Humeurs

10 morceaux de musique classique pour Noël (mais pas que)

C’est la période de Noël et ce que j’aime par-dessus tout, outre le fait de voir ma mère se transformer en gamine émerveillée en mettant sa déco, c’est d’entendre la musique adéquate. Mais qu’est-ce que j’appelle la musique adéquate ?

Le cocktail détonnant qui consiste en trois ingrédients :

- Les Christmas Carols traditionnels repris d’une manière pas trop kitsch (ils peuvent aussi être français ou allemands, je ne suis pas sectaire)

- Un peu de jazz américain qui parle des vacances de Noël (Christmas with Dino über alles)

- Et évidemment une bonne pincée de musique classique, pour lier toute les générations.

Dans cette perspective, le Mari, toujours prompt à me vriller le cerveau par ses découvertes musicales, m’a proposé en guise de prolégomènes une version d’Il est né le divin enfant par Siouxsie and the Banshees, avec Robert Smith en guest aux cymbales. Oui, maggle.

Charming, isn’t it ?

Je vais donc aujourd’hui vous parler de dix morceaux de musique classique que j’aime particulièrement écouter, puisque la période m’y invite. Les animations musicales dans les rues de Paris, la perspective du concert du Nouvel An à Vienne (qui fait des cartons de diffusion sur Arte), bref, il n’y a que la musique classique (et Tino Rossi) pour resserrer les liens musicaux dans ma famille. Voici donc dix morceaux de musique classique qui poutrent et qui s’écoutent bien pour l’hiver.

Marc-Antoine Charpentier, Te Deum – Prélude (1688)

Alias un running gag pourri avec le Mari lorsqu’il réussit à vendre ne serait-ce qu’un seul de ses ouvrages, mais aussi l’hymne officiel de l’Eurovision. Le Mari rajoute : “J’aime bien, il est très Louis-Quatorzien dans l’art”. Et il ne dit pas ça en l’air, le fumier : si la composition de l’œuvre complète s’est étalée de 1688 à 1698, ce Te Deum baroque a retenti en 1692 lors de la victoire de Steinkerque et en 1696 lors de la conclusion du traité de Turin. Oui, on savait s’enjailler à l’époque.

Giuseppe Verdi, Aïda – Marche Triomphale (1871)

Outre le fait que cet opéra soit une commande du khedive d’Egypte de l’époque pour l’inauguration du canal de Suez et que Guiseppe Verdi ait fait appel à l’égyptologue Auguste Mariette pour l’aider sur la scénographie, on retrouve ici tout ce que l’Italie faisait de plus grandiloquent et pompier au XIXe siècle : des trompettes de fou furieux, un stade de foot en guise de choristes…

Mais surtout, cette Marche Triomphale  – ou Marche des Trompettes, telle qu’elle est présentée dans le second tableau du deuxième acte – a surtout été pour moi la bande-son d’une chorégraphie très pompeuse dans un spectacle son et lumière qui s’est tenu durant plusieurs années dans mon village d’origine. Pour la petite histoire : Giuseppe Verdi n’a pas voulu assister à la première d’Aïda au Caire le 24 décembre 1871, car ça le gonflait que son opéra soit joué devant une ambiance mondaine plus que populaire. Il a préféré préparer de son côté la tenue de l’opéra à Milan pour février 1872.

Modeste Moussorgski, Tableaux d’une exposition – La grande porte de Kiev (1874)

En hommage à son ami, le peintre Victor Hartmann, décédé en 1873 d’une rupture d’anévrisme à l’âge de 39 ans, Modeste Moussorgski a décidé de prêter ses œuvres personnelles à l’exposition des œuvres de ce peintre à Saint-Petersbourg entre février et mars 1874. Bouleversé, il décide donc d’écrire en six semaines une œuvre monumentale de seize morceaux, représentant dix tableaux et six promenades. La grande porte de Kiev est le dernier morceau de cette œuvre. A l’origine, ce ne sont que des compositions pour piano. Après la mort précoce du compositeur à 42 ans, en 1881 – ruiné et alcoolique.

Tableaux d’une exposition connut plusieurs adaptations symphoniques, dont celle de Maurice Ravel en 1922 qui est aujourd’hui la plus jouée par les orchestres.

Clément Jaquenin, La Guerre ou la Bataille de Marignan (1555)

L’ecclésiastique, qui gravit les échelons de choriste de la paroisse Notre-Dame de Châtellerault jusqu’à devenir compositeur ordinaire du roi Henri II en 1555, composa ainsi près de 250 chansons. J’ai découvert la chanson que je vous présente, qui fut inspirée de son expérience auprès de Louis de Ronsart (père du poète) durant ladite bataille, lors d’une session de La boîte à musique de Jean-François Zygel. Je suis séduite tant par la sonorité du vieux français qui m’est familier que par la volonté d’une restitution par des onomatopées de l’ambiance de la bataille.

