Humeurs

J’aimerais être une mauvaise mère

Si j’étais mère, j’aimerais être rock’n'roll. J’aimerais être frivole. Légère. Ou pas.

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J’aurais aimé être mère à 20 ans, savoir ce que ça fait, trop tard. J’aimerais être mère à 40 ans. J’aimerais être mère par hasard, tomber enceinte sans le vouloir. J’aimerais être prête, j’aimerais ne pas être prête.

J’aimerais faire des conneries. De jolies conneries. J’aimerais fumer pendant la grossesse, une ou deux cigarettes, un moment volé, cachée derrière un arbre, comme une gosse qui sait que c’est pas bien. Et dire merde. Ou alors boire un verre de vin, sous les regards effarés. J’aimerais que les mots des autres ne me fassent pas mal. Et leur dire que oui je sais ma mère est sage-femme. Et que non ça ne me dérange pas. Et que ça ne les regarde pas. Et que leur enfant, là, sous mon nez qui fait un caprice, ça, ça me dérange.

J’aimerais laisser mon bébé de 3 mois à son père, un jour, parce que j’en ai plein le dos, et partir danser, et rire, et oublier que je suis mère. Et avoir un mec qui me soutienne, oh ça oui j’aimerais, qui me mette dehors pour que j’aille danser. Me souvenir que je suis femme avant tout. Que je l’étais avant d’être mère. J’aimerais rester femme en premier.

Je n’aimerais pas être comme celles qui deviennent mère avant tout. Oh et puis j’aimerais ça peut être, quand même un peu. M’oublier pourquoi pas et oublier qu’il fut un temps, je possédais 40 rouges à lèvres et que j’hésitais 10 minutes avant de sortir. Et que ça, c’était ma vie. Y penser, sourire et me dégrafer le soutien-gorge.

J’aimerais être une mauvaise mère. Penser à moi. Tous les jours. Je ne sais pas si la société me le pardonnera. Mais j’aimerais me le pardonner à moi. La société je l’emmerde un tout petit peu. C’est plus facile d’être une mauvaise mère. Et puis c’est quoi une bonne mère ? Bien plus facile de faire les choses à l’envers. C’est ça, j’aimerais être à l’envers.

J’aimerais être sans-dessus-dessous. Qu’il y en ait de partout. Des lingettes, des bavoirs, des fringues, mes fringues, des biberons. Et trouver ça émouvant. J’aimerais bien ça des biberons peut-être. J’aimerais allaiter si je veux. J’aimerais donner le biberon si je veux. C’est moi qui décide.

J’aimerais oser raconter que l’accouchement, non décidément, ne me laisse pas un souvenir impérissable. Que non ça n’a pas été le plus beau jour de ma vie, parce que ce sera peut être le pire. J’aimerais laisser tous mes idéaux, mes principes, mes grandes idées sur tout et surtout sur l’éducation. J’aimerais ne pas écouter les grands principes des autres.

J’aimerais me faire confiance. Et me dire que je serai une fabuleuse imparfaite mère et que je ne pourrai pas faire autrement de toute façon. Et que je finirai par faire tout ce que j’avais dit que je ne ferai jamais.

J’aimerais savoir ne pas être parfaite. J’aimerais être parfaite dans mon imperfection. Mais je ne sais pas si j’y arriverai. Je ne sais pas si je me le pardonnerai. Et si la société me le pardonnera. Je ne sais pas si je serai capable d’être une mauvaise mère.

(cc) Jochen Spalding

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