Humeurs

Mektoub

Nouvellement mariée et heureuse de me pendre au bras de celui que j’appelle désormais mon mari, je suis partie récemment me ressourcer quelques jours dans une ville de province, après avoir préparé mon mariage civil et deux concours de la fonction publique en moins de 20 jours. Sur mon petit nuage dans la gare, j’eus soudain une vision d’horreur.

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Souviens-toi, lectrice fidèle, je te parlais en 2011 de l’Homme qui était censée m’avoir ouverte à de nouveaux horizons culturels et qui, au bout de 4 mois d’une relation un peu poussive, après m’avoir présenté sa famille, me balança tout de go qu’il ne m’avait jamais aimée.

Je me suis promise que le jour où il se représenterait devant mes yeux, je lui casserai la gueule sans hésitation. Lorsque je l’ai donc croisé dans cette gare, quatre ans après notre relation, avec mon mari à mon bras, j’eus donc un goût amer, même si je ne me suis pas approchée à moins de dix mètres.

J’ai cru défaillir de colère et j’ai dû expliquer au Chevalier pourquoi il avait intérêt à tracer avant que je ne m’énerve pour de bon. La première chose que j’ai faite fut de prévenir ma chère Siamoise, qui me répondit : “Tu vois, Giovanna, cette vision à ce moment de ton ex qui est obligé d’être accompagné par ses parents et ses grands-parents pour partir en vacances à 32 ans, c’est une vision de ce à quoi tu as échappé dans ton destin. N’empêche, c’est con que vous ne vous soyez pas salués, tu aurais pu lui balancer « Tu vois, je me suis mariée samedi…» “.

Comme je crois en Dieu, je crois que certaines choses sont prédestinées. C’est ce qui nous avait amusés au début de notre relation avec le Chevalier : mis à part le fait que nous soyons tous les deux ce que nous sommes, que nous ayons appris à lire avec le dictionnaire, sauté le CE2, passé le bac à 17 ans et poursuivi par des études d’histoire, nous nous sommes aperçus que nous aurions pu nous rencontrer avant le 28 juillet 2013.

Que ce soit à Bobigny où il habitait et où je séjournais chez mes grands-parents à la fin des années 1980, que ce soit à Saint-Malo, ma région d’origine, où il venait en vacances dans les années 1990, ou quand nous passions le même concours en 2007, la vie nous a poussés à nous réunir. La vérité, c’est que nous nous sommes rencontrés en temps voulu, et c’est pour cette raison que notre amour s’épanouit de cette manière.

Cet événement raconté au début me conforte également dans l’idée que certains signes peuvent me conforter ou non dans mes choix de vie. Ce que j’ai vu, c’est non seulement un mec tout moche et tout courbé à 32 ans qui n’a pas réussi à faire sa vie, mais surtout un mec qui avait tout en lui pour me rendre insatisfaite. Chose que pressentait déjà ma mère à l’époque où j’en étais folle amoureuse… Autrement dit, le destin m’avait mis ce couillon dans les pattes pour que je morfle bien et que je reparte sur de bonnes bases en termes de relations sentimentales.

Il y a ainsi des choses que l’on voudrait éviter mais qui s’avèrent au final comme inévitables à vivre. Je suis l’une des spécialistes de la loi de Murphy (= la loi de l’emmerdement maximum). Par exemple, je suis le genre de meuf qui ne peut JAMAIS partir en voyage l’esprit serein. Je me fracasse la gueule à vélo en revenant d’un camp de ski où mes parents avaient même prévu le rapatriement avec Europ Assistance.

Je ne compte plus les blessures je me suis faites en colonie. Je suis du genre à péter mon téléphone avant de partir en Suède ou de faire un abcès dentaire la veille d’un déplacement professionnel en République Tchèque. Et évidemment, quand je pars dans un pays chaud et que je n’ai pas rodé les chaussures, il y a de fortes chances que je fasse une crise d’eczéma aux jambes…

Il y a évidemment une bonne part de psychisme derrière tout ça. Ce qu’on appelle peut-être le destin tient peut-être davantage de la suggestion mentale. En gros, si on pense que quelque chose doit arriver, ça arrivera forcément, ou quelque chose dans le genre. Sauf que toute rationnelle que ma pathologie me force à être, je suis avant tout une croyante et une grande réceptive à l’irrationnel.

J’ai beau lutter contre certaines de mes superstitions – notamment concernant les relations humaines, je ne peux pas m’enlever de l’esprit toutes les angoisses qui caractérisent mes choix de vie dans leur ensemble. C’est pour cette raison que je m’en remets à Dieu, pour atténuer la souffrance que provoquent ces choix.

A ce titre, j’ai d’ailleurs gagné ma plus grande victoire face au destin : je me suis mariée et j’ai décidé de donner une confiance relative à un homme, alors que tout, dans la construction de mon chemin de vie, me poussait dans le sens contraire de cette décision. Que ce soit par l’avis de ma famille, par mes relations avec mon père ou certains hommes par le passé, ou par l’observation de la souffrance que peut provoquer le déchirement amoureux, la situation que je vis actuellement a été la moins évidente à digérer et celle qui a demandé le plus de construction de ma part.

Aux yeux de mon monde extérieur, c’est pourtant ce qui a suscité le moins de questions quant à l’aboutissement, tant cela paraissait évident pour tout le monde, même aux yeux de mon mari à qui j’ai livré tout mon questionnement, que tout cela allait dans le sens de ma vie.

Si j’ai bien retenu une chose des événements que je vis depuis le début de l’année 2015, ce n’est pas qu’on ne peut lutter contre son destin, mais qu’il faut savoir s’accommoder des choix de vie que l’on fait. De toutes façons, si on oublie un jour leur valeur, on a toujours un coup de pouce du destin pour se conforter dans ces choix.

(cc) Danielle Harms

One Response to “Mektoub”

  • TheSiamoise

    Chouette article. Tu vas dans le bon sens, continue, courage ! et félicitations aux mariés <3

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