Culture

6 ans plus tard : ce que je retiens de Michael Jackson

Le 26 juin 2009, nous apprenions tôt dans la nuit (en France) le décès de Michael Jackson. Cette nouvelle fait partie des déflagrations qui ont touché la culture mondiale de ce début du XXIe siècle, car à force de voir cet être devenir de plus en plus irréel, nous en avions oublié qu’il pouvait aussi mourir. Déjà, à l’époque, je me suis émue de ce pan de ma culture qui disparaît, comme beaucoup de personnes dans les pages de Ladies Room.

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Depuis, 6 ans ont passé et ses héritiers musicaux sont légion, que ce soit Justin Timberlake – qui a posé sa voix sur des enregistrements inédits du Père fondateur l’an dernier – Pharrell Williams, ou de manière plus mimétique (plus pathétique ?) Bruno Mars.

Michael Jackson a tellement dicté les règles de l’industrie et des canons musicaux et artistiques durant ce dernier quart du XXIe siècle, que la pop-culture actuelle n’aurait pas été la même sans son existence. A l’instar des Beatles, je dirais même qu’on citera Michael Jackson comme mètre-étalon de la culture du XXe siècle pendant un bon bout de temps.

L’évocation de ce nouvel article a entamé un débat avec le Mari : son frère estime qu’Invincible est l’album de l’aboutissement artistique de Michael Jackson et qu’il est, par conséquent, son album le plus sous-estimé. Je ne suis pas de cet avis et je vais m’en expliquer un peu plus bas en tentant d’apporter ma vision sur ce que ma curiosité m’a laissée du King of Pop.

Autre chose : je ne vais parler que de musique, strictement de musique. Le destin du personnage et la “people-isation” de ses enfants feraient l’objet de tellement de dégueulasserie. Non : avant d’être un humain qui semblait vouloir dépasser sa condition, Michael Jackson était avant tout un putain d’objet artistique et c’est essentiellement pour cela que je veux m’en souvenir.

Mon trio gagnant

A double titre, Michael Jackson est ma madeleine de Proust artistique. Bad est mon premier souvenir musical conscient, dans la mesure où mon père a foutu la cassette en boucle pendant plus de quatre ans dans sa voiture – je vous jure que c’est vrai. Et surtout, Moonwalker a été la première séance de cinéma que j’ai faite dans ma vie.

J’avais 5 ans, c’était pendant les vacances de Noël 1988 et j’étais à l’UGC des Champs-Elysées. Je me souviens d’une personne assez androgyne – peut-être l’effet paillettes, cheveux longs, Terence Trent D’Arby et Tracy Chapman (putain, qu’est-ce qu’il y a eu comme perturbation de mes repères sociaux et mentaux en 1988).

J’ai découvert l’album Thriller, d’une part par les clips de M6 – qui diffusaient, outre les tubes de Bad, les « anciens » clips de Billie Jean, Beat It et la version écourtée de Thriller – et d’autre part par mes spectacles de danse. La prof de danse qui m’a le plus marquée – celle que j’ai eu entre 8 et 17 ans et qui m’a fait découvrir Dean Can Dance – était en effet fan de Michael et tantôt faisait les barres avec HIStory, tantôt mettait les spectacles en scène avec Thriller.

L’une de mes chorégraphies les plus marquantes à l’époque, je l’ai d’ailleurs faite sur Billie Jean. Je pourrais même dire que, plus que le chanteur m’a conditionnée en tant qu’auditrice critique et musicienne, le danseur exceptionnel qu’il était m’a conditionnée en tant que danseuse pendant plus de 15 ans.

Coucou Manu Dibango…

Dangerous a coïncidé avec mes premières boums. Par conséquent, j’ai pu assez l’écouter en boucle chez mes copains pour qu’il s’ancre bien dans ma tête. Ce que je peux en dire, c’est que je considère que tout ce que la production en musiques urbaines mainstream a élaboré dans les années 1990 découle directement de cet album.

Ni plus, ni moins. Cela peut paraître présomptueux comme ça, mais je vous invite à vous faire une bonne redécouverte ET de l’album ET des sons r’n’b de votre enfance (pour ceux qui sont nés comme moi dans les années 1980, hein) pour vous en convaincre.

Explication

Pourquoi je cite ces trois albums (dans l’ordre de préférence 1/2/3) ? Parce que j’estime qu’on peut facilement faire un excellent digest de la carrière solo de Michael Jackson en ne prenant en compte QUE ces trois opéras qui ont, eux, véritablement révolutionné et influencé l’industrie musicale. Je considère qu’avant cela, Michael Jackson n’a fait que coller à l’époque Motown (pour les Jackson 5) et funk psyché (pour Off The Wall) et qu’après cela, il n’a fait que se répéter, voire reprendre le même filon que Dangerous pour HIStory et Invincible.

Et ce qu’ont révélé Michael et Xscape, les deux albums posthumes, c’est qu’il était plus prompt à revenir à des sonorités plus primitives, de celles qui ont fait son succès dans les années 1980. Ou alors les producteurs ont trèèèès bien fouillé les fonds de tiroir. Après enquête, le Mari penche sur la seconde solution.

Par exemple, Love Never Felt So Good a été enregistré primitivement en 1982-83 et certains éléments ont été ajoutés en 1987. Le Mari estime également que si je considère que Michael Jackson ne s’est pas renouvelé de son vivant après Dangerous, c’est parce qu’HIStory et Invincible proviennent des chutes dudit album. Seems legit.

Attention, je ne dis pas que la carrière du King of Pop est à jeter après 1992, mais c’est comme le U2 des années 1990-2000 ou Muse depuis Absolution, c’est juste que t’as l’impression d’entendre la même ritournelle et que ça en devient lassant. Je sens que je vais me faire taper si je mets Earth Song en guise d’illustration de mon propos, mais c’est mon sentiment et on peut en discuter.

Je finirai mon argumentation par son début de carrière et, finalement, sa condition de produit musical, alors que j’aurais quand même dû commencer par ça. Car avant de devoir se séparer de la tutelle familiale, il a quand même dû être éduqué et instruit, avec tout ce que cela a créé comme blessures chez lui en tant qu’humain. Malgré tout, du plus loin qu’il a chanté, il a toujours relégué ses frères au second plan du fait d’un charisme naturel inégalé, voire même d’un truc surnaturel qui émanait déjà de lui enfant.

Cette aura, mêlée à la nécessité de s’émanciper d’une férule intransigeante et à sa rencontre miraculeuse avec Quincy Jones, lui a permis de passer du statut de produit au statut d’objet, puis de créateur. Même si Off The Wall n’est pas le truc le plus révolutionnaire en soi – ni même son premier album solo –, il reste tout de même un excellent disque inscrit dans une époque où on pondait ce genre de son au kilomètre, mais où on ne se distinguait pas forcément à 21 ans avec l’espoir qu’il y ait la suite qu’on lui connaît.

A ma connaissance, Michael Jackson fait partie de ces rares artistes, avec Elvis et les Beatles, qui ont su s’émanciper du statut de produit inhérent à tous les artistes reconnus pour devenir des objets artistiques, puis des mythes parfois vivants. Et comme tout mythe, la légende démultiplie les scories pour en faire de vrais coups d’épée dans les récits perpétrés.

En ce qui me concerne, je ne juge qu’avec mes oreilles et je me dis qu’il est dommage d’en arriver à de telles extrémités pour devenir exceptionnel.

(cc) the.urbanophile

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