Back Room

L’anniversaire

Les reliefs à peine violacés de ses veines gorgées, le sillon central de l’artère, gonflé, lui dessinaient une sublime membrure. Large. Solide. Longue. Elle était couronnée d’un gland rond et doux. Ferme. Sensible.

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Il n’était pas débordant mais prolongeait avec élégance, avec cohésion, sa belle queue.

Agathe n’aimait pas les glands disproportionnés. Elle les avait toujours trouvés gênants. C’est que, ô combien gourmande, elle adorait, en bouche, tout engloutir d’une bite. La sienne était parfaite. Un gland trop gros la privait, déçue, de son préliminaire préféré mais avec lui, c’était exquis. Elle donnait de la tête, coulissait follement, en de longs va-et-viens, modulant lenteur et accélérations, les yeux tantôt clos sous ses longs cils, tantôt cloués, grands ouverts, dans le regard de l’autre.

Planter ses traits bleu-vert, rutilants, dans les pupilles de sa proie mâle, les voir s’écarquiller, hypnotisées, tandis qu’elle s’affairait, accroupie, en une dégustation précise, appliquée, la faisait ruisseler. Abondamment imprégné de sa mouille parfumée, son tanga de soie turquoise se teintait d’outre-mer, puis à mesure qu’elle prolongeait la pipe, affolée, brûlante, les seins durcis, le tissu virait en son centre au bleu-nuit tout le long d’une ligne dessinant sa vulve enflée et débordante. Seuls les ajours de dentelle raffinée conservaient un peu de leur clarté d’origine… Ce camaïeu azur sur sa culotte c’était le tableau même de son désir. Ce jour-là, Agathe était particulièrement hors d’elle.

C’est avec attention qu’elle avait soigné sa tenue, plus encore qu’à l’accoutumée. C’était toujours délicieusement bon avec lui, mais c’est à croire qu’elle pressentait que ce serait, cette fois, vraiment exceptionnel. Hauts escarpins de cuir noir, bas de la même teinte, entièrement noirs, dont les bandes supérieures, à très larges motifs floraux, étaient si raffinés qu’ils en devenaient labyrinthiques. Sa jupe, noire elle-aussi, lui arrivait à mi-cuisse, mais, accroupie et jambes écartées pour le sucer, elle l’avait déjà remontée jusqu’à la taille, lui donnant des allures de ceinture de coton plissé.

Au travers de son fin chemisier menthe, déboutonné, elle avait guidé l’une de ses larges mains vers ses seins lourds, la plongeant dans le soutien-gorge assorti au tanga. Elle raffolait des jolies parures de prix. A son cou, un fin collier d’or tressé, dans ses cheveux blonds aux reflets noix, remontés en un généreux chignon qui lui faisait une nuque divine, une ample pince cloisonnée, en forme de large feuille de chêne à peine enroulée, mêlant le vert-pomme des chrysoprases aux éclats du cuivre mordoré le plus fin.

L’opposition entre le raffinement de sa tenue et celle, grossière, de celui qu’elle maintenait avec délectation dans sa bouche, ne faisait qu’accentuer son excitation. Elle avait déboutonné lentement le jean rugueux et un peu sale qui lui moulait outrageusement les fesses. Elle l’avait fait glisser, avec son boxer blanc, le long de ses cuisses dures et bosselées de muscles, lorsqu’elle avait dégagé délicatement son membre déjà durci par leurs profonds baisers et leurs caresses.

Elle l’avait entraîné en lui mangeant les lèvres, en lui prenant le torse, en lui ôtant la ceinture, dans la petite arrière-salle de sa boutique de mode déserte – c’était le jour de fermeture. Elle en avait rabattu la porte, car, de la rue, on pouvait voir l’intérieur au travers de l’unique baie de la vitrine au volet levé. Elle les avait tous deux mis à l’abri des regards. Il en avait à peine été surpris, même si c’était la première fois qu’ils le faisaient ici.

Dans le silence, au milieu des étagères, des boîtes et des cartons éventrés, on n’entendait que sa respiration haletante à lui, et le cliquetis de ses bracelets et de ses boucles d’oreilles à elle, qui suivaient, en rythme, les oscillations de plus en plus tendues de son cou et de ses mains qui le branlaient et lui caressaient les couilles en même temps, avec précaution, pour ne pas le blesser du bout de ses ongles longs.

Quand elle le sentit dur à éclater, elle se redressa d’un coup, le visage fauve. Debout, face à lui, elle posa la main droite sur sa joue mal rasée et de la gauche, fit glisser rapidement son tanga jusqu’à mi-cuisse. Elle déglutit plusieurs fois pour évacuer la salive accumulée. « Putain, j’veux que tu me prennes comme ça, par derrière, toute habillée ». Elle se retourna, plaqua son pubis contre la large table de bois massif qui servait à poser les arrivages de robes, pulls, jupes et autres chemisiers… Elle s’inclina pour épouser tout le plateau de son buste, puis écarta ses fesses des deux mains.

