Culture

“La pièce manquante” de Nicolas Birkenstock, à voir absolument !

Le cadre est idyllique, une maison de campagne entre la forêt et un petit étang. L’atmosphère y est paisible, bercée d’une douce lumière. André est amoureux de sa femme Paula.

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Le temps est au beau fixe. Les mouvements de caméra épousent les jeux d’enfants courant dans le jardin ; la vie de famille est lumineuse, rythmée par les éclats de rire et les tendres confidences.

Jusqu’au jour où Paula quitte la maison sans crier gare. Elle a laissé une lettre à André. Ce n’est la faute de personne, Paula est simplement partie, abandonnant son mari et ses deux enfants, Violette et Pierre. Derrière elle, ne restent que le vide de son absence et les interrogations restées sans réponse. Pour ne pas subir le qu’en dira-t-on, et un peu dépassé par les événements, André décide de cacher la vérité à son entourage, demandant à ses propres enfants de mentir sur les raisons de l’absence de leur mère. Ne rien dire, se préserver, continuer. Se met en place un huis clos familial singulier.

La photographie est toute en nuances, accompagnant avec beaucoup de justesse les personnages dans leurs émotions, leurs questionnements, jusqu’au dénouement, plus lumineux. C’est beau, touchant, émouvant. On se laisse porter.

La narration est parfaitement maîtrisée. Pas de fioriture. Inutile de nous submerger sous les effets narratifs trop alambiqués. Rien ne vient alourdir le scénario épuré, simple, sans pour autant en enlever le sens et l’intention eux, très intenses. L’écriture est assez subtile pour se passer de figures de style qui n’apporteraient rien à l’histoire. Les dialogues participent à intensifier une dimension émotionnelle sans fausse note.

On s’attache à chacun des personnages sans aucun jugement, sans parti pris. Les silences sont au film ce que les pauses sont à la musique. Ils laissent le temps de poser une idée et de l’intégrer. Prendre du recul. Comprendre. Pardonner. Faire preuve de compassion envers Paula qui avait ses raisons. Soutenir André sans l’oppresser sous la culpabilité. Paula aime son mari, ses enfants. Elle ne les abandonne pas, elle part, pour mieux se retrouver, chercher des réponses d’un passé trop lourd à porter.

Elle se retire avec pudeur, sans déranger. Sans s’excuser aussi, mais André ne s’énerve pas. Il ne doute pas. Il pense à ses enfants, il cherche avant tout à les protéger, les rassurer. Cette maison si familière, si chaleureuse, doit rester un cocon. Pas celui où on se réfugie pour fuir la réalité, non, bien au contraire ; la maison devient un lieu d’apaisement où se livrer, parler, échanger, se soutenir, s’aimer.

L’histoire aurait dû être un drame, se transformer en tragédie, Paula a quand même quitté sa famille. Ça ne se fait pas ! Et pourtant très vite, les personnages révèlent leur vulnérabilité, leur sensibilité. Ce n’est pas un film sur l’abandon, mais sur l’absence. Paula n’est pas morte, elle est absente. Ni les spectateurs, ni André et ses enfants ne savent si elle reviendra. Mais la narration elle-même, dans toute sa tendresse et dans l’analyse qu’elle propose, nous conduit à penser qu’elle ne peut que revenir.

André et ses deux enfants en sont convaincus. Il y a trop d’amour entre eux, trop de choses encore à partager, à vivre, à se dire. L’absence aurait pu être ressentie comme un vide lourd à supporter, impossible à combler. Or, dans La pièce manquante, l’absence apparaît d’abord comme un révélateur. Elle est omniprésente. Synonyme d’amour, celui qui transparaît dans l’air, dans les regards, les sourires, les lumières, les dialogues… Le drame sous-jacent du départ devient une promesse d’un retour attendu.

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