Humeurs

Consommer moins, consommer mieux : confession d’une ex con-sommatrice

Toujours dans ma quête d’une vie meilleure et plus saine, j’ai aussi décidé récemment de revoir ma manière de consommer.

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Parce que faire du sport et manger du quinoa ne sert à rien si ce n’est pas accompagné d’autres efforts…

Le postulat de départ : consommer c’est voter.

J’ai longtemps eu du mal à percevoir le lien de causalité entre ma façon de consommer et les choses qui m’énervaient profondément. J’étais la première à m’indigner devant un documentaire sur les scandales sanitaires et alimentaires… Juste avant de me ruer au supermarché le plus proche et de vider le rayon surgelés en bourrant mon caddie de premiers prix.

Les mêmes contre lesquels je pestais sur mon canapé une demi-heure plus tôt. J’insultais à travers mon écran cet actionnaire bronzé et bedonnant, posé sur son yacht avec sa biatch 100% croute de cuir qui lui crémait le dos… Jusqu’à ce que je comprenne que c’est avec mes propres thunes qu’il se le payait, son putain de yacht moche (et quitte à le financer, j’ai même pas été consultée sur la couleur).

Bien-sûr, n’importe quel patron de grande entreprise qui fait des millions de chiffre d’affaire peut se passer de mes 17,90€ de courses hebdomadaires et McDonald’s survivra sans mon menu a six balles cinquante, mais c’est oublier que les consommateurs sont bien plus nombreux que ceux qui les servent.

Et il est aujourd’hui de plus en plus facile de s’informer et de consommer autrement. Ok, j’habite Paris, j’ai deux magasins bios dans mon quartier et pléthore de restaurants végé-free-glut-bio-bobo-locaux à portée de métro. Mais j’ai découvert quelque chose d’exceptionnel concernant les mauvaises habitudes. La force d’inertie est extraordinaire.

Un changement drastique peut sembler assez violent et je conseille une transition en douceur vers une consommation responsable. C’est, par exemple, troquer ses œufs premier prix vers des œufs bios (ou dont le premier numéro sur l’œuf est en dessous de « 2 », regarder la coquille prend deux secondes et demie, j’ai compté).

Vous pouvez aussi espacer les visites chez tonton Ronald jusqu’à les oublier totalement, troquer votre sachet de pâtes blanches contre un paquet de pâtes complètes bio, préparer des Tupperware de plus en plus souvent, vous calmer sur les sessions shopping chez Delaveine et économiser pour pouvoir, un jour, vous habiller Made In France.

J’ai vraiment commencé doucement et désormais, avant d’ajouter un article à mon panier, je me demande à qui va l’argent que je m’apprête à donner… Je suis passée de con-sommatrice à consomm’actrice.

I- Se défaire des consommations toxiques.

J’adorais le Coca-Cola, mais je détestais cette étrange sensation de fatigue après m’être enfilé plusieurs canettes à la fois. Et c’était toujours le même mantra « plus jamais coca…» affalée, avec la sempiternelle main sur le ventre. Jusqu’au jour où une petite voix interne m’a engueulée :

- Mais QUI t’as poussée à t’acheter le frigo pack ? Personne ! Tu pourrais déboucher toutes les chiottes de Paris avec cette merde tellement elle est corrosive, ton intestin doit rutiler plus fort encore qu’une jante chromée de Harley! POURQUOI tu continues ?…

Cette auto-rouste est valable avec l’alcool, la clope, la w**d et ce connard d’ex qu’on rappelle quand on a le blues et avec qui c’est pourtant sexuellement médiocre…

J’ai aussi décidé d’arrêter les magazines people pour les mêmes raisons. Des scoops en carton, une écriture digne d’un skyblog des années 2000 et un sacré budget une fois mes achats mis bout à bout à la fin de l’année.

Les ex-fumeurs connaissent bien la technique de la tirelire, applicable pour toutes les consommations inutiles : mettez dans une tirelire l’argent que vous ne dépenserez pas. Vous pouvez aussi les noter sur un carnet (j’ai opté pour les deux, pour avoir un chiffre concret sous le nez quand j’ai envie de re-plonger). Et très vite, vous récolterez les bénéfices de votre nouvelle philosophie. Parce que l’argent part vite, mais curieusement moins quand on arrête de faire le tour de tous les distributeurs automatiques de toutes les stations de métro…

II- La consommation-consolation : le fléau de l’adulte stressé.

Nous vivons dans une société qui a conçu des moteurs d’achats très puissants. Les plus fréquents étant la peur, le stress, la tristesse et l’ennui. Nous sommes tous tentés, après une authentique journée de merde, de décompresser avec un bon bol de frites surgelées prêtes en trois minutes. Ou, comme ce fut mon cas durant des années, avec une myriade de petits achats à la con (un vernis + un magazine + une paire de collants sympa mais dont j’ai pas besoin parce que je porte jamais de jupe + un top a cinq euros qui ne va avec rien de ce que j’ai déjà…).

