Histoires

1, 2, 3 drink !

La nuit. Une femme marche dans la rue devant moi, elle porte une robe assez simple, les cheveux en l’air, noirs, longs. Elle semble profiter de chaque pas qu’elle fait.

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Elle marche doucement mais sûrement. Elle m’intrigue. Je la suis. Elle se met soudainement à accélérer, je fais la même chose pour ne pas la perdre de vue.

Elle prend un virage qui mène à une rue un peu cachée, cette rue est spéciale, je sens des parfums, des mélanges d’arômes qui enveloppent l’air, un ouragan de sensations exquises… Chose qui me pousse à suivre son itinéraire. Je ne réfléchis point, je ne fais que marcher.

Elle se retourne pendant un instant, je m’arrête pour la première fois, afin de contempler son visage. Vu que les expressions sincères sur les figures se font de plus en plus rares, l’expression du sien me surprend. Elle semble guetter quelqu’un de loin, de très loin. Mais petit à petit ses yeux s’ouvrent, elle éclate de rire sur un coup de tête. Un groupe de personnes s’approche d’elle et lui saute au cou pour l’enlacer tous ensemble, en même temps.

Ils commencent à se donner des surnoms bizarres que j’ai du mal à comprendre. Je suis l’intruse dans leur bulle, mais ceci ne me dérange pas, j’apprécie l’atmosphère, cette joie de vivre où de simples gens profitent de la chaleur des accolades amicales et des folies sentimentalement inspirantes. Je tue le temps avec de l’humanité, je regarde l’humanité naître, la vraie. J’apprécie tout, chose qui me pousse encore plus à les suivre.

Ce groupe se met à marcher, les uns collés aux autres, traînant les semelles, insouciant de la vie. Ils prennent à droite. Je fais de même. La présence de la femme que je suis depuis le début est unique pour des raisons que vous ne saurez que plus tard. Ils entrent un bar qui me semble familier, pourtant je n’ai nullement l’habitude d’emprunter cette rue.

Je prends une table au coin, mets mon sac à côté, et regarde devant. Ils ont déjà leurs verres à la main, les rires sont forts, les regards perdus et je ne comprends sûrement pas pourquoi tant de rires mais ça m’amuse aussi, je ne fais que contempler. Soudain je le vois, je vois le signal, ce signal. Une chose se passe réellement autour de cette femme, derrière son sourire et devant son regard. Vous reconnaissez quand vous voyez ces yeux qui brillent, ces pupilles qui se dilatent.

L’éveil brutal de l’âme. Je sais que c’est ça, que c’est brutal. Ceci devient de plus en plus intéressant. Je commence alors à chercher partout, balayant du regard la salle. Rien, je ne vois rien. Peut-être que j’aurais dû être patiente, attendre que son corps la trompe. Elle prend son deuxième verre, son troisième, son quatrième. Plus le nombre de verres augmente, plus elle devient calme et bizarre.

A chaque fois qu’elle prend une gorgée, elle regarde toujours vers une seule direction. Je suis alors son regard. Un homme assis me bloque la route. Je l’observe pendant une seconde, il est ordinaire à mes yeux. Aux siens, c’est une autre histoire. Je prends cette fois la peine de changer de table, de m’approcher un peu.

Lorsqu’ils décident de se lever, quelques-uns sortent, les autres restent. Elle sort, lui aussi. Il ne semble pas pressé. Moi, par contre, je ne peux pas attendre. A travers les vitres, je vois qu’ils sont debout en train de parler, elle explose de rire. Il prend les devants. C’est évident : il est intelligent, elle est curieuse. Ah, il sourit aussi, c’est différent.

(cc) Leo Hidalgo

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