Coeur

La guérilla du célibat 2.0

Le célibat, j’aime pas bien ça. Je n’aime plus guère le mariage non plus, notez, et quoi qu’il arrive dans ma vie désormais, je ne repasserai pas devant M. ou Mme le Maire : same player doesn’t shoot again.

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Mon problème avec le célibat n’est pas de passer du temps seule.

Après avoir vécu successivement  :

- dans un appartement parisien avec mari, enfants, ballons de foot, consoles de jeu et tartines de Nutella sur canapé,

- dans 30m2 avec un nouvel amoureux passionné,

- une rupture douloureuse avec le susdit amoureux…

Vivre seule une semaine sur deux j’adore ça , mais alors J’ADORE !! Ça me repose. Ça me répare. Non, ce que je n’aime pas dans le célibat, ce n’est pas d’être seule chez moi, c’est d’être seule dans ma tête.

Je m’explique : avoir un amoureux, ou même juste un amant, c’est avoir quelqu’un à qui parler dans sa tête, quelqu’un à qui penser. Et qui pense à vous. Et vous envoie des textos qui vous font glousser. À qui vous renvoyez des textos en gloussant. Et ainsi de suite. Ça empêche d’entretenir des dialogues imaginaires en boucle, nourris de récriminations et de regrets, avec l’ancien amoureux, par exemple. Ça occupe l’esprit.

Avoir un amoureux ou un amant, ça occupe les mains aussi. Avoir quelqu’un à portée de main ou de métro pour assouvir ses besoins de sexe et/ou de câlins, c’est bien. Donc ma nature a horreur du vide. Si je perds un amoureux/amant, il faut que je le remplace. Vite. Enfin, vite, pas de l’instant-sex non plus. En une à trois semaines, disons, on n’est pas des bêtes. Et pour ça, quoi de mieux qu’internet et les sites de rencontre ? C’est fantastique les sites de rencontre ! Je milite pour les sites de rencontre !

Avantages :

- ça donne du choix : une offre d’hommes pléthorique et plutôt qualitative à Paris, suffit de faire
le tri.

- ça occupe intelligemment : dialoguer en ligne avec du correspondant high potential, ça fait progresser syntaxe, fluidité d’écriture et agilité intellectuelle.

- ça narcissise : le rapport numérique homme/femme joue nettement en notre faveur et ces messieurs sont au taquet pour remporter la timbale. L’effet Reine du Pétrole, ça fait toujours plaisir.

- ça nourrit : de déjeuner en dîner pour faire connaissance, c’est toujours ça de surgelés en moins.

- ça instruit : au fil des rencontres on apprend des tas de choses sur des domaines aussi variés que, par exemple la finance, le bondage, l’art conceptuel, la domination, le tantrisme, le yoga…Et sur l’infinie variété des morphologies et du plaisir.

Bien sûr ça n’est pas parfait. Il y a des inconvénients :

- c’est très chronophage. En phase casting, quand on entretient plusieurs conversations en parallèle avant qu’un interlocuteur ne tire son épingle du jeu, on se retrouve vite avec un vrai business à gérer, les yeux qui piquent et plus de temps pour d’autres loisirs.

- c’est vite addictif : combien de charmes aujourd’hui, est-ce que Rodrigue m’a répondu, et Mockingbird, il se réveille ? Tiens, Didascalies is back in town… Et on ressemble à une ado accro à son portable comme une moule à son rocher.

- c’est mauvais pour le foie : comme on n’est pas dans un roman de Foenkinos et que je ne bois pas de jus d’abricot, ça fait beaucoup de verres de Buzet et de Quincy, tout ça.

- c’est potentiellement fragilisant : l’effet Reine du Pétrole ne marche pas à tous les coups, il y a des périodes de disette où les candidats quali manquent cruellement et où les seules sollicitations émanent de Supermoi, Calinou, ou Justepourtoi (oui, faudra que je fasse un Top10 des pseudo consternants, un jour).

Il y a aussi les profils ultra-attractifs, 20/20 je coche toutes les cases, qui viennent visiter ta page trois fois, et puis… rien. Une fois, j’ai demandé au monsieur, pour voir, ce qui le dissuadait de me contacter, réponse : mon âge. Il avait 42, j’en ai 46… Depuis je laisse courir.

Les rendez-vous foireux, aussi, où tu te rends compte que tu ne lui plais pas du tout et qu’il le cache très peu. C’est pas qu’il t’emballe plus que ça, d’ailleurs, depuis l’époque de la photo il a gagné en poids ce qu’il a perdu en cheveux, mais quand même c’est vexant.

Et puis les one-shotters. Après deux semaines d’échanges et une après-midi ou une nuit torride, du genre qui te donne envie de renouveler pour voir jusqu’où on peut aller comme ça, pfffuit, plus de son, plus d’image. Disparu le garçon. Pas que tu voulais lui passer la bague au doigt, mais quand même, ne pas donner envie de recommencer au moins une fois, tu te poses des questions : j’ai pas d’écailles dans le dos, pourtant, si ?

Donc fleur bleue, cœurs d’artichaut et cabossés de l’estime de soi s’abstenir, attention danger : faut avoir l’ego droit dans ses bottes et ne surtout pas s’emballer trop vite, sous peine de mordre violemment la poussière. C’est un monde cruel.

Mais avec un peu de pratique, on affine sa stratégie, on rationalise le process et on obtient de bonnes, de très bonnes surprises. Quelques tips ?

- soigner son profil : ça vaut le coup de passer du temps à le marketer, afin d’attirer les profils qui nous intéressent vraiment. D’où l’intérêt d’Adopteunmec qui permet de développer. Choix du pseudo, goûts littéraires, musique et ciné, ton et style permettent de donner un aperçu de sa personnalité. Inutile de se réinventer en version mytho, autant être sincère, il y en a pour tous les goûts. Mais bien se vendre, montrer son cerveau et soigner la formulation valent le temps qu’on y passe : la qualité attire la qualité, l’humour attire l’humour.

