Histoires

Le Prix

Je me suis souvent demandée à quel moment tout a dérapé, à quel moment le manque est devenu trop vif et trop pesant, la faim trop présente.

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A vivre dans l’angoisse quotidienne du lendemain, de comment on va vivre, comment survivre sans jamais rien dire, ni appeler à l’aide. A quel instant exactement la décision fut prise et quelles ont été les étapes. C’est comme si j’avais effacé de ma mémoire l’heure H, la prise de décision. J’ai foncé.

Là, au bout de la rue, devant la façade d’un énième hôtel luxueux, il attend, il toise la rue, me cherche du regard. Une dernière respiration avant de faire face. Il m’embrasse tendrement la joue et me prend par la main. Je vacille un peu sur ces talons que je déteste porter, mais il est grand et il aime que je sois à sa hauteur. Il m’entraîne vers le bar où on noiera nos premiers moments dans le gin et la vodka…

Je ne sais pas s’il a menti sur son âge, s’il a des enfants, une femme, je sais qu’il voyage, qu’il pourrait être mon père, mon oncle, plus vieux encore, je m’en fiche. Il est là, il me regarde comme si j’étais son unique distraction depuis des semaines – et c’est ça qui compte, il ne pose pas de questions, se contente de me raconter son dernier vol pour New-York et son millième passage à Londres. Il parle sans s’écouter, partage sa riche vie, retarde simplement un peu plus l’échéance.

Puis il se lève et m’emmène avec lui, me précède dans l’ascenseur et ne dit plus rien, il sourit simplement. La clé dans la serrure de la suite numéro 43, la veste de son costume débarrassée sur la chaise, il s’assoit sur le lit. Il se laisse déshabiller ; après m’avoir distraite c’est à moi de jouer.

Lentement, je déboutonne sa chemise, embrasse son torse, me noie dans ses effluves d’eau de Cologne et dans un rituel bien galvaudé donne suite à ses avances.

Le temps s’arrête autour de nous, je ne pense plus, je ne respire plus, je m’attèle à la tâche en essayant d’être convaincante, je procure du plaisir, j’achève l’ennui, en pensant que c’est nécessaire et que c’est ça qui me laisse vivante. Je m’allonge à côté de lui lorsqu’il a exulté, il se lève, fouille ses poches, et s’échappe dans la salle de bain en déposant une liasse de billet sur le guéridon.

J’ai 6 minutes pour m’éclipser.

(cc) 401(K) 2012

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