Il aimait tellement son cul qu’elle savait que ça le rendrait dingue. Elle se retourna et lui lança, sauvage : « Vas-y, défonce-moi maintenant, j’en peux plus ! » Elle adorait, dans ces moments, alterner les mots salaces et les étrangetés de vocabulaire, tout ce qui lui passait par la tête. Elle savait, elle le connaissait bien, qu’en bon esthète il s’en délectait avant d’entrer en elle. Quand elle y repensait, elle trouvait ça parfois débile, même ridicule, mais dans le feu de l’action, c’était savoureux. « Tu es un taureau, un minotaure, un cerf, encorne-moi, plante-moi ta ramure bien au fond, ravage-moi ! » Allongée, les seins écrasés, elle se contorsionna pour l’apercevoir s’empoigner et entrer en elle. A chaque fois, le voir prendre sa queue à pleine main avant de la pénétrer la mettait en transe.

Quand il s’enfonça, elle se tendit et cria. Tandis qu’il s’activait d’abord lentement, elle se mordit la lèvre en s’affalant peu à peu sur le billot de chêne épais. La joue posée, elle sentait l’odeur des cartons déchirés qui avaient jonché la table, l’âcreté des poussières se mêlait au sucré de son propre parfum. Elle pensa à son employée qui y déballait la marchandise. Elle se sentit alors, à cet instant précis, comme une marchandise qu’on déballe. Elle était ouverte, béante, offerte. Sa chatte toute déballée. Quand l’idée lui traversa l’esprit, elle fut si troublée par cette sensation avilissante qu’elle faillit jouir immédiatement. Sa surprise lui procura néanmoins un plaisir intense et inhabituel.

« Vous me trouvez perverse ? » Elle se revit, rougissante de plaisir, poser la question à son psy, bien assise face à lui, dans le large fauteuil de cuir, les jambes croisées, après lui avoir raconté l’une de ses baises. Il ne répondit rien. Elle se foutait de son avis. Elle se foutait de sa thérapie. Elle le payait uniquement pour avoir quelqu’un à qui raconter, dans les moindres détails, sa vie sexuelle. Elle trouvait ces sortes de confessions très indécentes fort excitantes. Cette pensée fugace, à nouveau, la troubla intensément. Tandis qu’il continuait à s’agiter en elle profondément, de plus en plus fort, de plus en plus dur, elle sentait des ondes puissantes, délicieuses, la parcourir. Elle ne pouvait contenir ses gémissements. Elle sentit monter l’orgasme quand elle se figura : « Oui, je suis sans doute perverse… Qu’est-ce que c’est bon… »

« Elle est bonne ta queue ! » Elle savait qu’en lui lançant cela, essoufflée, entre deux plaintes incontrôlables, il ne tarderait pas à venir. « Prends-moi les fesses » lui lâcha-t-elle en ramenant ses bras fins sur la table. Il ralentit un peu puis stoppa, pour les saisir à pleines poignées, avant de reprendre ses saccades. De ses mains désormais libérées, elle attrapa son sac et sortit son smartphone. Elle le positionna face à elle et mit ses bras en croix, serrant très fort les rebords de la table.

Elle savait que cela ne tarderait pas. Elle avait déjà près de trois quarts d’heure de retard, c’était le délai qu’il lui fallait pour finalement se résoudre à l’appeler, lorsqu’ils s’étaient prévus un midi, en tête à tête. Elle pensait avoir bien calculé le timing. Elle avait vu juste.

Le smartphone se mit à vibrer. L’écran s’alluma et la photo de son visage, souriant, apparut. Elle s’adressa à celui qui était en train de la baiser : « Oh putain vas-y, finis-moi salaud ! » Elle n’eût pas besoin de se retourner pour savoir que cette phrase l’avait littéralement métamorphosé en démon. Il la pilonnait maintenant si fort et si vite que la table, pourtant si lourde, crissait sur le sol. Il lui agrippait désormais les hanches, la taille, ses pouces épais appuyés dans le creux de ses reins. Elle accompagna d’abord ses coups de bélier de mouvements raides puis, ne pouvant suivre la vitesse des assauts, se laissa prendre totalement. Elle était si serrée contre la table qu’elle avait l’impression d’en faire partie.

Le smartphone continuait à vibrer. Elle pensa au restaurant où elle le rejoindrait tout à l’heure, après lui avoir expliqué que la livraison était incomplète, comme d’habitude. Qu’elle avait dû tout recompter méticuleusement, comme d’habitude. Il faudra bien qu’elle se débarrasse de ce fournisseur. Il est si pénible à toujours livrer le jour de fermeture!