- choisir ses photos : pas d’over-promesse ! La grimace de déception quand on arrive au rendez-vous, autant se l’épargner. En mettre plusieurs permet de relativiser les défauts de l’une, et la photo en pied renseigne utilement sur la silhouette : si les hommes ne préfèrent pas tous les minces, ils aiment savoir à quoi s’attendre question gabarit. Les photos où l’on rit ou sourit sont toujours préférables, autant ne pas paraître sinistre : on n’est pas là pour se faire du mal. Les hommes ne sont pas si accro qu’on le croit aux physiques parfaits, et le rapport numérique des sites les rend beaucoup plus ouverts à la diversité…

- Etre claire sur ses attentes, mais détendue. Le profil « Je suis désespérée et je me m’enroulerai comme un lierre autour de toi » rencontrera peu de succès. Signaler qu’on s’interdit les CDD est anti-stratégique : un CDD, ça peut très bien se renouveler voire finir en CDI. Je serais tentée de dire que les « Amateurs de plan-cul, passez votre chemin » sont aussi inutiles que contre-productifs, un plan-cul peut devenir un CDD et ainsi de suite et en tout cas l’annoncer n’en préserve pas.

- En revanche, préciser qu’on ne veut pas d’un homme déjà en couple peut être utile. Qu’ils aillent choper sur Gleeden. Sans avoir l’air de chasser le Bachelor pour autant : on peut toujours sous-titrer qu’on n’aime pas la clandestinité et les chambres d’hôtel…

- Si on le sent, semer de petites allusions montrant qu’on aime user de nos sens, voire qu’on n’a pas froid aux yeux, peut se révéler payant. Sans pour autant remplir en détail la rubrique boudoir : si on aime l’anal ou être attachée, il sera bien temps de le faire découvrir à qui en vaudra la peine, sans s’attirer tous les fétichistes de la ville.

- Prendre le temps de dialoguer à distance avant de rencontrer. On en apprend vraiment beaucoup sur l’autre, même indirectement, à travers ce qu’il écrit. On peut développer une complicité qui nourrira la conversation quand on décide de se rencontrer. Le dialogue en ligne, pour peu qu’on trouve une longueur d’onde commune, permet à une certaine alchimie des esprits de se mettre en place. Un lien se crée, ou pas, au gré des convergences ou des divergences de vues. Et une conversation déjà commencée permet de zapper les sempiternels sujets rasoir de première rencontre : cinéma et voyages et qu’est-ce que tu fais dans la vie… boring.

- Donner sa chance au produit. Si la complicité intellectuelle existe et qu’on se plaît, même si on n’est pas foudroyée par la passion aussitôt qu’on le voit, ça ne coûte rien de persévérer. Voire de goûter dès le ou les tous premiers soirs. Coucher le premier soir, c’est aussi un excellent moyen de faire connaissance… et de checker un point-clé de toute relation durable.

Mais s‘il ne cherche qu’un PQ même pas R, me direz-vous ? Et bien au moins ce sera plié, en une fois et sans désillusion. Sans avoir eu le temps de s’attacher pendant un mois de dîners, de guettage de sms et de gamberge… Pour obtenir le même résultat, se faire larguer une fois l’objectif du malotru atteint. Peur de passer pour une femme facile ? En 2015, un homme qui méprise une fille sexuellement libérée, c’est probablement un con et sûrement un mauvais coup, alors autant le savoir tout de suite.

Les sites de rencontre sont en train de modifier en profondeur les rapports hommes-femmes, en les plaçant à égalité sur le plan de la séduction. Même si le rapport numérique favorise les femmes, qui sont plus sollicitées et ont donc plus de choix, ils offrent aux hommes comme aux femmes bien plus d’occasions de rencontres que la vie réelle, et donc augmentent leurs chances de rencontrer quelqu’un qui leur plaît vraiment. Peu importe que les femmes aient plus de choix que les hommes, au final il faut être deux pour se choisir : it’s a match, selon la formule de Tinder quand deux profils se plaisent.

Mais n’est-ce pas, me direz-vous, introduire un mode consumériste dans ce qui devrait être laissé à la magie du hasard ? Et pourquoi les hommes doivent-ils payer ? Certes, c’est pragmatique, comme mode de rencontre. C’est moins romantique que : « Quand je suis arrivée à cette fête où je ne voulais pas aller, nos regards se sont croisés et… ».

Mais la magie de la rencontre peut naître à travers les échanges à distance, et se confirmer au premier regard, ça marche aussi ! On discute et on se confie et on se marre et on se séduit depuis quelques semaines en ligne avec un homme. Rendez-vous est pris, il arrive à votre table de café, vous regarde et vous sourit, et paf. It’s a match !

Certes, c’est un modèle économique qui fait gagner beaucoup d’argent aux petits malins qui ont su marketer et déringardiser le concept. Certes, le fait que les hommes paient et pas les femmes peut paraître injuste, voire d’un sexisme désuet. Mais c’est la simple loi de l’offre et de la demande : pour l’instant les hommes sont plus demandeurs de ce service que les femmes, ils sont prêts à payer, les femmes non. Pas de quoi en brûler son soutif non plus.

Les sites, c’est juste augmenter le champ des possibles et multiplier ces fêtes où on ne voulait pas aller (mais il faut aussi aller à des fêtes réelles !). C’est limiter le mauvais célibat, celui subi faute d’occasions de rencontres. Alors, où est le problème ? Célibataires, à vos profils !

(cc) Kevin Dooley

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