Coeur

L’adultère : effet Prozac… et effets secondaires

” L’adultère, mon Prozac à moi”. En 2012 j’écrivais sous ce titre un long billet publié dans la Back Room.

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Loin du prosélytisme ( je n’ai pas d’action chez Gleeden ni chez DayUse !), c’était pour moi une manière de partager mon vécu sur l’infidélité. Aujourd’hui, cette Journée Spéciale m’invite à revenir sur le sujet… à la lumière de certains changements intervenus depuis.

En 2012, j’étais mariée et heureuse de l’être, ayant fondé une famille nombreuse, famille heureuse. Pas forcément fidèle de nature, j’avais décidé en me mariant que je m’y astreindrais le plus longtemps possible, considérant pendant 15 ans l’infidélité des autres comme un manque de volonté. Mais, au bout de 15 ans et 4 enfants, je souffrais d’un certain nombre de manques au sein de mon couple.

Je vivais notamment une grosse panne de désir pour un mari devenu en net surpoids. Voir son ventre proéminent me faisait grincer des dents, l’entendre au moindre effort souffler comme une baleine asthmatique m’exaspérait, son cholestérol m’angoissait… Cette baisse de désir était compensée par une libido exigeante : nous avions donc toujours des rapports sexuels réguliers et satisfaisants, non plus parce que j’avais envie de lui, mais parce que j’avais envie. Tout court.

Il le savait, je lui avais dit combien son surpoids me pesait, il en souffrait, mais ne réagissait pas pour autant, le traitant comme une fatalité. Ça m’énervait…

L’adultère a donc été une décision rationnelle de ma part, une sorte de plan d’action à trois
objectifs :
- Lui laisser du temps pour se prendre en main sans le harceler
- Apaiser ma libido
- Me re-narcissiser. Car sa passivité me donnait l’impression que je faisais partie des meubles et que me perdre n’était pas un risque…

Les moyens : facile ! Internet me tendait les bras (les câbles), avec ses sites dédiés aux relations extra-conjugales, gratuits pour les filles et sans affichage direct de la photo, et ces hôtels de luxe proposant des tarifs attractifs en Day Use. L’adultère est aussi un marché, avec besoin identifié, offre adaptée et demande solvable…

Mon plan d’action fut donc promptement et efficacement mis en œuvre. En 2012, à l’heure où j’écrivais cet article, mes objectifs étaient atteints, et j’avais l’impression de contrôler parfaitement la situation. Mes 6 mois et 4 amants rencontrés sur le Net m’avaient boosté le moral, vivifiée, rassurée sur ma capacité de séduction. Côté couple, pas de changement cependant. Mon mari n’avait pas bougé.

En 2012, satisfaite des résultats de ma démarche apparemment si rationnelle, je refusais encore de voir que j’étais arrivée à son terme. Je n’avais pas encore pris conscience de l’évidence : j’avais fait le plein de ce que ces rencontres sans avenir pouvaient m’apporter. Si je collectionnais les amants, c’est l’amour que je cherchais. Aimer plus fort et être aimée plus fort, c’est ça que je voulais. Sans me l’avouer.

L’heure des effets secondaires

Et ce qui devait arriver arriva, quelques jours après la publication de l’article. Ma 5e rencontre, que j’y décrivais comme « en cours » se transforma en histoire d’amour… Un homme au couple en fin de vie, qui sous couvert d’aventures cherchait lui aussi l’amour. Celui qui lui donnerait le courage de partir. Et donc, nous partîmes.

L’un avec l’autre, plus que l’un pour l’autre, mais chacun croyant en l’autre. Chacun avait trouvé en l’autre la force de couper le respirateur artificiel de sa relation de couple, sans passer par l’étape des soins palliatifs. Trancher dans le vif. Dès lors, l’effet euphorisant de l’adultère devenait remède de cheval, et le Prozac la solution létale de mon mariage.

Leçon numéro 1 : l’infidélité n’arrive pas par hasard.

Elle est bien souvent le révélateur d’un malaise sous-jacent. Le coup de foudre n’arrive pas dans un ciel sans nuage… et le révélateur peut devenir catalyseur d’un sacré orage !

Leçon numéro 2 : l’infidélité n’est pas sans conséquences.

Entamer une relation extra-conjugale revient souvent à ouvrir la boîte de Pandore et à mettre en lumière les défauts de son couple qu’on avait jusque-là laissés commodément dans l’ombre… après, impossible de refermer la boîte : il faudra affronter ces révélations, qu’on décide de partir ou de rester.

Car on peut aussi décider de rester. Mettre en balance ce qu’on perd sûrement, ce qu’on gagne peut-être, et décider que le jeu n’en vaut pas la chandelle. C’est une autre douleur : celle du renoncement. La douleur de ceux qui préfèrent les regrets de ce qu’ils n’ont pas fait aux remords de ce qu’ils ont fait.

Leçon numéro 3 : l’infidélité entraîne le mensonge.

Triple peine si l’on part : le conjoint souffre parce qu’on part, parce qu’on a baisé ailleurs, et aussi (et surtout ?) parce qu’on lui a menti. Pratiquer l’adultère se dit ainsi trahir ou tromper… Pour le conjoint, le mensonge pèse presque plus lourd que l’acte lui-même. L’humiliation de n’avoir rien vu aussi.

Si l’on ne part pas… Alors il faudra continuer de mentir pour toujours, qu’on continue ses infidélités ou qu’on y mette un terme. Ne rien avouer, jamais, quoi qu’il arrive. Être infidèle, c’est tromper.

L’exclusivité, clause constituante du contrat de couple ?