C’est un vrai cercle vicieux car les problèmes d’argent et de poids figurent en premier dans les sources de stress que je rencontre au quotidien. Dépenser son argent en choses inutiles devient une mauvaise habitude que l’on prend sans y penser et qui peut, à terme, poser des problèmes que l’on noiera dans les fringues et les paquets de chips à I,50€ (j’vous l’dit, les distributeurs automatiques, c’est le MAL.)

III- Mieux consommer ne coûte pas plus cher !

Nous avons pris l’habitude d’acheter en grande quantité des objets facilement obsolètes, de piètre qualité, ou des aliments certes peu chers mais aussi bons pour nos métabolismes que du canard WC. Alors qu’un bon repas gourmand et équilibré en quantité raisonnable est bien meilleur et pas plus cher qu’un restaurant à volonté.

S’interroger sur ses réels besoin en termes de qualité, mais aussi de quantité. Faire mes courses au magasin bio ne me coûte pas plus cher depuis que je mange la (presque) stricte quantité de nourriture dont j’ai besoin pour kiffer mes plats et être en forme. La peur de manquer pousse à sauter sur les promos et donc à acheter une nourriture dont on n’a pas besoin et qui terminera soit sur les poignées d’amour, soit dans la poubelle. Et dans les deux cas nous sommes perdants.

De plus, on finit toujours par payer la mauvaise qualité de nos biens ou de nos aliments. Sur le long terme, en rachats infinis… Ou en maladie.

Les maladies dites « de civilisation » font partie, aujourd’hui, des premières causes de mortalité en occident, et coûtent cher à soigner. Et pour ceux qui répliqueront que c’est la Sécu qui casque, je dirais que les caisses de la C.P.A.M. ne se remplissent pas par l’opération du Saint-Esprit…

De la même façon, les achats de qualité s’apparentent à des investissements. J’ai le même imperméable depuis des années et il vaut deux mois de loyer. Mais il me sert et me servira encore un bon paquet de saisons !

Mieux consommer, c’est aussi, au-delà du prix, chercher des produits qui tiendront sur la durée. Que l’on peut conserver et amortir. C’est parfois, du coup, faire l’impasse sur la tendance au profit de la solidité d’un produit (en vous détournant par exemple de certains téléphones mobiles flanqués de pommes croquées, réputés pour leur obsolescence programmée).

IV- Trouver d’autres sources de bonheur. 

Plusieurs études montrent que l’aptitude à la surconsommation est inversement proportionnelle à l’épanouissement dans d’autres domaines de sa vie. En clair, plus l’on est heureux, moins l’on a besoin de consommer. Vous pouvez faire une liste de plaisirs gratuits et de bonheurs dans votre vie où l’argent n’est pas impliqué : votre couple, vos liens familiaux, vos amis, vos passions (ou dans le meilleur des cas, votre métier), prendre soin de vous, la cuisine, le sexe, le sport, les vidéos marrantes sur Youtube, la méditation…

De plus, les économies effectuées grâce à une consommation plus responsable pourront être utilisées à meilleur escient ! Des vacances en amoureux, des projets pros qui nécessitaient un capital de départ, un partage avec ceux qui n’ont rien…

L’argent redevient un pouvoir. Dans le monde dans lequel on vit, ce pouvoir est d’une puissance indéniable. Succomber au marketing, c’est donner ce pouvoir à une bande de vieux libidineux qui ne nous veulent pas du bien. Et depuis que j’ai intégré l’idée, mes relevés de compte, mon estomac et mes jeans moulants ne sont plus une source de stress !

T’façon, j’ai jamais été sensible à l’esthétique des yachts…

(cc) Steve Davidson

3 Responses to “Consommer moins, consommer mieux : confession d’une ex con-sommatrice”

  • J’ai eu la même prise de conscience que toi, il y a 3-4 ans lors d’un voyage à Montréal (qui est sans nul doute un microcosme non représentatif de la population québécoise, comme paris l’est pour la France mais bref…) les gens y consomment de manière. Pour eux, pour la planète et parce qu’ils ont en grippe toutes les grosses corporations qui détruisent au nom du pouvoir et de l’argent.
    Ce que je déplore comme toi, c’est de voir que peu de personnes prennent le pas :-(
    Le changement pourtant doit être pour maintenant !

  • claire

    Merci à toi, c’est mot pour mot mon quotidien as des années. Je suis contente de voir que, d’une part certains le partagent et d’autre part, que tu as une bonne dose de discernement pour expliquer les choses d’une façon posée, les idées s’enchaînent parfaitement. Merci !

  • Bonjour

    J’ai beaucoup aimé ton article (et le ton très fun!) qui m’aide à poursuivre ma réflexion sur l’écologie, le zéro déchets et la consommation réfléchie.
    En effet il faudra du temps et de la patience pour faire bouger les choses … mais je trouve que les moins de 30 ans sont de plus en plus conscient de l’impact qu’ils peuvent avoir à leur échelle donc gardons espoir !

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