Culture

« Love, I obey » – Philharmonie de Paris

Ce spectacle est né de la rencontre musicale entre Rosemary Standley, du groupe Moriarty, et Bruno Helstroffer, guitariste et théorbiste. La rencontre entre le folk et la musique baroque… Pourquoi pas ?

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Début d’année, j’ai eu la curiosité de parcourir l’agenda de la Philharmonie de Paris avant son ouverture courant janvier. Un nouveau lieu dédié à la musique, aux rencontres artistiques et culturelles. Moriarty, les Tindersticks, et Rosemary Standley sont présentés en têtes d’affiches, le même semestre. Trois coups de cœur des plus alléchants en même temps !

Le hic ? Comment tout faire (surtout, est-ce raisonnable pour le porte-monnaie) ? S’est mis en place un débat intérieur entre la raison et l’envie. D’un côté, l’idée spontanée de tout réserver, avec ce sentiment jubilatoire de faire quelque chose de fou pour des artistes fous de talent. D’un autre côté, la réflexion inévitable de se dire qu’il y a d’autres priorités.

Que faire ? Après plusieurs arguments intérieurs (et avec mon homme), tantôt tournés vers un éventuel coup de folie, tantôt tournés vers la voix de la raison, nous avons décidé de choisir un concert qui nous fasse vraiment plaisir et découvrir de toute façon cette nouvelle salle de concert.

Moriarty ? On a longuement hésité car c’est une valeur sûre (pour nous en tous cas). Mais au final, on sait qu’on aura l’occasion d’un autre concert même dans d’autres salles parisiennes, c’est entendu.

Les Tindersticks ? On a pu voir leur dernier concert au Trianon. C’était magistral. La classe à l’anglaise dans une intensité émotionnelle retenue et une maîtrise instrumentale qui, crescendo, nous a fait grimper aux rideaux. Même si l’amphithéâtre de la Philharmonie de Paris était évidemment un lieu qui se serait prêté à revivre l’expérience, on s’est dit « Bien sûr que ça nous branche mais c’est pas comme si on les avait jamais vus, on les reverra sur scène plus tard ».

Le spectacle « Love, I obey », quant à lui, nous a davantage intrigué. Nous avons aimé l’évocation presque poétique de la viole de gambe, du théorbe, du bugle ou encore du clavecin. Le tout associé à la voix envoûtante de Rosemary Standley, la chanteuse du groupe Moriarty. Poussés par la curiosité de découvrir ces instruments de musique anciens et notre goût pour la voix et la prestance de Rosemary Standley… Ni une ni deux, c’est cette troisième option que nous avons choisie… avec plaisir !

Jeudi 19 février 2015, 20h00… Nous nous donnons rendez-vous devant l’entrée de la Philharmonie 2, anciennement la Cité de la Musique. L’hôtesse d’accueil nous invite à traverser la librairie du rez-de-chaussée, et nous diriger vers le sous-sol du bâtiment pour accéder à l’amphithéâtre.

Le logo de la Philharmonie de Paris. Je l’observe en attendant l’ouverture des portes. Deux lettres « P » à la fois superposées l’une sur l’autre, et imbriquées l’une dans l’autre. Une représentation d’une symbiose entre la ville et la musique ? Le dessin lui-même me fait penser à une note de musique. Qui sait ?

Sésame, ouvre-toi ! Nous voilà installés sur de confortables fauteuils rouges. Mélange de bois et de tissus, l’ambiance est feutrée. Sur scène, un immense orgue devant lequel trônent le clavecin au centre et une méridienne baroque sur le côté. Les lampes et les bougies ornent cet intérieur cosy et intimiste d’un boudoir baroque. Une guitare folk et des détails contemporains plongent ce décor dans un ensemble intemporel.

Les lumières s’éteignent… Rosemary Standley, un cierge à la main, fait une entrée cérémoniale, suivie de Bruno Helstroffer à la guitare et d’Elisabeth Geiger, claveciniste. Ils déambulent sur scène, en silence, puis entonnent le titre What If a Day , une référence à Thomas Campion, “poète lyrique de la Renaissance” (ref. poetryfoundation.org). En fond de salle, le son du bugle résonne, nous enveloppe.

C’est Michel Godard qui déploie sa partition. Le dialogue qui s’instaure entre les artistes sur scène et lui, situé derrière nous, nous immerge dans une autre époque, intemporelle, entre musique baroque et balades folk. Certains morceaux me renvoient à l’imagerie des cirques burlesques d’Amérique ou certaines scènes du film O’Brother. Cette musique est profondément ancrée dans le temps, l’histoire et les souvenirs. Le réel. Grâce aux instruments de musique et à la voix de Rosemary Standley. Une voix de femme, suave et envoûtante. Une voix maternelle, douce et chaleureuse. Entre fanfare de cirque, balades folk, chant lyrique et une narration baroque, c’est beau.

Ce tour de chant se termine par le titre éponyme Love, I obey de William Lawes, “compositeur anglais né en 1602 qui a su faire cohabiter musique sacrée et musique profane ”(ref. Wikipédia). Un délice… Ovations, applaudissements, « Une autre ! » scande le public, charmé !

Pour le rappel – il y en aura trois en vérité et pour notre plus grand plaisir – Rosemary Standley et les musiciens qui l’accompagnent nous font l’agréable et surprenante surprise de reprendre deux morceaux du groupe de rock Les Pogues (merci à celui qui me l’a soufflé à l’oreille pendant le concert, il se reconnaîtra). Et bien, croyez-le ou non, du rock bien déglingué mais parfaitement structuré, en version baroque, ça le fait ! Voilà. J’avais simplement envie de partager ce moment agréable. Sans chichi.

(cc) Philharmonie de Paris

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