Culture

Une nuit américaine avec des cowboys flamands

La rédaction a demandé à Cécile de faire un live report du concert de The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band.

Après une première date en février au Trianon, les belges du Broken Circle Breakdown Bluegrass Band étaient de retour à Paris dimanche soir pour un second concert à guichets fermés à La Cigale. Une ballade de deux heures au plus profond de l’Amérique des années 20. Un grand bonheur.

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Lorsque les lumières de salle s’éteignent, les spots sur scène viennent éclairer six hommes vêtus de costumes et coiffés de chapeaux de cow-boys comme blottis les uns contre les autres.

Ils entonnent doucement le titre traditionnel Will The Circle Be Unbroken. En un instant, on est replongé dans le film qui les a fait connaître, Alabama Monroe, réalisé par Felix Van Groeningen et sorti en août 2013. Le film et le groupe sont désormais indissociables. Lorsque l’on regarde Johan Heldenbergh et Veerle Baetens, on ne peut s’empêcher de penser au couple tragique qu’ils incarnaient, Didier et Elise.

Mais, bien vite, Johan Heldenbergh, tente de prendre ses distances avec le film. Lui, le comédien, a appris à jouer du banjo pour le long métrage lauréat du César du Meilleur Film Etranger en 2014. Les musiciens, ce sont les camarades qui l’entourent, ceux que l’on ne voit pas dans le film. Le set est composé de titres du film, bien sûr, mais aussi de morceaux instrumentaux et de classiques du Bluegrass.

Le public, majoritairement composé de trentenaires hipsters, est déchaîné. Il offre une ovation à Veerle Baetens qui entre sur scène pour le troisième titre vêtue d’une robe blanche et de bottes rouges – mais brune et sans tatouage. La salle reprend les refrains des titres les plus connus en choeur. Tous tapent du pied ou esquissent un pas de danse, et surtout reprennent bien volontiers ce qui s’impose comme le mot d’ordre de la soirée : « Hi ! Ha ! »

Le groupe est heureux d’être là, et ça se voit. Et Johan Heldenbergh n’hésite pas le dire. Un vrai échange se créé entre lui et la salle. Il se laisse aller aux confidences. Avant une chanson religieuse, il avoue être comme son personnage dans Alabama Monroe : « Je suis athée. Mais parfois, je suis un peu jaloux des gens qui croient en Dieu ». Plus tard, après avoir raconté en quelques mots l’histoire du Bluegrass, il avoue : « Toute ma vie j’ai été un cow-boy raté. J’habite en Flandres et je suis allergique aux chevaux ».

Les titres se suivent et ne se ressemblent pas. Lorsqu’ils jouent une chanson du film, la salle vibre un peu plus. Parfois, ils se retrouvent tous les sept autour d’un seul micro pour ce qu’ils appellent du « vrai Bluegrass » car ils peuvent eux-mêmes faire le mixage de leurs voix et de leurs instruments en s’approchant ou en s’éloignant du micro. Il y a quelque chose de très fort qui se dégage de ces moments-là. On retiendra notamment le refrain de Just Over In The Gloryland  repris haut et fort par la salle.

Un autre grand moment d’émotion sera porté par Veerle Baetens. Elle raconte sa passion d’enfant pour Michael Jackson, alors que son père, lui, « était plus Bob Dylan ». Elle a bien sûr, changé un peu d’avis depuis. Alors, comme un hommage à son père et à sa mère disparue, ils reprennent Don’t Think Twice It’s All Right  de Bob Dylan. Et dans sa salle, on écrase une petite larme.

Le concert se termine par plusieurs chansons à fort potentiel lacrymal comme Sandmoutain ou If I Needed You. Je ne vous raconte pas ce qu’il se passe à la fin du rappel. C’est trop beau. C’est une magnifique surprise.

Sur scène, The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band c’est doux, c’est enlevé, c’est émouvant, c’est dansant. C’est une intense complicité entre les membres du groupe. C’est des banjos, des guitares, une mandoline, une contrebasse et des voix. C’est pur. C’est sans artifice.

Le Bluegrass est une musique très visuelle, qui fabrique des images dans la tête des spectateurs. On songe, bien sûr, aux images du film. Mais on est aussi transporté au coin d’un feu, des santiags au pieds dans un bar crasse des Appalaches. Le Bluegrass, c’est l’Amérique profonde. Le Bluegrass, c’est des prières, de l’amour, des trains, des larmes.

C’est une musique qui vient du coeur et des tripes et qui touche le coeur et les tripes. Et oui, elle est parfaitement incarnée par cette bande de Belges touchants et bourrés de talent.

The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band a sorti un album live le 30 mars 2015.

Ils seront en concert le 29 juillet aux Nuits de Fourvière à Lyon et le 12 octobre à L’Olympia.

© Menuet Films / Pandora Film Verleih

2 Responses to “Une nuit américaine avec des cowboys flamands”

  • Ce groupe est humainement et artistiquement magnifique. Évidemment, on pense toujours au beau film, terrible, de Van Groeningen, à ses thèmes ultra actuels (acculturation, religion, amour, mort…). Pourtant, tu le dis très bien dans ton article, sur scène, cette surprenante, improbable, formation, intense, est simplement magique… Merci beaucoup @ toi!

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