Humeurs

Persistance rétinienne

Tous les livres de développement personnel sont formels : nous avons tous, dans notre paysage social, un rôle à jouer. Et vouloir changer de rôle vous expose à des réactions incongrues des autres protagonistes dont nous composons le décor.

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Sauf que si la vie était une série américaine des années 80, je fus longtemps désignée comme la mascotte. Le personnage loufoque, agaçant et « décalé ». La Steve Urkel de ma famille, l’animal mignon perdu dont les gimmick rythmaient chaque épisode.

Et pendant des années j’ai plongé les deux pieds joints dans mon cliché de « l’artiste-chômeuse-irresponsable-bohême-célibatifoleuse ».

Il y a sept ans, une suite d’évènements assez brutaux m’ont ramenée à la réalité d’un méchant taquet derrière la tête. Dans la vraie vie, les « frivoles-décalées-attachiantes » n’ont pas droit à leur twist avec happy-ending. Comme me l’a dit mon ex de l’époque, il ne suffit pas de se mordre la lèvre et de dire « Oops » pour s’en sortir (je vous assure j’ai essayé, tout le monde n’est pas Isla Fisher).

Et mes proches pointaient souvent du doigt mes facéties et leurs redondances. « Pfff… Toi alors… » entendais-je régulièrement (avec rires enregistrés). J’ai donc pris la décision de « grandir un peu ». J’avais deux options :

1- L’option « Pop star fraîchement sortie de l’usine Disney ». Avec transformation radicale et couverture hot de magazine pour homme. Une cassure violente et visuelle en somme.

2- L’option plus douce, et plus sincère d’une évolution durable. La première alternative portant plus du coup de pub que du réel changement, j’optais pour la seconde…

J’ai donc doucement changé de cap et pris la direction d’une vie plus conforme à mes valeurs enfouies et à mes ambitions. Et les années qui ont suivi ont été une succession de changements plus ou moins impliquants, mais jamais anodins :

- j’ai décidé de changer de métier pour vivre de ma plume (je veux dire, pour de vrai, hein ? Pas dans mes rêves),

- je me suis mise au sport (et perdu quelques kilos),

- je me suis engagée dans le milieu du handicap,

- j’ai radicalement changé de goût en matière d’hommes (j’ai en effet troqué ma palette de pervers narcissiques contre un vrai mec bien estampillé bio),

- j’ai pris en charge une femme handicapée et je suis devenue son assistante pour les week-ends,

- je me suis installée à Paris,

- je suis devenue végétarienne,

- j’ai réglé plusieurs milliers d’euros de dettes (quand je vous disais que dans la vraie vie, les connasses devaient des comptes…),

- je me suis calmée sur les sucres raffinés,

- et à l’heure où je vous parle, j’ai planqué mes cheveux sous un turban parce que j’ai l’intention de remplacer mon shampoing classique et mes cosmétiques par des produits faits maison (ce qui demande un temps d’adaptation durant lesquels mes cheveux ont l’air d’être passés à la friteuse…).

Ça a l’air beaucoup comme ça, mais ramené sur sept ans, ces progrès furent presque indolores…

Je suis assez fière de tous ces changements et, effectivement, mis bout à bout, les milliers de petits réflexes que j’ai acquis au fil du temps (manger des produits sains, travailler plus dur, économiser sur des dépenses superflues…) rendent ma vie beaucoup plus simple. Et même si aujourd’hui ma petite histoire ressemble à « la saison de trop » celle ou les auteurs semblent être à court d’idées, je suis en paix. J’apprécie cette délicieuse sensation de «solidité » que mon nouveau mode de vie m’apporte.

Sauf que… que se passe-t-il quand une série change radicalement de ton ? Eh bien j’vous l’donne en mille : les spectateurs et les fans tombent en désamour. Et pour cause, ils n’ont pas signé pour « ça ». Ils suivaient les tribulations d’une Carrie Bradshaw en papier mâché et ils se retrouvent avec une version pain d’épice de Gwyneth Paltrow (avec un peu plus de cul).

Je me suis donc heurtée aux réactions de mes proches et à une virulence qui m’échappait. Parce que (oui, je suis naïve) je pensais qu’ils pointaient mes défauts pour mon bien.

Eh non, certains (ceux dont je m’attendais le moins) m’observaient évoluer comme l’on se gausse des aventures plates et pathétiques des héros de télé-réalité : pour se sentir supérieurs et faire des débriefs avec commentaires devant la machine à café.

J’ai donc dû écrémer mon entourage et faire le deuil de certaines relations qui me tenaient à cœur. Certains amis m’ont accompagnée avec bienveillance dans l’âge adulte, d’autres (ceux qui subissaient mon inconséquence, bisous maman…) étaient soulagés de me voir enfin prendre les choses en main et agir de façon plus logique et réfléchie.

Le plus compliqué fut de gérer ma famille, qui me renvoyait perpétuellement à ma précédente version et pour qui la persistance rétinienne persévère. J’ai dû, là aussi, opérer un tri et faire le deuil. Mention spéciale à mon cousin qui, à la sortie de mon premier livre, m’a lancé en public : « Ton nom de plume pue le trottoir » (merci).

M’enfin, j’m’en fous. Comme le dit un de mes amis « Quand la réussite t’éclaire, les cons sortent de leur tanière ». Et même si la persistance rétinienne demeure chez les autres, moi, j’y vois aujourd’hui beaucoup plus clair…

(cc) Richard P J Lambert

2 Responses to “Persistance rétinienne”

  • Je me suis complètement reconnue dans tes mots et ce fil de vie me fait penser au Personnage de Kristen Wiig dans Imogene.
    Je serais super contente de lire ton premier livre quel est son nom ?

  • Félicitations pour tous ces changements ! J’essaye de prendre un chemin plus ou moins similaire mais il reste du boulot… Je ne suis pas tellement surprise de certaines réactions négatives face à ton évolution, il y a plein de gens qui n’apprécient pas de voir les autres heureux…

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