse dispute a eu lieu suite à un jour où je lui avais trop dit “Je t’aime”. Je lui avais trop dit ce jour-là, il trouvait mon comportement bizarre ; pour lui, je l’avais obligatoirement trahi. Je n’ai jamais eu aussi peur que ce jour-là : ses menaces envers moi et mon neveu ont volé. Si je l’avais trahi, il aurait brisé les genoux de cet enfant de trois ans (à l’époque), afin que je ne puisse pas me remettre de cette trahison.

Ensuite, il y a eu les coups de poing dans les murs, les meubles qui ont valsé, moi, dans cette tempête que j’avais déclenchée…

J’essayais de le rassurer, de lui dire que je l’aimais, qu’il ne devait pas avoir peur, que j’étais là, que je ne partirais pas. Il s’est approché de moi, la haine dans les yeux, m’a saisie violemment. “Le jour où tu lèves sur la main sur moi, je me tire sans autre forme de procès”. Il s’est écroulé en larmes dans mes bras, m’a demandé pardon, et j’ai accepté. On s’est câlinés toute la nuit, pour être encore plus soudés que la veille.

Il s’est acheté une puce et un téléphone, s’est fait passer pour un de mes amis pendant des semaines pour finir par me proposer un rendez-vous et plus si affinités. Malgré le fait que j’ai envoyé paître ce faux interlocuteur, il m’a hurlé dessus en me disant que je lui mentais, que je l’avais trahi. Une nouvelle fois, je l’ai rassuré, pris dans mes bras, et au bout de plusieurs heures, c’était passé.  Il y a eu aussi les logiciels espions sur mon téléphone puis sur mon ordinateur, le tracker installé sur ma voiture… tout ça en cachette, évidemment. Ma vie c’était lui, ma grand-mère, mon boulot.

Je n’avais personne à qui me confier, j’avais honte : moi, cette fille souriante, forte, indépendante ; un exemple pour certaines. En fait, j’étais devenue une fille qui ne faisait plus rien sans autorisation, enfermée dans son propre appartement quand monsieur voulait sortir seul.

Une après-midi, nous nous promenions main dans la main, et j’ai eu le malheur de croiser le regard d’un jeune homme qui m’a souri. Par réflexe, par politesse aussi, j’ai répondu à son sourire. Lui m’a poussée, m’a hurlé dessus, me disant qu’il avait tout vu, qu’il avait compris que je couchais avec lui, voulant se jeter sur cet homme. Je ne sais plus par quel miracle j’ai réussi à l’en dissuader. Je me suis dit que j’avais réussi à le calmer ; ses proches eux-mêmes me le disaient : “Depuis qu’il est avec toi, il sourit, il s’est adouci ; avant, personne ne pouvait lui parler.”

J’ai cru que je pouvais le rassurer, faire du grand méchant loup un vrai prince charmant. Le prince charmant que j’avais connu au début de notre relation.

S’il avait été comme ça au début, c’est que ce n’était pas impossible ! Pendant quatre ans, j’ai cru en cet espoir avec force.

J’ai accepté des semaines et des semaines de cauchemar rien que pour une après-midi de bonheur. Il m’aimait trop et c’est ce qui a pourri notre relation. Avant, jamais je n’aurais cru qu’il était possible qu’on puisse aimer “trop”. Je suis restée, car j’avais peur de ce qu’il pouvait faire. Je savais que partir était plus risqué que de rester car au moins, en restant, je pouvais l’avoir à l’œil…

(cc) gianluca

2 Responses to “Par amour pour moi ?”

  • Bonjour Manon. Je publie ton article avec beaucoup, beaucoup de retard, mais sa lecture m’a frappée de plein fouet. Si je publie ton histoire, c’est parce que j’ai la sensation que trop de femmes – et d’hommes d’ailleurs, même si dans une moindre mesure – sont dans ta situation, en incapacité de voir que ce qu’elles appellent leur histoire d’amour n’en est pas une. En tout cas, rien ne vaut que tu sois fliquée, violentée, manipulée, séquestrée, et surtout pas le fait d’être amoureuse, en principe. Si c’est le cas, c’est que ça n’est pas de l’amour.

    J’espère que tu as trouvé le courage de le quitter, et je te souhaite très sincèrement d’être heureuse, libre. Donne-nous de tes nouvelles !

  • C’est un texte magnifique et puissant. Malheureusement triste aussi.
    Merci de l’avoir écris.

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