Marin Marais, Le Badinage (1717)

J’ai découvert ce morceau assez tardif du compositeur sous l’égide de Jordi Savall, directeur musical du biopic Tous les matins du monde (Alain Corneau, 1991, d’après Pascal Quignard). Tiré du livret Pièces à une et trois violes, quatrième livre, cette pièce de viole de gambe accompagnée au clavecin m’évoque à la fois la mélancolie qu’évoque l’éloignement de l’être aimé et la sensation – peut-être oubliée – du baiser échangé. Mais ce serait oublier la richesse qu’englobe toute l’œuvre de Marin Marais, qui a quand même composé près de 600 œuvres pour la viole de gambe.

Pietro Mascagni, Cavalleria Rusticana – Intermezzo (1890)

Cet opéra, qui raconte un duel sur fond d’amours déçus en Sicile, ne fait qu’un acte et ne dure qu’une heure dix minutes. L’intermezzo musical fait la jonction entre l’explication de la situation – Santuzza aime Turridu qui aime Lola qui est mariée à Alfio – et le dénouement – Alfio provoque Turridu en duel à la fin de la messe de Pâques et le tue. Le tout sur fond de pathos et de pleurs de femmes. Cet opéra est devenu populaire, d’une part par son évocation sous la plume de Proust et de Sartre, et d’autre part pour avoir servi de parallèle narratif dans le scénario du Parrain III (Francis Ford Coppola, 1990, d’après Mario Puzo).

Wolfgang Amedeus Mozart, Concerto pour clarinette K622 – Adagio (1791)

Autre morceau qui connut une popularité sans précédent grâce au cinéma – Out of Africa (Sydney Pollack, 1985), en l’occurrence – ce mouvement de concerto écrit quelques mois avant la mort du compositeur m’inspire ce qu’il y a de plus beau au monde : un lever de soleil sur mon lit et l’assurance que la journée va bien se dérouler. Un peu comme Le matin dans Peer Gynt d’Edvard Grieg, qui est devenu un cliché pour expliquer cette sensation. Vous voyez de quoi je parle ?

Le Mari, qui n’a jamais écouté de Mozart de sa vie, ni vu Out Of Africa, vient de me dire : “Tu sais quoi ? En écoutant ce morceau, je visualise un désert, une pampa… Ca me fait penser à du Ennio Morricone…” Je trouve cette réflexion intéressante, dans la mesure où l’inconscient collectif de 2015 peut créer des interactions culturelles tellement puissantes qu’elles surpassent la connaissance des objets culturels de départ.

Antonin Dvorak, Symphonie du Nouveau Monde – Allegro Con Fuoco (1893)

Cette symphonie du compositeur tchèque (1841-1904) a été écrite dans le contexte où il s’est retrouvé directeur du Conservatoire national de New-York (1892-1895). Si le Largo (2e mouvement) a été repris pour un cantique chanté aux enterrements et que l’Aadagio – Allegro molto (1er mouvement) a inspiré le B.B. Initials de Serge Gainsbourg, cet allegro con fuoco, 4e et dernier mouvement de la symphonie, est l’un des morceaux les plus repris dans l’audiovisuel. En effet, l’introduction a servi de générique à diverses émissions de télévisions et de radio.

Ludwig van Beethoven, Sonate n°17 pour piano « La Tempête » – Allegretto (1802)

Beethoven, en 1802, vient de découvrir sa surdité et n’a pas encore écrit sa symphonie n°3, dite Héroïque. S’il a pensé au suicide, la conscience de sa surdité l’a au contraire poussé à renouveler son motif d’écriture, le guidant vers la composition d’œuvres de plus en plus grandiloquentes. C’est le cas avec cette sonate n°17, surnommée dès le début La Tempête par les auditeurs, à qui Beethoven avait conseillé de lire La Tempête de William Shakespeare pour en saisir le sens.

Fernando Sor (Wolfgang Amedeus Mozart), Thèmes et variations sur “La Flute enchantée” (début XIXe siècle)

Nous en sommes au dixième morceau de la sélection, et je m’aperçois que j’ai mis deux morceaux de Mozart, mais aucun de Johannes Sebastian Bach. D’une part, l’étude au piano de ses œuvres et des œuvres de sa femme m’a particulièrement cassé les noix, et donc Bach représente un gros traumatisme. D’autre part, je n’ai pas pu choisir parmi ses œuvres pour luth/violoncelle transposées à la guitare une seule œuvre qui me fait plus kiffer l’une que l’autre.

Par conséquent, je vous présente une œuvre de mon compositeur de guitare classique préféré, à savoir Fernando Sor. Espagnol, il a fait carrière dans l’armée napoléonienne avant de faire le tour de l’Europe pour enseigner. Il est notamment connu pour ses « gammes » d’apprentissage de la guitare, mais aussi pour ses variations de La Flûte Enchantée qui ont été regroupées sous les opéra 9 et 19.

Si le kitsch des Christmas Carols version pop ou jazz vous gonflent à la longue, pensez au classique pour vous créer une bonne ambiance de Noël. De rien. Cordialement, bisous.

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