Le smartphone vibrait encore. Elle pensa à ce soir, dans quelques heures à peine, quand elle demanderait à ce beau visage souriant, chez eux, de lui embrasser longuement le clito, de la lécher, d’enfoncer sa langue loin dans la chatte que l’autre, là, en cet instant derrière elle, était en train de si bien fourrer.

Le smartphone vibrait encore quand elle pensa à tout cela, tellement irradiante que la sueur perlait sur son visage. La chaleur des corps agités avait en outre à ce point empli la réserve exigüe qu’elle crut étouffer, reprenant difficilement son souffle entre deux râles. Elle pensa à tout cela en regardant le beau visage souriant. Son cœur battait si vite qu’elle ne le suivait plus. Elle pensa à tout cela, oui, quand elle éclata, les yeux fermés, en une puissante série d’orgasmes qui lui firent vaciller les jambes et crier. Elle pensa encore à tout cela dans les foudres de la jouissance, en tremblant d’un plaisir dément, tandis qu’elle expulsait de longs jets chauds de cyprine et que l’autre éclata en elle dans une dizaine de fortes giclées qui la remplirent de foutre.

Elle pensa à tout cela, à l’autre, derrière elle, agité de soubresauts qu’elle savourait, laissant échapper des gémissements dont elle se délectait, elle pensa à tous ces petits mensonges qu’elle inventait pour que ce soit toujours si imprévisible et si bon. Les heures, les lieux. Elle pensait à la peur de se faire démasquer, elle se dit que c’est ce qu’elle préférait par-dessus tout, que c’est cela qui l’excitait vraiment, intensément. Elle pensa à tant de choses que les images se télescopaient dans son esprit pendant qu’elle flottait encore dans le clair-obscur des spasmes du plaisir.

C’était si incroyablement bon que, lorsqu’elle ouvrit les yeux sur son smartphone toujours allumé, elle se mit à rire, d’un rire nerveux, en voyant encore la photographie scintillante du beau visage souriant de son mari.

(cc) Lauren Peralta

19 Responses to “L’anniversaire”

  • Kwelet, le retour et en force!
    Tu nous avais manqué! (enfin à moi certainement!)

    • Merci Lady M. ! ;-) Ton commentaire est adorable.
      Vous aussi vous m’avez manqué. Même si je ne contribue pas, ou que je ne commente pas, je lis toujours les posts avec attention. Notamment les tiens, tu le sais bien… Avec un régal, une émotion, qui ne faiblissent pas, au contraire…

  • Oh Kwelet !!
    Je me suis délectée de chacun des lignes ! Ce genre de texte a manqué ici ! Pas qu’à Lady M ! Merci pour ta collaboration ! Un délice!

    • Merci ChaT ! Je suis très heureux que tu aies apprécié.
      Pour ma part, j’adore tes textes. Non seulement ta virtuosité, en terme d’écriture, est impressionnante, tant en prose qu’en poésie, mais il y a… en eux… comme… une triste sensualité, qui me touche beaucoup. Je te remercie, aussi, de les partager avec nous. ; ^)

  • Super bien écrit, ca m’a transportée… si je puis dire.

    • rooooooooooo… merci Magali! :^)
      Merci aussi pour ton très beau texte, que j’ai adoré. Et pour “Everybody’s got to learn sometime” que j’ai ré-écouté en le lisant… juste parfait… magique… ;^)
      “Change your heart
      Look around you…”

  • Oh que oui welcome back !!! ne repars plus surtout… merci merci pour tes écrits

    • Merci beaucoup Magadit! :-) Ton billet est excellentissime! Comme toujours, tu tapes dans le mille. C’est un régal et une joie de te lire: permets-moi à mon tour de t’en remercier. “Deux doigts n’est pas coucher” est une expression à populariser non? ;-)

  • Mademoiselle Coeur

    Wouah!!! trop bon!! Merci Kwelet

  • @Kwelet Quelle démonstration de talent qu’on se prend en pleine face avec délectation! Je t’en dirais plus en mp, mais oui continues à nous éblouir de tes merveilleux textes! ;)

    • Olala, c’est trop Kadia… Mille merci @ toi… J’attends avec impatience ton “plus” et, pourquoi pas, une petite contribution de ta part? ;^)

  • Très fort, décidément, même à la 3e lecture (4e ? je ne sais plus!)

    • :^) Je te remercie Léonore. Ta remarque me touche profondément. Comme je te l’avais déjà indiqué, je trouve aussi, pour ma part, tes textes érotiques très puissants.

  • C’est tellement agréable de lire de la belle prose érotique.
    Merci pour ce joli texte.

  • Merci Coppelia! Te lisant souvent avec attention, je suis ravi qu’il te plaise. :^)

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