D’où cette question du mensonge, corollaire de l’adultère. Pourquoi ? Parce que l’exclusivité sexuelle est une clause, tacite ou explicite, du contrat que passent la majorité des couples, qu’il soit écrit ou non. Les époux se doivent fidélité : c’est le code civil qui le dit. Mais les concubins et les pacsés aussi : c’est l’usage qui le dit.

Être en couple, pour la majorité des gens, c’est élever ou non des enfants, c’est dormir ensemble, c’est sortir la poubelle et planifier des vacances… et ne pas coucher avec autrui. D’où l’équation infidélité = trahison.

La liberté sexuelle dans le couple est-elle la solution ? Plus de contrat d’exclusivité, donc plus de mensonge, donc plus de trahison… Le couple est-il soluble dans la liberté sexuelle ? Est-il humainement possible d’aimer, de construire, de vouloir rester avec une personne tout en en baisant d’autres sans s’en cacher ?

Au début la question de l’exclusivité sexuelle se pose peu : elle s’impose naturellement, par l’appétit qu’on a de l’autre qui laisse peu de place à d’autres désirs. C’est facile alors d’être fidèle : on ne voit pas les autres, toute notre libido est concentrée sur l’amoureux. Mais après ? Au bout de quelques mois, que fait-on de l’envie ? On peut se dire que l’amour, c’est justement surmonter ses autres envies, faire cet effort pour l’autre, ne pas céder. Soit.

Encore quelques mois, voire quelques années de gagnées. Mais quand l’envie devient frustration ? Quand le désir non assouvi devient obsession ? Faut-il continuer à se contraindre ? Faut-il céder à la tentation, meilleure façon d’y mettre fin ? Et si oui, faut-il le dire ?

Les couples libres

On voit quelquefois de ces couples dits libres. Ils s’autorisent chacun une sphère privée, des aventures sans conséquence, des relations qu’ils assument. Ils déterminent ensemble leur code de conduite, les limites qu’ils se fixent : discrétion vis-à-vis de l’entourage, pas à la maison, se le dire ou pas.

Certains choisissent de se raconter leurs aventures, dans un souci de transparence. D’autres préfèrent laisser planer un flou artistique sur leurs faits et gestes pour éviter à la fois de dire et de mentir, dans un souci de pudeur. Certains choisissent d’exercer cette liberté ensemble et sous le regard de l’autre en pratiquant le triolisme ou l’échangisme. Soit.

C’est beau, en effet, car on se re-choisit mutuellement après chaque aventure. Rester devient un choix conscient et non une habitude. Cela suppose une confiance absolue en soi, en l’autre et en la relation, pour ne pas craindre que l’un des deux finisse par préférer une de ses rencontres. Une sacrée confiance, même, pour risquer de remettre en jeu la relation à chaque nouvelle rencontre : être sûr que l’autre nous re-choisira toujours en fin de compte, et réciproquement. Ne pas se sentir fragilisé par une rencontre de l’autre qui semble durer plus que les précédentes. Ne pas fragiliser la relation à la faveur d’une de ses propres rencontres, plus importante que les précédentes.

Encore faut-il qu’existe entre les deux conjoints une égalité pure et parfaite, comme la concurrence du même nom (qui, comme chacun sait, n’existe pas à l’état naturel). Égalité de sentiments, de confiance en soi, de confiance en l’autre, de capacité de séduction aussi. Si l’un des deux tombe tout ce qui bouge juste en battant des paupières, et que l’autre doit ramer trois semaines pour mettre quelqu’un dans son lit, les dés ne sont-ils pas pipés ? Et si l’un a plus peur que l’autre de le perdre ? Et si l’un a accepté ce contrat de liberté non pas pour l’exercer lui-même, mais surtout pour garder l’autre, et souffre en silence ?

Je ne sais rien du couple Anne Sinclair/ DSK, mais étaient-ils à égalité dans l’exercice de cette fameuse liberté qu’il invoque si volontiers ? En ne se posant guère la question de la liberté des autres participantes, mais ceci est un autre débat… Tous les couples libres sont-ils égaux face à cette liberté ? L’égalité pure et parfaite existe-t-elle ? Et qu’en est-il de la liberté si elle n’est pas soutenue par l’égalité ? Dès lors, que faire de l’infidélité ?

ll faudra sans doute lui consacrer bien d’autres Journées Spéciales pour explorer les nombreux questionnements qu’elle suscite… 

(cc) vagawi 

6 Responses to “L’adultère : effet Prozac… et effets secondaires”

  • J’adore ce que vous faites mademoiselle…et au passage ravie d’avoir croisé votre chemin ce soir ….à très bientôt ; )

  • Texte très bien construit ! Tout se tient. Bon point de vue sur la gestion de la fidélité (l’infidélité) dans le couple.
    Merci pour Ca !

    • Leonore

      Mon Dieu 2 commentaires, je frôle l’orgasme !
      Non, sérieux, pardon si je suis un brin excessive dans ma réaction (m’en faut plus, quand même), mais je n’avais jamais de commentaires et ça me déprimait sévère, alors merci beaucoup ;-)

  • Azalée

    Miroir, mon beau miroir, dis-moi la vérité… Enfin pas trop quand même ;-) En lisant tes textes, on ne peut plus se leurrer… Comme on se le disait hier. See you !

  • parfum de nuage

    bravo et merci Leonore pour cette réflexion, je m’y retrouve beaucoup..
    les couples libres semblent gagner en liberté mais perdre en sérénité..
    Aujourd’hui la société à choisi, c’est encore le mode “couple normal” qui est seul digne d’être vécu
    Amener une proposition d’amour libre / polyamour à sa copine, j’imagine que c’est pareil que faire un comming out dans les années 50!

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