Humeurs

Chômage et positivisme

La première fois que je me suis frottée à la dure réalité du travail, j’avais 20 ans. C’était un job d’été où je me suis faite virer au bout de la période d’essai de 8 jours ouvrés.

3579763940_c0457c611d_z

Depuis, j’ai connu trois grosses périodes de chômage : une d’un an, entre ma formation d’histoire et ma formation dans l’édition, une de deux mois après mes études, celle que je vis actuellement depuis cinq mois et qui vient de se « terminer ». En effet, je viens d’apprendre ce matin que j’intègre quoi qu’il arrive la fonction publique au mois de septembre.

Je vous avouerai que, à l’instar de la signature de mon premier CDI il y a maintenant 6 ans et demi, je suis à la fois soulagée et incrédule. Peut-être parce que je manque de confiance en moi, même si les postes qui me sont proposés ne correspondent pas du tout tant à ma qualification qu’à mon potentiel réel. Mais ce que m’a appris mon expérience professionnelle dans le secteur privé, c’est qu’à notre époque, il est préférable d’être sous-employé que pas employé du tout.

Que ce soit à 23, 25 ou 32 ans, mon expérience du chômage a été très différente. Déjà, dans les deux premiers cas, je n’ai pas été indemnisée par Pôle-Emploi (ou les ASSEDIC à l’époque). La première fois, parce que je sortais de mes études d’histoire et mon job de tutrice ne m’avait pas donné assez d’heures pour être indemnisée. La deuxième fois, parce que je sortais d’un stage et que, par conséquent, c’était un peu short pour justifier du fait que ce soit un emploi.

Cette fois-ci, non seulement j’ai été indemnisée – assez grassement, d’ailleurs, par rapport à la paie qui m’attend à partir du mois de septembre – mais surtout, j’ai été accompagnée par une boîte de reclassement. Certes, cet accompagnement s’est résumé à éventuellement me trouver une perspective dans le secteur privé au cas où mes tentatives d’intégrer la fonction publique auraient échoué. Mais cela m’a été très utile quand j’ai dû passer mon oral mardi dernier.

Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie valorisée dans mon image alors que j’étais sans emploi. Quand je faisais des ateliers et que je réussissais à parler de mes expériences selon la grille qui nous était donnée, l’image que me donnaient mes comparses était assez déroutante, puisque positive. Je me suis vue entreprenante, polyvalente, rigoureuse, même influente sur des projets où, selon moi, je ne faisais qu’exécuter bêtement des ordres. Même lorsque j’ai fait ma session de réorientation lors de ma première période de chômage, je n’en suis pas ressortie avec une image aussi positive.

Je me suis aperçue d’une chose : j’ai certes un profil d’assistanat, mais j’ai surtout découvert que l’assistanat n’était pas un métier de potiche. Si j’avais eu à continuer dans le secteur privé, ma conseillère m’orientait même vers des postes d’assistante de luxe. En effet, je suis trilingue, j’ai déjà fait de la négociation client, du suivi de projet et même de la gestion de personnel.

Bref, il faut que je m’enlève de la tête que je suis une sale connasse qui peut faire capoter n’importe quel projet avec deux secondes d’inattention. Malgré tout, j’ai appris durant ces six dernières années à gérer les conséquences de mes actes, et je ne remercierai jamais assez mes anciens patrons pour ça.

Une autre chose qui a fait de cette période une expérience positive : je n’ai pas eu de pression financière comme elle a pu se présenter lors de la deuxième période – c’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle n’a duré que deux mois. J’ai pu dès lors développer des projets plus personnels, tels que mon mariage.

C’est con à dire, mais je pense que je n’aurais pas pu gérer les préparatifs de mon mariage civil si je n’avais pas eu autant de temps libre. Alors oui, c’est très présomptueux de dire que je n’avais pas véritablement la nécessité financière de travailler, mais j’ai eu le temps d’accéder à ce qui me tenait réellement à cœur depuis mon entrée à l’université : intégrer la fonction publique.

Parlons-en, de mon nouveau statut de fonctionnaire. J’ai été quasi-conditionnée, tant par mon milieu familial (papa, maman, soeurette, tontons, tatas) que beau-familial (beau-papa, beaux-frères, belle-sœur, mari) pour intégrer la fonction publique, et de surcroît l’éducation nationale. Comme si ces huit années où j’ai tenté de faire mon trou dans le secteur privé étaient une erreur de parcours.

A posteriori, je pense qu’au contraire, mon expérience dans le monde de l’entreprise est une sacrée valeur ajoutée. A ce titre – et j’ai encore eu cette pensée lors de mon oral – j’invite n’importe quel fonctionnaire à effectuer ne serait-ce que pendant un mois ses tâches au sein d’une structure privée.

Malgré tout, j’ai beau devenir fonctionnaire, ce n’est pas pour autant que je suis assurée de mon avenir. Dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois, on va me parler essentiellement de la sécurité de l’emploi. Ce qui est bien, c’est que j’ai choisi un secteur qui embauchera de toutes façons et dans un secteur géographique où les besoins se font sentir.

Ce que je vois pourtant avec les membres de ma famille, c’est que le statut de fonctionnaire n’est plus si protégé, notamment dans certains secteurs tels que l’armée ou les impôts. Ce n’est pas pour autant que je vais me mettre à faire grève pour tout et n’importe quoi, car le monde de l’entreprise m’a surtout appris qu’il faut déjà être trèèèèèès content dès lors qu’on a un poste.

C’est la première fois de ma vie où je ne subis pas mon évolution – comme l’an dernier avec à la fois mon accès à la propriété, le décès de mon père et mon licenciement – mais où je la provoque avec de réelles conséquences sur le long terme. Cela n’est pas sans conséquences en termes de perception de moi-même, et ces cinq derniers mois n’étaient pas de trop pour impulser ce changement de vie.

(cc) JiPs☆STiCk

One Response to “Chômage et positivisme”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>